Attendu depuis le 3 octobre et la démission de Gérard Collomb, le remaniement a enfin pris corps ce mardi matin. L’exécutif, après moult tractations, a dévoilé par communiqué de presse la nouvelle équipe gouvernementale. Un « casting » qui fait la part belle aux équilibres politiques et la promotion de Christophe Castaner à l’Intérieur. Revue de détail.

« Une équipe renouvelée, dotée d’un second souffle, mais dont le mandat politique reste le même ». Voici le message officiellement délivré par l’Elysée au sortir d’une séquence politique longue de deux semaines et qui a mis en exergue les difficultés du tandem Macron-Philippe à procéder à un remaniement gouvernemental qui n’en finissait plus de s’éterniser, laissant à la place aux rumeurs, supputations et autres conjectures parfois farfelues. Premier « casse-tête » pour l’exécutif : la succession de Gérard Collomb au ministère de l’Intérieur. Ayant fait part de sa volonté de ” rentrer à Lyon ”  dans la perspective des élections municipales de 2020, l’ex-locataire de la place Beauvau avait, de facto, envoyé un signal négatif et son maintien en poste s’avérait complexe. Conscient de cela, l’ex-futur maire de Lyon avait remis, par deux fois, sa démission qui a finalement été acceptée. Ex-pilier de la Macronie et premier soutien « de poids » du président, ses relations avec Emmanuel Macron s’étaient ostensiblement dégradées dans le tumulte de l’affaire Benalla. Après l’intérim Edouard Philippe à l’Intérieur, c’est finalement un autre « proche » du président – sans doute plus dévoué au chef de l’Etat et moins “fort en gueule”- qui a obtenu le maroquin : Christophe Castaner est le nouvel homme fort de  la place Beauvau… mais qui, néanmoins, passe de la 2e à la 11e place (!) dans l’ordre protocolaire, ce qui est historiquement bas.


Un ministère de premier plan « géré » par le délégué général du mouvement présidentiel ? La situation a déjà déclenché une levée de boucliers de l’opposition… finalement tuée dans l’œuf, Christophe Castaner ayant d’ores et déjà annoncé sa volonté de quitter la direction de la République en Marche !. « En ce qui me concerne, une page se tourne. Je quitterai dans les jours qui viennent mes fonctions », a affirmé le nouveau ministre de l’Intérieur lors de la passation de pouvoir – il officiait également en tant que secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement – avec son successeur, l’ancien président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, Marc Fesneau.  La « seconde jambe » de la majorité prend d’ailleurs du galon dans l’équipe gouvernementale. Car le député du Loir-et-Cher, qui a pris « un poids politique » important lors de l’élection  du président de l’Assemblée au regard de son score élevé, fait son entrée au gouvernement ; Jacqueline Gourault, autre personnalité estampillée « MoDem », voit, elle, son périmètre élargi.

Où est passé le numérique ?

Jusqu’à présent « ministre auprès du ministre de l’Intérieur », l’ancienne sénatrice, qui est parvenue à se rendre indispensable dans ses fonctions précédentes, voit son travail récompensé en héritant du ministère (de plein exercice) de la Cohésion des territoires. Elle sera épaulée dans cette lourde tâche par les secrétaires d’Etat Julien Denormandie, autre fidèle du président, et Sébastien Lecornu. Jacqueline Gourault succède ainsi à Jacques Mézard qui quitte le gouvernement par la petite porte, tout comme Stéphane Travert, devenu indésirable à l’agriculture et remplacé par l’ancien sénateur PS, Didier Guillaume qui envisageait pourtant de quitter la politique il y a quelques mois… Départ « plus retentissant » mais totalement attendu, celui de « l’indésirable » ministre de la Culture Françoise Nyssen. Empêtrée dans une « polémique immobilière » du temps où elle dirigeait les Editions Actes Sud, elle est remplacée rue de Valois par Franck Riester, président « d’Agir », ancien LR. Un choix « politique et stratégique » pour Emmanuel Macron dans la perspective des élections européennes où le chef de l’Etat cherche à élargir sa base et rassembler les « pro-européens » de tous bords.

Parmi les autres nominations figure celle d’Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, en remplacement de Sébastien Lecornu. Cette ancienne directrice générale en charge de la responsabilité d’entreprise, des affaires publiques et de la communication chez Danone a notamment piloté les engagements du groupe en matière de santé, d’environnement et d’inclusion depuis 2015. Autre arrivée, celle de la députée LaREM de Gironde, Christelle Dubos, qui renforce l’équipe de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn. L’ancienne directrice générale déléguée à la Compagnie des Alpes, Agnès Pannier-Runacher, est nommée secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances en remplacement de Delphine Gény-Stéphann. Enfin, la secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, voit son portefeuille s’étendre à la lutte contre les discriminations. Quant au secrétaire d’Etat en charge du numérique, Mounir Mahjoubi, qui était sous la tutelle de Matignon, il conserve son portefeuille, passe sous l’autorité de Bercy… mais perd, “dans le déménagement”, l’intitulé « Numérique ».  Inquiétant dans le cadre de la construction de la “start-up nation” martelée par le président Macron ? “Mon périmètre reste à 100% dédié au numérique”, assure Mounir Mahjoubi au Monde. L’occasion de montrer que les ambitions restent inchangées en la matière même si cette “disparition” interroge.