En moins de dix ans, le Bitcoin est passé d’un objet de curiosité peu connu à un nom de domaine. Sa valeur a grimpé (avec des hauts et des bas) de presque rien à 14 239,23 € à l’heure d’écrire ces lignes.

L’ascension du Bitcoin est spectaculaire. Son prix a presque été multiplié par 30 en deux ans. La valeur des Bitcoins en circulation aujourd’hui est supérieure à 144 milliards d’euros, soit plus que la valeur sur le marché de McDonald’s. C’est assez remarquable car, contrairement au célèbre fast-food qui a des restaurants partout dans le monde, le Bitcoin est une monnaie virtuelle qui est à peine échangée dans le monde réel.


Le Bitcoin est un mirage

La montée des prix du Bitcoin reflète la spéculation sur ses prix futurs. Cette monnaie numérique aura une valeur à long terme tant qu’elle est acceptée comme moyen de paiement et comme réserve de valeur.

Plus il sera accepté, plus il aura de valeur. Mais il est difficile pour le Bitcoin d’être accepté comme une vraie monnaie : sa très grande volatilité reflète les changements de perception de son degré d’acceptation.

Par définition, certaines faiblesses inhérentes au Bitcoin l’empêchent de devenir une vraie monnaie.

Pour devenir une monnaie digne de ce nom, il faudrait que le Bitcoin soit une réserve de valeur viable et stable. Mais aujourd’hui, c’est une très mauvaise réserve de valeur à cause de son importante volatilité. Le prix du Bitcoin est caractérisé par des changements brusques, à la hausse comme à la baisse, jusqu’à plus ou moins 20 % en une journée. Cette volatilité est elle-même presque inhérente au Bitcoin, car l’offre est relativement fixe, mais la demande peut changer brutalement.

Alors que l’offre d’une cryptomonnaie unique est limitée, l’offre de cryptomonnaies consolidées est illimitée. Il n’est pas difficile de rentrer sur le marché : n’importe qui peut créer une nouvelle crypto-monnaie. Ainsi, le Potcoin a été créé pour faciliter les transactions dans le secteur du cannabis.

L’utilité du Bitcoin comme moyen de paiement est encore très limitée. Même si les cryptomonnaies seront peut-être plus utiles à l’avenir, il est inconcevable que les États autorisent leur adoption généralisée. Ils voudront conserver les monnaies nationales, contrôlées par eux, tout comme ils voudront conserver leur capacité de contrôle de l’offre de la monnaie et de la politique fiscale. Dans le même temps, les banques et les institutions financières créent leurs propres cryptomonnaies privées pour concurrencer les cryptomonnaies publiques comme le Bitcoin.

Les blockchains tiennent leurs promesses

Alors que l’avenir du Bitcoin est encore incertain, il faut bien faire la différence entre Bitcoin et blockchain, la technologie qui se cache derrière le Bitcoin.

Une blockchain correspond à une base de données d’archives distribuée, ou à un cahier de compte public de toutes les transactions exécutées et partagées entre les parties en présence. Chaque transaction de ce cahier de compte est vérifiée par consensus (par une majorité des participants au système).

Une fois inscrite, chaque transaction est chiffrée et ne peut pas être copiée ou modifiée. Les transactions sont validées par un réseau d’utilisateurs appelés « mineurs » qui partagent leur puissance de calcul en échange de la possibilité de gagner de l’argent virtuel supplémentaire, grâce à une base de données partagée et un processus distribué.

Aujourd’hui, la blockchain la plus connue est celle du Bitcoin. Certaines de ses caractéristiques présentent de sérieux défauts.

La blockchain du Bitcoin est anonyme et ne nécessite pas de « permission ». Elle ne révèle pas votre identité, mais ne propose pas de protection particulière. C’est ce qui a conduit à la publication de nombreux rapports sur le rôle du Bitcoin dans les activités illicites.

Le chiffrage demandé par le Bitcoin pour atteindre un consensus ralentit considérablement son accès, et son infrastructure actuelle ne pourrait pas supporter d’importants volumes de transactions.

La technologie de blockchain est prometteuse, mais loin d’être aboutie. Elle peut évoluer sur plusieurs aspects. Même si aucune n’a obtenu le même succès que le Bitcoin, d’autres blockchains présentent d’autres avantages, comme une plus grande vitesse, une meilleure capacité de stockage de données et différentes méthodes de consensus.

On peut appliquer cette technologie à de nombreux domaines. Les banques pourraient ainsi l’utiliser pour mettre en place des transactions sécurisées, peu coûteuses et plus rapides. En dehors des transactions financières, on peut l’utiliser pour prouver l’existence de documents légaux, de dossiers médicaux et de paiements de droits dans l’industrie musicale, le notariat ou les assurances privées.

Pour résumer, le Bitcoin fait beaucoup de bruit mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’il devienne une réelle monnaie.

Ce n’est pas sans rappeler comment beaucoup de gens, au milieu des années 1990, pensaient que Netscape Navigator, le premier navigateur internet commercialisé, était synonyme d’Internet et serait le grand gagnant de ce nouvel âge numérique. Sa valeur s’était envolée jusqu’à 2,5 milliards d’euros le soir de son arrivée en bourse en 1995.

Un peu plus de dix ans plus tard, AOL a cessé de proposer Netscape Navigator, le développement et le support technique ont été arrêtés. Aujourd’hui, il n’est plus que synonyme de nostalgie.

Et tout comme Netscape n’est pas la même chose qu’Internet, il faut bien différencier le Bitcoin de la blockchain. Il faut voir à travers la bulle qui entoure le premier, pour se concentrer sur la seconde : car c’est la blockchain qui représente l’avenir.