La situation de Vincent Lambert, dans un état état végétatif chronique depuis fin septembre 2008, peut bien renvoyer chacun qui s’y attarde aux questions fondamentales relatives à l’existence. Entre philosophie et idéologie, éthique et morale, le système judiciaire a été appelé à trancher sur l’impossible décision. Bientôt, sans doute, la consultation d’une intelligence artificielle sera dans la procédure. Sans aller jusqu’au débat sur la peine de mort, certains ont mêlé les discussions sur l’euthanasie et l’avortement. Des camps se sont dressés, avec des argumentations contradictoires, pour alternativement justifier des positions vécues comme légitimes. 

Evidemment, quand le système judiciaire ne parvient plus à décider, on invite la médiation à la table. Mais, dans cette affaire où il est question de mourir dans la dignité, avec force morale, et l’espoir de deux parents de connaître un miracle assisté par la science, de voir leur fils, tel Er le Pamphilien, sortir du pays des morts et rejoindre celui des vivants pour ne s’en être jamais vraiment éloigné, la médiation est-elle appropriée ? Si oui, dans quelles perspectives ?


Le conflit
Ce qui rend la situation confuse, c’est la nature même de l’enjeu : une vie, la vie d’un tiers. Pour les uns, mourir dans la dignité. Pour les autres, contribuer à tuer en n’aidant pas à maintenir un souffle de vie.

Le conflit est une relation dégradée. Or, ici, ce n’est pas le cas entre Vincent Lambert et le corps médical. Le corps médical n’est pas non plus en conflit avec les parents qui se sont substitués à leur fils pour exiger le maintien de l’assistance médicale. Le constat est clair : l’émotion de la conflictualité est d’un côté, avec l’espoir, de l’autre est le constat de l’impuissance médicale de mieux faire, avec la consternation.

Le terme de conflit est donc inapproprié.

Les parties
Donc, un aspect important de cette affaire, la personne concernée, Vincent Lambert, ne peut pas participer à la discussion pas plus qu’il est en mesure de se prononcer sur son état relationnel. Les parents, Vivianne et Pierre Lambert, exigent le maintien de l’assistance médicale.

La problématique apparente
La question posée est d’ordre éthique et se dédouble ainsi : la société peut-elle établir des règles décidant de la fin de vie d’une personne ? Des personnes, au nom de leur lien de parenté, peuvent-elles imposer un état de dépendance et de handicap à une personne dont le cerveau n’est plus en mesure de lui faire revendiquer son état d’être ?

Dans les observations que j’ai pu faire, il existe deux types de médiation. Les médiations traditionnelles, avec des prédominances de conformité, de soumission et de normalisation => morale, droit et psychosociologie. La médiation professionnelle, avec exercice de la liberté de décision.

Il est possible de mettre en place une médiation traditionnelle – version actuelle de l’ONU réclamée d’ailleurs par les parents de Vincent Lambert – qui reste à mon avis très illusoire, mais l’illusion a souvent des effets de séduction – entre les parents, les autres membres de la famille et tout autre acteur du corps médical, préfectoral et politique. Dans ce cas, comme il s’agit de faire jouer des aspects moraux, de référence à la conception de la loi et des bonnes mœurs, ainsi que des réflexions normatives avec des explications psychosociales, un médiateur professionnel ne sera pas à sa place

La médiation professionnelle pour aider à définir un projet parental

Par ailleurs, rien qu’en lisant les définitions ci-dessus, je suppose que c’est suffisamment clair : la médiation professionnelle, avec son processus structuré opérationnel dans les relations dégradées, ne peut pas être mise en place. Le manque de partie clairement autorisée à décider par elle-même pour elle-même est évident.

Néanmoins, rien n’empêche d’organiser en premier lieu une rencontre entre un médiateur professionnel et les parents, individuellement. Il deviendra alors possible de construire le projet parental, en revenant éventuellement sur la notion de conflit, sur l’ensemble des liens familiaux et tout autre aspect lié.