Alors que la France est à nouveau confinée, la défiance des Français ne cesse de croître envers le gouvernement. Ils l’accusent de « cacher des informations importantes ». 81% d’entre eux estiment que la crise a renforcé leur besoin de transparence. Cette nécessité de pouvoir consulter librement des données publiques d’acteurs privés ou publics fait émerger un nouveau type de web : celui des données.

 


Une demande d’informations accrue

L’open data est née il y a une dizaine d’années, principalement chez les Anglo-saxons qui ont une culture de la donnée et des modèles de circulation de l’information plus avancés. Aujourd’hui, la France a largement comblé son retard en la matière et l’open data y est devenue un véritable élément démocratique. Si le partage de données  n’est pas un phénomène nouveau, la demande des Français d’accéder aux données est de plus en plus forte. En effet, les citoyens veulent accéder à de l’information structurée et réutilisable issue tant de la part des instances publiques (73%) que des entreprises privées (55%). La crise a d’ailleurs participé à accélérer cette tendance pour 76% de la population.

Ce n’est pas une surprise. Les Français ont besoin d’être informés et rassurés. Ils ont aussi envie de  prendre part aux débats et aux décisions du gouvernement. À l’heure de la méfiance généralisée des citoyens envers les pouvoirs publics, les citoyens ne se contentent plus de simples discours. Dans ce contexte, on voit émerger un nouveau genre de web : celui des données.

 

L’influence sociétale sur le web des données

Si la crise sanitaire est un facteur d’accélération, ce besoin de transparence et de « preuve par la data » résulte surtout de comportements sociétaux antérieurs.

En effet, s’il existe un besoin immédiat d’informations pratiques à propos de  la pandémie, il y a surtout nécessité de joindre les actes à la parole.

Nous le savons, les Français ne croient plus aux discours marketing galvaudés des marques en ce qui concerne leurs démarches environnementales ou leur lutte contre la maltraitance des animaux, entre autres. Ils sont 56% à vouloir accéder à ce type de  données dans le but d’orienter leurs comportements d’achat. Et cela se retrouve également dans leur vie citoyenne.  Ils sont ainsi 72% à vouloir accéder aux données de leurs territoires comme les dépenses publiques (où vont les impôts ? comment sont répartis les budgets ?) – la démographie – la culture – afin de prendre des décisions électorales en connaissance de cause.   

Comment les acteurs concernés par cette demande réagissent-ils ? Après tout, cette dernière est légitime et il est assez simple d’y répondre.  La clef est d’agréger ses données internes et de les relier dans le but de  constituer un réseau global d’informations brutes et objectives.

 

Les acteurs publics en première ligne

En temps de crise, le partage de données devient réellement  primordial. Les acteurs publics font tout leur possible pour mettre des informations sur l’évolution de la pandémie à disposition des citoyens, dans une démarche transparente et pédagogique.

Si Santé Publique France communique de manière régulière les données attenantes à la situation du secteur de la santé au niveau national, les collectivités publiques ont pris le relais pour fournir de l’information locale.

C’est par exemple le cas de la région Ile-de-France, qui partage des informations relatives à l’ouverture des pharmacies de la région. Dans la même veine, la ville d’Issy-les-Moulineaux a publié une liste de commerces qui livrent des repas à domicile : des  données  précieuses pour les Isséens.

Plus globalement, à l’échelle internationale, nombreuses sont les régions qui utilisent leurs portails open data pour fournir des informations de première nécessité à leurs habitants. C’est notamment le cas de la communauté autonome espagnole de la Junta de Castilla y Leon, qui a commencé à publier des dashboards Covid-19 dès le début de la pandémie.

Au-delà de la dimension informationnelle, l’open data facilite le travail des experts, qui peuvent s’appuyer sur ces données dans le but de  proposer des analyses et de continuer à alimenter leurs recherches. C’est par exemple le cas de l’entreprise IQVIA qui met désormais à disposition des données exclusives sur le suivi des tests antigéniques en pharmacie de ville.

L’accès à la donnée publique représente également l’opportunité de créer des rapprochements entre les acteurs publics et  la société civile. Ce type de collaboration, qui fait appel à l’intelligence collective, donne naissance à  des solutions innovantes et à des initiatives spontanées.

 

Les acteurs privés au pied du mur

La soif d’informations des Français est également dirigée vers les entreprises. 55 % des citoyens  souhaitent avoir une meilleure visibilité sur les actions et les décisions de ces acteurs. Après avoir  longtemps opéré dans l’opacité, de nombreuses entreprises ont été accusées de « greenwashing ».

Afin de  lutter contre cela, Barbara Pompili, l’actuelle Ministre de la Transition écologique, a récemment lancé une mission contre le greenwashing. Certains grands groupes sont en avance sur le sujet  et ont déjà compris  l’intérêt d’utiliser l’open data comme expression la plus objective de la preuve. C’est le cas de Kering, qui  a choisi de quantifier et de rendre disponible les informations concernant l’impact écologique des activités du groupe –  mesure de l’impact en euros de l’utilisation de l’eau pour son activité de tannerie –

Aujourd’hui, les entreprises prennent de plus en plus conscience des opportunités que représente le partage de données. Challengées par les consommateurs et les influenceurs, elles utilisent l’open data comme un outil d’information et de communication pour rendre compte de leurs actions environnementales et sociétales.

Si l’open data apparaît comme l’un des piliers phares de cette crise sanitaire, 42% des Français ne savent toujours pas ce que signifie ce terme et 29% ne savent pas où chercher l’information disponible en open data ! La communication tant par les organes gouvernementaux que par les relais locaux est plus que jamais importante dans le cadre de la naissance de ce web des données. A l’image de l’Internet dans les années 2000, le web des données a le mérite d’exister, imparfait mais solide avec un véritable réseau global. La crise a révélé le pouvoir de la donnée et la puissance du partage d’informations – à chacun de continuer dans cette direction.

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