Je crois ferment au potentiel des technologies de la blockchain. L’idée de fournir de la confiance en utilisant un réseau distribué plutôt qu’une autorité centrale est convaincante et la finance, la gestion des droits numériques, les systèmes de vote, la gestion des chaînes logistiques et bien d’autres domaines peuvent en tirer profit.

Mais je crois également qu’il est important d’identifier les obstacles qui empêchent la démocratisation de ces technologies. Un clair aperçu de ces obstacles permettra de les surmonter plus tôt lors de l’adoption de la technologie et d’augmenter les chances de pouvoir bénéficier d’un écosystème de blockchains florissant à l’avenir.

Cela dit, voici les cinq obstacles qu’il faudra garder en tête au cours du développement de la technologie.

 

L’hypermédiatisation

Ce n’est pas une surprise si je dis que cette technologie est hypermédiatisée. Malgré ce que peuvent affirmer certaines personnes, les technologies de la blockchain ne peuvent pas être un remède miracle à tous les maux de la société. En réalité, les technologies de la blockchain ne peuvent pas être appliquées à tous les domaines. 

Et pourquoi c’est important ? Car une nouvelle technologie qui promet de trop belles choses, cela peut avoir un coût. Lorsque de grandes prédictions ne sont pas réalisées, la perte de crédibilité inhérente rend son adoption plus difficile par tout l’écosystème, y compris pour les nombreux entrepreneurs de la blockchain qui font attention de ne pas faire de fausses promesses, qui garantissent des propositions raisonnables aux investisseurs et présentent sur le marché des produits bien conçus.

 

Une blockchain peut perdre son intégrité

On nous explique souvent que la blockchain bénéficie d’une intégrité absolue, qu’elle ne peut être ni compromise, ni altérée. Mais il s’agit d’une simplification un peu grossière. Tout d’abord, il existe plusieurs blockchains et certaines sont plus solides que d’autres. Ensuite, une blockchain qui jouit d’une intégrité absolue aujourd’hui, pourrait la perdre à l’avenir. Par exemple, des systèmes reposant sur une preuve de travail classique, comme le réseau du Bitcoin, sont conçus d’après le postulat qu’aucune entité ne possède plus de 50 % de sa puissance de traitement.

Le réseau de nœuds qui gère collectivement la blockchain peut évoluer avec le temps, et l’une des hypothèses sur laquelle repose l’intégrité du système peut ne plus fonctionner. Étant donné que les technologies de la blockchain sont appliquées à des secteurs nécessitant la conservation de leur intégrité sur des années, voire des décennies. Il faut donc réfléchir davantage aux mécanismes visant à garantir que les registres associés conservent leur solidité dans le temps. Et nous devons également réfléchir à la démarche à adopter si une blockchain primordiale venait à perdre son intégrité.

 

Les ICO qui collectent des centaines de millions de dollars avec seulement un « white paper »

Les ICO (initial coin offerings) sont désormais souvent utilisées pour lever des fonds dans l’univers de la blockchain. Cette méthode permet d’éviter toute une série d’obstacles que l’on peut être amené à rencontrer lors de levées de fonds plus traditionnelles. Mais certains de ces obstacles, comme la vigilance dont font preuve les capital risqueurs lors de leur prospection, jouent un rôle important dans l’augmentation des chances d’obtenir un bon retour sur investissement. 

La quantité d’argent levée lors d’une ICO fait également partie des inquiétudes potentielles, car elle est parfois complètement déconnectées des réels besoins de l’entreprise. Grâce à mes nombreuses années d’expérience de capital risqueur dans la région de la baie de San Francisco, j’ai appris qu’un investissement trop important peut aussi bien anéantir une start-up que l’absence de fonds. Lorsqu’une start-up a trop d’argent, elle a tendance à ne pas regarder à la dépense. Les entreprises disposant de trop de fonds augmentent leurs effectifs trop rapidement, surpayent certains services et perdent de vue leurs objectifs de développement produit.

Une startup d’édition de logiciel n’a pas besoin de centaines de millions d’euros pour développer un produit et le commercialiser. Une ICO qui rapporte des centaines de millions d’euros seulement grâce à un « white paper » pourrait être synonyme de joie à court terme pour les fondateurs de l’entreprise.

Cela ne signifie pas pour autant que toutes les ICO sont de mauvais investissements, mais il faut savoir garder les pieds sur terre. Même avec toute la vigilance dont font preuve les capital risqueurs, la plupart d’entre eux investissent dans les start-up qui ne décollent pas. Les pourcentages de succès seront encore plus bas avec les ICO, ces dernières ne disposant pas des mêmes garde fous que les circuits d’investissement traditionnels.

Trouver le bon équilibre en matière de réglementation

Une réglementation trop stricte peut mettre un frein à l’innovation. Cependant, une absence de réglementation dans le contexte des technologies de la blockchain ne serait pas réaliste. Après tout, ces technologies sont utilisées dans des domaines qui disposent déjà de cadres légaux et réglementaires. Ces derniers sont souvent un peu datés et ne correspondent pas aux technologies actuelles. Ainsi, il est important que les acteurs de l’écosystème de la blockchain communiquent avec les législateurs et les régulateurs afin que ces derniers comprennent mieux ces technologies et leurs applications. Il sera ainsi possible d’actualiser et d’appliquer les lois et réglementations afin de soutenir, et non de ralentir l’innovation.

La cybersécurité

La cybersécurité est un défi présent dans tous les contextes numériques, et tout particulièrement avec les différents services florissants autour des technologies de la blockchain. Car en plus des défis traditionnels induits par les cyberattaques évoluant rapidement, l’écosystème de la blockchain lui-même évolue beaucoup plus rapidement que les autres domaines. Les nouveaux systèmes, services et les nouvelles approches de la blockchain sont développés et déployés presque quotidiennement. Pour les personnes développant la cyberdéfense dans le secteur de la blockchain, cela signifie qu’elles ne disposent pas des mêmes informations concernant les cyberattaques dont on pourrait disposer dans un environnement traditionnel plus stable.