Le crash d’Internet qui a affecté en juin dernier les réseaux de Facebook, WhatsApp et Instagram est passé inaperçu pour beaucoup des utilisateurs de ces applications. La plupart d’entre eux ont pensé qu’il ne s’agissait que d’un simple problème de serveur. Cette crise, somme toute banale pour les utilisateurs, l’a été beaucoup moins pour les commerçants qui dépendent de ces applications comme vitrine pour leur publicité.

À l’heure où de nombreuses entreprises témoignent du fait que Facebook Workplace est leur seul moyen de communication, il est bon de penser que cette crise revêt un aspect financier. Et depuis la dernière panne majeure de Facebook en mars, des entreprises telles que Wonghaus Ventures ont déclaré des pertes de 10 000 $, alors que des millions d’autres entreprises ont été affectées par des pertes de recettes et de potentiel publicitaire. Ces accidents, somme toute mineurs, révèlent que les répercussions de telles pannes sont loin de se limiter à l’incapacité de publier et d’afficher les photos de notre déjeuner. Les médias sociaux sont peut-être un outil secondaire pour la plupart des utilisateurs, mais pour les entreprises et ceux qui travaillent principalement via les réseaux sociaux, ils deviennent l’élément vital de leurs relations publiques. Exemple des influenceurs qui ne sont pas payés lorsque des pannes surviennent.

Il serait intéressant de se demander ce qui pourrait se passer si une des facettes d’Internet, les médias sociaux par exemple, tombait en panne. Prenons par exemple les dernières nouvelles concernant les mises à niveau des puces informatiques de Tesla ou son logiciel Autopilot 2 qui sont automatiquement mises à jour via Internet au moyen d’une passerelle connectée appelée OTA (Over-the-air programming). Quel impact ou problèmes techniques une soudaine panne d’Internet provoquerait-elle ?  

De même, le 25 juin 2009, lorsque le décès de Michael Jackson a été annoncé, Google News, TMZ et Twitter ont tous trois planté, un événement qui n’était pas le premier du genre. Les pannes du réseau Internet étaient beaucoup plus fréquentes à l’époque de la connexion commutée, en 1997, avant l’installation des câbles de fibre optique sous-marins. Mais là encore, des accidents ont frappé les lignes de fibre optique partout dans le monde ; exemple du retraité géorgien qui a privé toute l’Arménie de réseau Internet après avoir sectionné des câbles par mégarde ou encore l’ancre de cinq tonnes d’un navire dans le golfe Persique qui a causé des dégâts d’un montant de 12,5 millions de dollars pour Telecom Egypt seulement.

Soyons réalistes, lorsque les utilisateurs ne peuvent pas accéder à un site Web particulier parce qu’il est « en cours de maintenance » ou qu’ils sont confrontés à une erreur de serveur, la plupart choisit de passer à un autre site Web ou à une autre tâche pour éviter de perdre du temps. Ceci est dû à l’environnement toujours plus rapide dans lequel la plupart des humains évoluent aujourd’hui. Cependant, cette option n’est valable que pour ceux d’entre nous dont le travail est peu affecté par de tels problèmes d’Internet. Lorsque des lignes sont coupées, que des serveurs tombent en panne ou que des pirates informatiques s’attaquent à un portail, des millions de dollars – et plus encore – sont généralement en jeu. Aujourd’hui, la plupart des entreprises en ligne font de l’argent grâce à la rapidité et au nombre d’utilisateurs qui peuvent accéder aux sites Web et aux interfaces dont elles ont la gestion. Ainsi, lorsque des incidents comme la panne de Cloudflare au début du mois font disparaître des millions de sites, ce n’est pas sans conséquence.

Prenons par exemple les plateformes de gestion, comme Clear Review, dont le chiffre d’affaires repose sur la capacité des employés et de la direction à accéder à la plateforme. À la seconde où Internet ou un serveur tombe en panne, de telles entreprises risquent de perdre des millions. Les investisseurs tout comme les clients comptent sur le bon fonctionnement de la plateforme, autrement, il n’y a pas de produit disponible. Et plus nombreuses seront les entreprises fonctionnant à travers les moteurs de recherche en ligne et les bases de données interactives telles que les plateformes de produits et d’évaluation comme Trustpilot et GoodFirms, plus il sera crucial que les services de cloud restent viables. Et aujourd’hui, avec l’expansion de l’IdO (Internet des objets), la panne d’Internet risque d’affecter jusqu’à la technologie domestique qui repose sur des capteurs IdO intégrés à de nombreux appareils domestiques ‘intelligents’.

Même les services auparavant gérés par du personnel, qui reposaient traditionnellement sur des espaces de vente au détail physiques, se sont tournés vers l’Internet et la vente en ligne.  À la surprise des détaillants, les grands constructeurs automobiles de l’UE – entre autres Ford et Volkswagen – ont annoncé qu’ils mettaient en place des programmes pilotes de vente en ligne. Peu après, Volvo, Alpine, Jaguar Land Rover, Mitsubishi, BMW et Mini ont suivi le pas. Hyundai dispose déjà d’un système de vente en ligne au Royaume-Uni, mais celui-ci n’a pas encore été déployé dans le reste de l’UE.

Ce qui est palpable en 2019 avec la façon dont nous utilisons Internet pour les affaires, c’est qu’aujourd’hui, il y a plus de transactions directes effectuées en ligne qu’au début du siècle et qu’elles ne cesseront d’augmenter. Nous devons nécessairement changer nos attitudes à l’égard des transactions en ligne et des informations que nous fournissons et, de même, les entreprises doivent avoir foi dans le fait que l’effondrement de millions de sites Web en une fraction de seconde pourrait bientôt appartenir au passé.