Dans certains pays, l’infrastructure numérique est encore très rudimentaire, alors que dans d’autres, comme les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, elle constitue désormais un élément clé de l’économie nationale et un moteur essentiel du revenu du pays et de la croissance.


 

Si la pandémie a accéléré la transformation numérique d’une grande partie de l’économie mondiale, tous les pays ne progressent pas au même rythme. Les dernières données de l’OCDE montrent que dans de nombreux pays comme le Vietnam, le Mexique et l’Inde, la majorité des entreprises n’ont pas encore de site internet. Et, s’il existe toute une série d’instruments de mesure concernant la progression numérique d’un pays, beaucoup sont fondés sur des enquêtes, ou reposent sur des opinions qui ne sont tout simplement pas fiables. D’autres outils tentent d’évaluer l’économie numérique en prenant en compte la structure industrielle pays par pays, ou bien se concentrent sur l’infrastructure gouvernementale et ne tiennent pas compte de l’activité et de l’infrastructure du secteur privé. Il est temps d’établir une mesure plus objective et plus fiable de l’économie numérique, pays par pays. Heureusement, les moyens pour y parvenir existent déjà.

En analysant les données de la plateforme mondiale d’intelligence en ligne BuiltWith, l’on découvre de nouvelles manières de mesurer l’empreinte numérique réelle d’une nation. Certains experts ont même réussi à mettre au point deux nouvelles mesures expérimentales de l’infrastructure numérique nationale, dont l’une est centrée sur l’infrastructure numérique nationale (INN, Domestic Digital Infrastructure) et l’autre sur les ambitions d’exportation en ligne d’un pays (DXI, Digital Export Infrastructure).

 

La force numérique nationale

L’infrastructure numérique nationale (INN) est centrée sur le marché intérieur et évalue simplement le nombre de sites internet dans chaque pays en utilisant le domaine national de premier niveau comme simple filtre géographique. L’infrastructure numérique comprend bien plus que des sites internet et des services en ligne, mais il s’agit d’un indicateur utile à l’échelle nationale des investissements et des actifs d’un pays dans l’économie numérique.

Pour évaluer l’INN, les experts ont également filtré les domaines qui sont hébergés par des technologies payantes ou qui investissent dans celles-ci (une fonctionnalité proposée par BuiltWith), afin de différencier les sites internet actifs et les sites inactifs ou redirigés. En outre, cela permet d’éliminer le nombre de sites internet personnels ou de loisirs. En effet, bien qu’il existe un large éventail de technologies gratuites et open source pour créer des services numériques en ligne, la plupart des services commerciaux comportent désormais au moins une forme de technologie payante.

Le top 10 des meilleurs pays en termes d’INN est constitué des États-Unis, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de la Suisse, du Danemark, de la Suède, de la Norvège, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Réputée pour ses politiques numériques progressistes et innovantes ainsi que son leadership en matière d’administration en ligne, l’Estonie figure également dans le top 10.

 

Une vision numérique mondiale

Si la première mesure porte sur les infrastructures nationales, elle ne révèle pas grand-chose sur le nombre d’entreprises numériques mondiales centrées sur l’exportation dans chaque pays. Il faut donc une seconde mesure : l’infrastructure numérique d’exportation (DXI). Cette mesure est fondée sur l’extraterritorialité et permet de compter le nombre de sites internet enregistrés dans chaque pays par leur adresse physique. Cependant, la DXI ne prend en compte que les sites internet qui sont en dehors de l’espace du domaine national de premier niveau, par exemple les sites enregistrés au Canada mais dont le domaine est .uk, comme Shopify.

Le top 10 des meilleurs pays en termes de DXI est similaire à celui des meilleurs pays en termes d’INN, à l’exception du Canada et de l’Allemagne qui se distinguent par leurs perspectives et leurs priorités en matière d’exportations numériques mondiales.

 

Des nouvelles mesures alignées sur les Digital Dozen et plus encore

Ces deux nouvelles mesures s’alignent parfaitement sur la tendance croissante actuelle : l’entreprise la plus importante dans de nombreux pays est une entreprise numérique. Dans douze pays (Digital Dozen), la plus grande société est désormais une société technologique, selon une analyse récente.

Si les entreprises figurant dans le Digital Dozen sont appelées à changer au fil du temps, le schéma reste le même : elles sont souvent concurrencées par une autre entreprise technologique. Microsoft, par exemple, se dispute actuellement avec Apple et Google le titre de plus grande entreprise des États-Unis en matière de capitalisation boursière.

Il est également intéressant de noter que de nombreux pays du Digital Dozen sont également bien classés en termes d’INN et de DXI. Cette tendance devrait se poursuivre, car une part croissante de l’économie mondiale est soumise à l’influence de l’économie numérique. En Australie, par exemple, la plus grande entreprise technologique, Atlassian, a plus que doublé sa valeur au cours des douze derniers mois et est désormais la troisième entreprise australienne la plus précieuse, derrière la Commonwealth Bank et BHP. Au rythme de la croissance actuelle, Atlassian est susceptible de devenir l’entreprise la plus importante d’Australie au cours des prochains mois. Et nul doute que de nombreux autres pays rejoindront bientôt ce club.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Paul X. McCarthy

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