Depuis 2012, année de lancement du mastodonte du dating mobile, Tinder, la drague 2.0 a fait sa mue. Alors que jusque-là, il fallait se contenter des traditionnels sites de rencontre qui avaient fleuri dans les années 2000, le dating a pris un nouvel essor et un nouveau format. 

 

La prise de contact semble être plus rapide, plus addictive, plus charnelle (?). L’objectif de cette tribune n’est pas de juger les utilisateurs, mais bien de percevoir l’impact de ces applications de quelques méga-octets sur le quotidien amoureux, si ce n’est affectif, de millions de personnes (milliards ?). 

 

Petit historique pour placer le décor

La vague des sites de rencontre désormais « classiques » a déferlé sur nos écrans dès 2001, année de lancement de Meetic. Ce tsunami révolutionnaire lancé par Marc Simoncini a remplacé les poussiéreuses agences matrimoniales. Le succès est, comme souvent concernant les « facilitateurs en matière d’amour », total. Cupidon 2.0 avait semble-t-il tiré une flèche en plein cœur des internautes. Cette hégémonie a duré une bonne dizaine d’années. 

En effet, dès 2012, les disrupteurs de ce marché « pas comme les autres » sont arrivés, Tinder en tête. Je souligne dès à présent que ceux-ci n’ont pas entamé la tonicité de Meetic (entre autres) qui a connu une année 2016 particulière faste. De l’amour pour tout le monde !

En ce sens, les applications mobiles de dating ont avant tout changé les habitudes des chercheurs d’amour en ligne. En effet, plus besoin d’un profil où chaque mot compte (bien que les hashtags ont leur importance) puisque tout succès réside désormais dans sa photo de profil ! On Swipe plus vite que son ombre au gré de nos lunes du jour.

Alors qu’une application comme Tinder se base sur un rayon d’action, d’autres comme Hppn croisent les données de géolocalisation pour mettre en rapport 2 personnes ayant fréquenté le même endroit (ou presque). Bref, tout est fait pour se connecter rapidement (cela étant, les divorces aussi sont devenus très rapides) et se plaire (parfois) à la vitesse de votre forfait data.

 

Dans les années 70, le premier rapport intervenait 14 mois après le premier échange…

Les études sont formelles concernant l’accélération du timing entre les premiers mots échangés et les premiers coups de reins. La libération sexuelle est à son apogée : pour rappel, il fallait attendre 14 mois avant le premier rapport sexuel dans les années 70. À présent, il faut parfois attendre la 3 ou la… 4ème heure (je plaisante…) ! Plus sérieusement, 44% des Français(e)s avouent avoir déjà couché le premier soir.

Grâce aux applications de dating, il n’y a PAS d’ambiguïté. Les utilisateurs sont (très majoritairement) là pour avoir une relation sexuelle, voire tomber amoureux. Ces « facilitateurs » sont désormais tout en haut du podium des « lieux d’échange les plus favorables pour coucher » : 26% des personnes interrogées plébiscitent ce modus operandi contre 13% les boîtes de nuit et 8% les bars.

 

Une génération Y en perte de repères ?

Clairement, et comme en atteste cet excellent article, les mecs et les filles défilent « comme dans un catalogue ». Les témoignages, dont certains de mes proches, affluent en ce sens : et si celui ou celle d’après était « encore » mieux? 

Clairement, je suis d’accord avec la notion de « surabondance sans joie ». L’idée est simple (et assez triste en fait) : j’ai accès à un catalogue presque illimité de rencontres, donc je n’ai plus cette excitation de la première rencontre, de la surprise. Tout effet de surprise est justement dévoré par cette abondante offre où chaque utilisateur a la fâcheuse tendance à lancer plusieurs hameçons (sic), c’est-à-dire lancer plusieurs discussions avec des profils alléchants « en vue de » (voir mon article sur la detox digitale).

« Instant vieux plouc » qui a vécu le passage du CD au MP3 (et tout ce qui a changé entre temps) : il n’y a pas si longtemps de ça, rencontrer une personne était le fruit du hasard, une sorte de karma impossible à contrôler qui vous tombait sur le « coin du bec ». Sans jouer les puritains ou les idéalistes, être amoureux prend du temps et demande de prendre des risques. 

Ce qui me porte à interrogation est que la jeune génération « n’a plus le temps de douter », car elle peut passer à autre chose (quelqu’un d’autre – sic) en un swipe… De plus, la notion de prise de risque semble être désormais liée au simple fait de rendre la relation… exclusive (= retrait de tous les hameçons lancés lors de l’étape précédente…) !

Je n’évoquerai pas la hausse des MST liée à ces « rapports faciles et plus fréquents » car ce n’est pas le sujet, mais pensez à sortir couvert ! (autre phrase d’un vieux plouc trentenaire, mais celle-là peut « juste » sauver des vies…).

 

En somme, je ne vous cache pas que je vois pas mal de tristesse, voire de dépit, dans ces comportements, comme une désillusion, une sorte de mirage “devenu” impossible à atteindre, car semé de trop d’embûches (= trop d’alternatives)…