Sans que nous en ayons toujours conscience, l’ Intelligence Artificielle s’insinue progressivement dans notre vie de tous les jours, comme dans les pratiques des entreprises. Le gouvernement s’est d’ailleurs emparé du sujet. Et pour cause : le potentiel de ces technologies constitue à la fois un levier de croissance et un enjeu de compétitivité pour l’hexagone.

Nous n’en sommes évidemment qu’au tout début de ces technologies cognitives qui nous simplifient la vie au quotidien, dans nos loisirs par exemple, ou qui visent à optimiser des processus métiers et à résoudre des problèmes dans le monde des affaires. Néanmoins le sujet est à la mode et échauffe les esprits. Spécialement dans notre pays porté sur les débats d’idées, il n’est pas inintéressant d’analyser les points de crispations suscités par l’IA.

Un quiproquo sur le concept d’intelligence

Aux yeux du grand public, le mythe tenace d’une intelligence artificielle qui se retournerait contre l’homme n’est pas que de la science-fiction. Dès 2015, des personnalités aussi célèbres que Stephen Hawking, Elon Musk, Noam Chomsky ou encore Steve Wozniak, dénonçaient d’ailleurs, dans une lettre ouverte les potentielles dérives liées à l’intelligence artificielle et aux « robots tueurs ».

En réalité, nous sommes encore très loin de ce mythe de la singularité qui verrait l’émergence d’une conscience cybernétique ! D’ailleurs, tout porte à croire que l’appréciation par nos compatriotes de l’intelligence artificielle et de ses applications soit fortement influencée par une confusion terminologique : la traduction du terme « intelligence » en français sous-entend une notion d’« intellectualisation » que ne véhicule pas le terme anglais. Il faut le reconnaitre avec humilité : pour le moment, l’intelligence artificielle n’est issue que du transfert de l’intelligence du concepteur dans une machine « figée », dans le contexte d’un processus contrôlé et maîtrisé. En clair : malgré ses prouesses et ses capacités d’auto-apprentissage, l’intelligence artificielle ne peut exécuter que ce pour quoi elle a été programmée.

Sous le pavé de l’IA, les données

Mais à y regarder de plus près, la défiance des Français vis-à-vis de l’IA ne relève pas que du fantasme. La prise de conscience généralisé des risques et enjeux de l’utilisation des données personnelles est passée par là. Une récente enquête menée par Opinionway pour VMware en témoigne : 70 % des Français refuseraient de divulguer leurs données financières et près de deux tiers d’entre eux sont clairement défavorables à l’utilisation par des entreprises de leurs historiques de téléphone, de leur navigation en ligne, de leurs données d’applications mobiles ou de leur activités sur les médias sociaux, sans parler de l’utilisation de leurs données médicales… Globalement, deux Français sur trois craignent que l’automatisation des services nuise à la protection de leurs données personnelles.

Or, selon une étude Deloitte de 2017, près d’un tiers des entreprises souhaiteraient utiliser l’IA pour créer de nouveaux produits ou optimiser leur marketing et leurs ventes. De nouveaux services qui reposent bien évidemment sur le collecte et l’analyse d’un volume de données en croissance exponentielle.

L’acceptabilité sociale de l’IA passera par les usages

Cette situation n’est pourtant pas une impasse. L’engouement des Français pour les services de Google le démontre : l’utilisation des données personnelles est volontiers acceptée quand la valeur du service est clairement perçue. Parfois au point de se rendre indispensable. En témoigne, le formidable accroissement des exigences des consommateurs ultra-connectés en matière d’instantanéité et de qualité de service, imposé par les champions du digital.

La réorganisation et les mesures prises par Facebook suite au scandale Cambridge Analytica montrent également que les entreprises sont elles aussi en train d’apprendre et peuvent éventuellement corriger le tir pour conserver la confiance de ses millions d’utilisateurs quotidiens.

Au final, on pourrait dire que, comme Saint Thomas, les Français attendent de voir. Questionnés sur l’impact de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé, 40% des Français n’arrivent pas à trancher entre une dégradation ou une amélioration de leur expérience de santé. Mais certaines promesses sont néanmoins plus claires : 35 % pensent que l’IA va résoudre les problèmes de disponibilité des médecins. Dans un autre domaine, 58 % d’entre eux affirment que les véhicules intelligents vont améliorer la sécurité sur les routes et 39 %, les performances environnementales.

La balle est donc dans le camp des entreprises. Pour expérimenter, mais aussi expliquer et rassurer.

L’amélioration des technologies cognitives va progressivement rendre les initiatives de personnalisation et de contextualisation beaucoup plus fines et pertinentes, rendant plus acceptables certaines pratiques marketing jugées sévèrement aujourd’hui. De même, les tâtonnements de nos assistants personnels vocaux actuels, de Siri à Alexa, seront bientôt un lointain souvenir.

Aux entreprises également de prendre conscience que l’IA n’est pas qu’un moyen de réduire les effectifs, comme 22 % d’entre elles le projettent. L’échec de gros projets de transformation par l’IA, trop ambitieux, montre la voie d’une innovation plus progressive, incrémentale, se concentrant non pas sur le remplacement de l’humain, mais sur une réelle augmentation de ses capacités.