Les entreprises s’intéressent de plus en plus aux masses de données qu’elles récoltent. L’analyse des données gagne du terrain et peut générer de fortes plus-values, cependant il n’en demeure pas moins que la pratique effective des entreprises est sensiblement différente selon les moyens investis et les priorités du pôle financier. C’est ce qui ressort d’une étude Longitude pour Workday conduite sur la base de témoignages recueillis auprès d’une centaine de directeurs et cadres supérieurs financiers français exerçant leurs fonctions dans des organisations d’envergure internationale. Atouts et inerties dans l’analyse des données, solutions et perspectives…l’état des lieux, riche d’enseignements, cerne des questions stratégiques pour l’entreprise.

L’analyse des données, une ressource encore trop peu valorisée par les directeurs financiers


Selon une étude menée par EY/Forbes, 57% des directeurs financiers estiment que l’analyse des données est en passe de compter parmi les actifs majeurs pour leur fonction. En agrégeant des données financières et non financières – informations issues des points de ventes, des données clients… les intéressés peuvent construire une vue holistique de leur entreprise, de ses marchés et de ses enjeux. Leur expertise permet à la direction de l’entreprise de bénéficier de prévisions plus précises et donc de prendre de meilleures décisions. De fait, les financiers ont les moyens de s’investir au-delà de la fonction comptable pour se positionner comme bras droit de la stratégie.

Pourtant, à l’heure actuelle, l’exploitation de ce gisement d’informations est souvent médiocre. Seulement un quart des directeurs financiers sont en mesure de fournir des données « prêtes à l’emploi » pour les décisionnaires. Ils ne sont que 31% à en faire un usage intensif au service de la gestion des risques.

A l’origine de ce manquement, il y a parfois l’existence de mentalités tenaces qui font perdurer des clichés tels que celui du patron doué d’un flair pour faire les bons choix.

Pour ce qui est de la prise de décision, l’intuition est bien souvent survalorisée au détriment de l’analyse chiffrée ! Or, selon l’enquête de E&Y, l’analyse chiffrée diminuerait l’influence de nos préjugés et garantirait une prise de décision plus fiable. Certains directeurs financiers n’ont pas encore saisi le problème à bras le corps : les « traditionnalistes », ne considèrent pas comme une barrière significative une culture organisationnelle basée sur l’intuition. Il reste du chemin à parcourir pour que les différentes fonctions, finance en tête, prennent la mesure de l’enjeu.

L’entreprise doit revoir en profondeur son organisation et ses outils technologiques

A leur décharge, la plupart des entreprises pâtissent d’une organisation inadaptée ainsi que d’outils technologiques inappropriés voire obsolètes. La collecte des données est en soi un travail fastidieux, puisque celle-ci est souvent disséminée à travers des départements qui communiquent peu entre eux. Pour la fonction finance, le manque de partage génère une perte significative de ressources. Les contraintes règlementaires applicables notamment aux informations clients peuvent rendre la tâche encore plus ardue.

Mais surtout, la complexité technologique ralentit toute initiative. Beaucoup de structures doivent en effet supporter le poids de leurs vieux systèmes, dont la maintenance coûteuse et chronophage constitue une barrière à l’innovation. La technologie n’a pas toujours été là pour donner l’accès aux données et à leur analyse requise pour en tirer le meilleur parti. Aujourd’hui, les choses commencent à changer : le cloud rend possible la vitesse de traitement et de prise de décision, puisque les données sont lisibles en temps réel.

La culture de l’analyse des données, un défi des ressources humaines

Bien entendu, la technologie ne fait pas tout. Révéler le potentiel des données les plus pertinentes exige d’abord le recrutement des professionnels les plus qualifiés. L’exercice est délicat, d’autant que les data scientists de l’analyse des données sont très convoités. Il n’est donc pas étonnant que 71% des directeurs financiers déplorent une difficile compétition dans le processus d’acquisition de talent.

Au-delà des compétences techniques, les acteurs de la fonction finance doivent gagner en proactivité et leadership pour diffuser une culture de l’analyse, faciliter l’accès de tous aux rapports d’analyses de données et en faire un avantage compétitif majeur. Les acteurs financiers peuvent saisir la double opportunité de motiver et d’impliquer davantage le personnel de l’entreprise : chacun sur son poste en réseau pourra en effet partager les informations stratégiques pour l’entreprise et surtout mesurer la contribution de son département dans les résultats obtenus.

En raison de leur expérience et de leur expertise, les directeurs financiers sont les mieux placés pour impulser dans l’entreprise une culture de la performance basée sur l’analyse des données, mesures incitatives à l’appui. C’est une très belle opportunité pour eux de renforcer leur rôle moteur dans l’entreprise !