Les chars d’assaut robotisés sont confectionnés pour protéger les humains du danger. Depuis le début de la guerre mécanisée lors de la Première Guerre mondiale, les nations ont cherché à remplacer les humains par des machines sur les champs de bataille. Cependant, ces robots sont coûteux : un char M-1 Abrams coûte 6 millions de dollars (5 millions d’euros), et un avion de chasse F-35 Lightning près de 100 millions de dollars (83 millions d’euros).

D’où l’attrait des robots de combat sans pilote qui coûtent moins cher et épargnent la vie de soldats amis. THeMIS, le véhicule terrestre télécommandé sans pilote (UGV) de 2 tonnes, du fabricant estonien Milrem, peut être armé d’un missile antichar ou d’un canon de 30 millimètres. La Russie a testé son char robotisé Uran-9 en Syrie, avec des résultats mitigés, tandis que l’armée américaine envisage une famille entière de chars robotisés.

Cependant, un jeu de simulation de guerre mené par un groupe de réflexion américain soulève une question troublante : que faire si les robots eux-mêmes sont trop précieux pour être perdus ?

RAND Corporation a utilisé un jeu de simulation de niveau tactique sur table pour examiner comment des commandants humains utiliseraient des chars d’assaut robotisés, également connus sous le nom de véhicules de combat robotisés, au combat. En particulier, le jeu de simulation s’est penché sur un changement générationnel potentiel : un scénario supposait une force bleue (amie) équipée de véhicules robots, qui sont contrôlés à distance par des opérateurs humains. Un second scénario, qui se déroule dans les années 2030, suppose des véhicules de combat robotisés contrôlés par l’IA et totalement autonomes. La force rouge (ennemie) dans les deux scénarios était équipée de véhicules blindés conventionnels.

L’une des principales conclusions, bien que peu surprenante, est que les joueurs ont traité les robots comme des appâts inutiles. « Selon les commentaires des joueurs, il semble que ces véhicules robotisés, qu’ils soient contrôlés à distance ou complètement autonomes, aient été utilisés comme appât car cela ne mettait pas les soldats en danger », note l’étude. « De plus, la perte des robots semblait, du moins au début, ne pas causer de regret substantiel à la force bleue, car les capacités offensives des chars d’assaut robotisés étaient limitées par rapport à celles d’autres véhicules. »

A première vue, c’est à cela que servent les robots. Par exemple, tout le concept des essaims de drones repose sur des avions sans pilote bon marché dont la perte n’est pas très importante. Les robots que les fantassins portent maintenant dans leur sac à dos sont censés être dépensés comme des balles. Mais un char robotisé de 30 tonnes, équipé de canons et de plaques blindées, que l’armée américaine est en train de développer ? Même si le mini-tank est moins cher qu’un vrai char M-1 Abrams, il est encore trop cher pour être considéré comme remplaçable.

« La question de savoir si les véhicules de guerre robotisés seraient considérés et utilisés de manière cohérente par les joueurs comme essentiellement inutiles pourrait et devrait être examinée lors des prochaines simulations, notamment pour les situations dans lesquelles les joueurs sont informés dès le départ que le coût de remplacement de ces robots est élevé et que leur stock est limité, ou pour les situations dans lesquelles il est nécessaire qu’une force équipée de robots mène des engagements multiples en séquence sans renfort », a déclaré RAND Corporation.

« S’ils savaient qu’ils pouvaient être à court de robots, leurs prises de risques seraient peut-être plus réfléchies et plus judicieuses. Ceci étant dit, certains choix resteraient les mêmes. Il est plus probable qu’ils préfèrent risquer de perdre un robot plutôt qu’un humain, même s’ils risquent d’être à court avant la fin d’une bataille », a déclaré à Forbes Danielle C. Tarraf, une scientifique de l’entreprise, qui a co-écrit l’étude.

Le jeu de simulation de RAND Corporation a également mis en évidence une autre vulnérabilité, ou du moins pour les robots contrôlés à distance par des opérateurs humains dans des véhicules blindés. Le fait d’assommer les véhicules de contrôle désactive effectivement le véhicule de combat robotisé. Cela suggère que les armées auront besoin de véhicules de contrôle de secours ou risqueront de voir leurs chars télécommandés immobilisés.

La révolution des robots de combat est en marche. Mais les chars robots sont peut-être trop chers pour être utilisés comme chair à canon.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Michael Peck

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