Hier, Apple n’a pas eu d’autre choix que d’admettre, devant l’accumulation de preuves, qu’il avait délibérément ralenti les iPhone (s) les plus anciens. Les justifications de Apple se sont concrétisées en vague d’excuses absurdes (avec quelques exceptions). Ne tombez pas dans le panneau. Apple a utilisé des technologies de qualité à mauvais escient, et sa volonté de continuer sur cette voie aura des répercussions économiques qui devraient révolter tous les propriétaires d’iPhone. Voici pourquoi… 

Laissons d’abord à Apple une chance de s’expliquer :

La justification de Apple

Notre but est de fournir la meilleure expérience à nos clients, dont des performances générales de qualité et la prolongation de la vie de leurs appareils. Les batteries au lithium supportent moins facilement des pics d’activité lorsqu’il fait froid, que leur niveau d’énergie est bas ou lorsqu’elles vieillissent, ce qui peut avoir comme conséquence d’éteindre l’appareil brusquement pour protéger ses composants électroniques.

Nous avons sorti l’année dernière une nouvelle fonction pour les iPhones 6, iPhones 6s et iPhones SE pour atténuer ces pics d’activité uniquement lorsque c’est nécessaire pour empêcher l’appareil de s’éteindre inopinément dans ces conditions. Nous avons maintenant étendu cette fonctionnalité aux iPhones 7 avec l’iOS 11.2, et nous prévoyons de l’ajouter à nos autres produits.

Pourquoi la justification de Apple ne justifie rien

Après avoir lu cette déclaration de Apple, il faut bien la séparer en deux parties : 1/ La technologie (appelée « Powerd »), qui est utile en soi, 2/ Les raisons économiques et morales qui ont conduit à l’emploi de Powerd.

Examinons maintenant un à un les arguments de Apple.

Apple ne fait pas ça pour « la prolongation de la vie [des] appareils »

Avec Powerd, Apple a volontairement raccourci la vie de ses produits. Il a discrètement mis en place un compromis entre performance et durée de vie, sans prévenir ses clients qu’une batterie de rechange à 66 € (voire moins chez d’autres vendeurs) résoudrait ces deux problèmes. Il est impossible de mesurer les conséquences financières mondiales réelles sur les clients, ou l’impact écologique de ces mises-à-jour non nécessaires.

Les batteries au lithium ne sont pas les coupables

C’est l’argument imparable, repris partout : les dures lois de la physique.  Mais en réalité, il n’y a pas de raison pour que les batteries au lithium se dégradent sir rapidement. Cette année, Samsung promettait que les batteries au lithium de ses Galaxy S8 et Galaxy Note 8 conserveraient 95 % de leur capacité pendant au moins deux ans. En parallèle, LG et Google proposent des garanties de deux ans avec leurs téléphones, batterie comprise.

Apple n’a fait qu’empirer le problème

Installer de plus grosses batteries rendrait service aux utilisateurs. Rendre les batteries plus faciles d’accès rendrait service aux utilisateurs. Mais au lieu de cela, Apple a continué à vouloir à tout prix rendre les iPhones de plus en plus fins. Et pendant ce temps, la mise en place de dos de téléphone en verre scellés sur les nouvelles gammes d’iPhones rend le remplacement de la batterie plus difficile et les réparations de la vitre inutilement coûteuses (Apple fait payer jusqu’à 460 € pour cette opération, tandis que Samsung demande moins de 20 € pour la vitre arrière du téléphone).   

Aucune promesse de changement

Il faut rendre à César ce qui est César : quand le scandale du Galaxy Note 7 a éclaté, Samsung a rappelé ses appareils, changé les essais de ses batteries et présenté ses plus plates excuses et des résultats de laboratoire. Ils sont maintenant à la pointe en termes de sécurité, et promettent des batteries à 95 % de leur capacité pour 2 ans.

A l’inverse, Apple explique à qui veut l’entendre que Powerd est « une fonctionnalité » et que nous devrions être contents qu’il vienne d’être installé sur l’iPhone 7 et qu’il le soit bientôt sur les autres produits.

Mais ça n’a jamais été une fonctionnalité, il s’agit d’une réparation cachée qui n’a pas été révélée en janvier avec les changements de l’iOS 10.2.1. Il devait réparer le « bug des 40 % » qui, comme son nom l’indique, éteignait les iPhones quand ils avaient environ 40 % de batterie. L’iOS 10.2.1 a permis de réduire la demande de batteries de rechange par les utilisateurs affectés (quelques batteries avaient déjà été distribuées), mais les clients ne savaient pas jusqu’à présent que cette réparation diminuait la puissance de l’appareil.

On peut se douter que les propriétaires de l’iPhone X ne veulent pas de cette « fonctionnalité ».

Dix ans de mauvaise presse

« Les dégâts pour la réputation de Apple en apprenant qu’il ralentissait en cachette les vieux appareils, quelle que soit leur raison, dureront une dizaine d’année », a affirmé le chroniqueur Marco Arment dans un tweet. Il a raison, et c’est tant mieux.

Quelle que soit la façon dont Apple présente les choses, il a trahi la confiance de ses clients. Les conséquences pourraient concerner des millions de mises-à-jour (au lieu de juste changer de batterie), la valeur de revente (parce qu’il faut une nouvelle batterie) et rebuter de nouveaux clients (un iPhone ? Certainement pas avec ces batteries-là !). La première action en justice groupée est déjà en train de se former, et d’autres devraient suivre.

Le seul avantage qu’on peut trouver à cette situation, c’est le débat et la recherche élargies concernant les technologies de batterie dans tous les domaines. Il faut de nouvelles législations pour rendre les fabricants responsables de leurs produits, et un nouveau langage pour rendre la durée de vie des batteries plus transparentes pour les utilisateurs lambda.

La pénitence de Apple serait bien plus brève s’il décidait de suivre l’exemple tweeté par le programmeur Timo Grün : « Je verrais tout cela d’un autre oeil si Apple disait : « Votre iPhone tourne au ralenti ? La batterie se vide trop vite ? Venez au Genius Bar pour un remplacement rapide et peu cher ! » »

La balle est maintenant dans le camp de Apple.