La nouvelle est tombée hier via un rapport conçu par le McKinsey Global Institute : entre 400 et 800 millions de personnes seraient impactées par l’automatisation du travail d’ici 2030. Parmi elles 375 millions – soit 14% des travailleurs du monde entier – seraient amenées à changer totalement de métier.

Il ne se passe pas un jour ces temps-ci sans qu’une institution ou une personnalité ne mette en garde contre les ravages de l’automatisation. Si cette dernière est certaine, ses conséquences le sont bien moins. Aussi est-il nécessaire de mettre en perspective ces résultats, et de voir ce qu’ils impliquent à terme pour envisager la suite.


Ce qui n’est pas encore sûr

Les pays inégalement impactés

Evidemment, ces 375 millions de personnes ne sont pas réparties dans le monde de façon équilibrées. Certes, 100 millions d’entre elles seraient chinoises, mais cela représente à peine 10% à l’échelle de la Chine. Les pays développés promettent d’être plus impactés, notamment les Etats-Unis. Une chose est sûre : les mesures prises par chaque pays dès maintenant auront une forte incidence sur les chiffres in fine. McKinsey souligne par ailleurs que ces chiffres auront un impact économique différent dans chaque pays, selon la démographie, la manière dont les secteurs et les emplois sont répartis et le niveau des salaires.

Des métiers qui changent

Il ne s’agit pas d’emplois qui disparaissent mais plutôt de métiers qui changent. A chaque révolution industrielle le débat fait rage pour savoir dans quelle mesure la destruction d’emplois est compensée par la création de nouveaux emplois. Une étude allemande montrait à ce propos récemment qu’alors que le nombre de robots industriels avaient été multiplié par 4 en 20 ans, leur effet sur le taux d’emploi était proche de zéro en prenant en compte les changements démographiques. L’enjeu est donc bien de voir quelles conditions doivent être réunies pour accompagner ces changements.

Ce qui est sûr

Un enjeu clé de formation

L’émergence des solutions de formation en ligne transforme déjà la formation continue des salariés. D’importants ajustements sont néanmoins requis dans les 5 à 10 ans pour faire évoluer les mentalités. Les entreprises et les institutions vont devoir prendre en compte de façon accélérée ces nouvelles données. L’enjeu est double : soutenir la formation aux nouveaux métiers, ou voir le taux de chômage exploser. Intégrer par ailleurs de nouvelles compétences sociales, émotionnelles et cognitives (comme la créativité) aujourd’hui pas ou mal intégrées dans les cursus académiques.

Des inégalités qui se creusent

Deux paramètres doivent être pris en compte. Le chômage touchera probablement tous ceux qui, pour une raison ou un autre, n’auront pas su ou pas pu s’adapter, faisant apparaître une nouvelle catégorie de cadres déclassées. Le second paramètre est plus subtil : la catégorie la plus impactée par l’automatisation sera, selon McKinsey, les salariés percevant une salaire moyen. Cela devrait accroître d’autant les inégalités.

Passé le temps des pronostics, vient le temps de l’action

Action politique : le rapport sur l’AI arrive, mais on en attend un autre qui aide à se projeter sur le marché du travail en France dans 10 ans, et sur les actions à prendre aujourd’hui pour nous y préparer.

Action éducative : on note un fort volontarisme de la part du nouveau Ministre de l’Education Nationale pour repenser les méthodes et les outils  de l’éducation de la petite enfance  à l’enseignement supérieur. Mais le temps de l’Etat n’est pas le temps des marchés. Cela, n’importe quel parent le sait intimement, sans pour autant savoir quelles conséquences en tirer pour ses enfants.

Ce qui frappe encore et toujours, c’est la discordance entre le temps de la disruption industrielle et celui de la réforme étatique. Les acteurs privés anticipent et accompagnent déjà l’évolution du marché du travail vers plus d’automatisation, notamment en contribuant à la formation continue et à l’apprentissage de nouveaux métiers. Nous avons déjà en France des champions comme OpenClassroom ou encore 360 Learning. Mais tant reste à faire. Et on se dit qu’il serait sans doute opportun d’opter pour plus de partenariats public / privés pour permettre à l’Etat France de lisser la transition sur le marché du travail.