Les enceintes connectées ont à nouveau fait la une ce mois-ci suite aux déclarations venant d’Apple et Google selon lesquelles les géants de la tech utiliseraient les enregistrements vocaux faits depuis ses produits. Ces révélations viennent alimenter la réputation d’outils d’espionnage des enceintes connectées.

Plus tôt ce mois-ci, Google a admis que (sous certaines conditions) ses employés accèdent aux enregistrements vocaux réalisés par des enceintes Google Home. Apple a, pour sa part, confirmé qu’un faible pourcentage d’enregistrements de son application de commande vocale Siri était écouté par des sous-traitants.


Fruit du hasard, un nouveau rapport paru sur The Information déclare que Google développe une nouvelle enceinte connectée, en partenariat avec Huawei. Un projet qui s’est vu brusquement interrompu lorsque les États-Unis ont inscrit la société chinoise sur liste noire à la suite d’accusations pour espionnage.

L’enceinte connectée était en cours de développement depuis un certain temps avant d’être abandonnée en mai. « Nous avons travaillé sur ce projet avec Google pendant un an et nous avons fait beaucoup de progrès », a déclaré un employé anonyme de Huawei à The Information. « Puis tout s’est soudainement arrêté. » Tout s’est arrêté, bien sûr, lorsque le président américain Donald Trump a signé un décret exécutif interdisant effectivement aux entreprises américaines d’approvisionner Huawei, entreprises parmi lesquelles figure Google. 

The Information prétend qu’avant cette initiative américaine, Huawei avait l’intention de lancer l’appareil à l’IFA de Berlin en septembre. « L’enceinte fonctionnait grâce à Google Assistant et s’adressait à des marchés en dehors de la Chine. » Huawei prévoyait de vendre l’appareil en ligne aux États-Unis. 

Il y a une multitude de preuves montrant l’étendue de la collaboration entre Google et Huawei au fil des ans. Huawei, aux côtés de Samsung, est à la tête du marché des smartphones Android. Et par conséquent, Huawei ne peut en être que plus attrayante pour Google. Il y a eu une véritable panique en Californie lorsqu’il a semblé que Huawei avait été forcée d’adopter un « plan B » pour car Google serait retiré de l’OS des appareils Huawei. Il a même été supposé que ce nouvel OS serait plus rapide qu’Android et qu’il pourrait servir de catalyseur pour séparer d’autres fabricants d’appareils chinois des logiciels américains. 

The Information cite également la collaboration des deux sociétés en 2015 sur le smartphone Nexus 6P. « Pour développer le téléphone Nexus, les ingénieurs chinois de Huawei ont passé des mois aux États-Unis à travailler au siège de Google. Google a fourni à Huawei un laboratoire dédié sur son campus de Mountain View, et jusqu’à 100 employés de Huawei y ont travaillé en 2015. »

À la tête de cette relation se trouvent Richard Yu, PDG de Huawei et Hiroshi Lockheimer de Google Android, qui entretiennent des liens étroits. C’est Yu qui a été le premier à annoncer le nouvel OS HongMeng au lendemain de la promulgation de laliste noire, en clamant sa rapidité, son efficacité et son imminence – “disponible cet automne ou au début de l’année prochaine”, a-t-il dit. Yu a également admis que l’impact de la liste noire sur son entreprise était injustifié et inattendu.

Mais le plus grand retentissement de cette histoire est davantage lié à Google qu’à Huawei. Le géant californien a provoqué l’agacement de  l’administration américaine après avoir été accusé de collaboration avec des instituts de recherche chinois au profit des forces militaires de Pékin et au détriment des forces armées des États-Unis. Et lorsque Peter Thiel, le grand chef de la technologie américaine, a affirmé que Google devait faire l’objet d’une enquête pour trahison avec le gouvernement chinois, M. Trump s’est empressé de dire que les États-Unis feraient enquête.

Il subsiste un manque de certitude ou de clarté quant à l’inscription de Huawei sur liste noire. En l’état actuel des choses, nous sommes dans un mode de récupération lente. La chaîne d’approvisionnement est en train d’être restaurée, pièce par pièce, mais en vertu d’exemptions spéciales, la liste noire demeure en vigueur.

Et pour revenir au début de l’histoire, quand même Apple s’est fait critiquer pour la nature espionne de ses enceintes connectées, l’idée que Huawei avait réellement l’intention de vendre un tel appareil aux Américains montre à quel point nous avons fait du chemin en quelques mois seulement.