IBM continue de travailler d’arrache-pied sur Watson, son logiciel cognitif qui fait fureur sur le marché. Son logiciel d’intelligence artificielle, après avoir aidé à trouver des traitements pour des personnes atteintes d’un cancer, gagnait récemment le jeu américain Jeopardy. A présent, IBM compte bien investir le domaine de la cybersécurité.

Ainsi, IBM annonçait lundi le lancement prochain d’une version de Watson spécialement dédié à la cybersécurité : un programme avec les mêmes fonctionnalités que le Watson d’origine – avec la capacité de lire et de trier des millions de documents et des téraoctets d’informations, qu’un humain ne pourrait parfois même pas détecter. Main dans la main avec les agents de sécurité des grandes entreprises qui analysent parfois plusieurs centaines de milliers d’évènements survenant chaque jour sur les réseaux, IBM assure qu’il peut ajouter une nouvelle ligne de défense, afin d’aider de manière proactive à repérer les brèches et les tentatives de piratage qui pourraient passer inaperçues, tout en apportant des suggestions sur la meilleure solution à adopter pour lutter contre.

« Cela ouvre de nouvelles perspectives » explique Mark van Zadelhoff, le directeur général d’IBM Security. « Watson Cybersécurité permettra aux clients d’analyser très rapidement ces évènements et d’être plus efficaces. »

Le logiciel de cybersécurité a été utilisé par 50 clients d’IBM avant sa sortie officielle, et sera bientôt disponible en version gratuite pour les sociétés, avant d’être facturé comme suite  logiciel premium. Les grandes entreprises sont particulièrement concernées, mais le produit pourrait bien séduire même des PME, précise Mark van Zadelhoff. Les secteurs d’activité concernés sont  la finance, la santé, mais également dans les compagnies aériennes et les constructeurs automobiles, a expliqué IBM.


Mark van Zadelhoff, pour des questions de confidentialité, n’a pas pu révéler quel client avait récemment testé Watson, et ainsi découvert des attaques sur 34 ordinateurs liées à une nouvelle vague de logiciels malveillants. Selon l’analyste qui y a eu recours, sans les données de Watson, les résultats auraient été bien moins concluants.

Comme beaucoup d’autres outils, Watson Cybersécurité se perfectionne en intégrant les feedbacks des clients pour progresser. IBM a passé ces derniers mois à « former » son logiciel afin qu’il possède une base de connaissances suffisante pour gérer un large éventail de clients et de failles potentielles. « Quand on pense failles ou virus – comme Heartbleed -, il faut savoir de quoi on parle », a déclaré Mark van Zadelhoff.

IBM souhaite que la cybersécurité devienne une nouvelle  manne pour capter de nouveaux clients, suite au succès de Watson dans le domaine de la santé. La société continue de se positionner sur le cloud, l’intelligence artificielle et les logiciels cognitifs, et moins sur le hardware et les services comme cela a été le cas pendant des années. Watson est au cœur des « impératifs stratégiques » d’IBM (mis en place sous la direction du PDG Gini Rometty). Une stratégie payante, puisque ces business units ont réalisé 32,8 milliards de dollars de chiffre d’affaire en 2016.

Watson continue de développer ses activités en tant que division d’IBM Cognitive Solutions et a ainsi augmenté son chiffre de 1,4% au cours du dernier trimestre. Mais les analystes – et plus sûrement la direction -, souhaite voir la division prendre encore plus d’importance au sein de l’entreprise.

La firme américaine espère également que l’administration Trump va se révéler être un bon partenaire pour faire des nouvelles ventes. Gini Rometty, qui siège au conseil consultatif économique de Donald Trump, lui a écrit une lettre ouverte peu de temps après son élection. La déclaration publique d’IBM sur la très controversée ordonnance anti-immigration du président n’a pas vraiment fait état d’une prise de position, pour ou contre cette politique migratoire. Plus tôt cette semaine Gini Rometty a envoyé un mail aux milliers d’employés d’IBM  afin de défendre sa participation à ce conseil, en affirmant qu’il « n’épouse pas un point de vue partisan ou politique ».

La cybersécurité, jusque-là, a été au cœur de l’administration Trump. Du moins assez pour que le 45ème président des Etats-Unis nomme en janvier dernier l’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, conseiller sur la question relative à la cybersécurité. Une ordonnance statuant sur le sujet est largement attendue outre-Atlantique. Alors à quand la signature ?