En cette avant-veille d’élection présidentielle, 3,3 millions de primo-votants sont inscrits sur les listes, soit l’équivalent de 7,4% du corps électoral. « Une cible » ardemment courtisée par les différents candidats à la magistrature suprême. Mais pour pléthore d’entre eux, cette première campagne est très loin d’avoir rehaussé le niveau de la politique et du débat public.

Crinière châtain acajou tombant négligemment sur ses frêles épaules, regard vert espiègle, un quotidien économique national sous le bras, Victoire – cela ne s’invente pas -, lycéenne de 18 ans en terminale économique et sociale (ES) va se confronter pour la première fois au suffrage universel et à la « mère » de toutes les élections, celle de la rencontre entre « un homme et le peuple », la présidentielle. Sans ambages et dès les prémices de notre entretien, la jeune femme nous dévoile son choix de dimanche : ce sera Marine Le Pen. Egrénant quelques mesures glanées ici ou là – qui ressemblent à s’y méprendre à des éléments de langage – Victoire, qui jure pourtant ne pas être militante, estime toutefois souscrire pleinement aux propositions de la présidente frontiste en matière économique et souhaite, comme sa candidate, que la France quitte « l’espace européen ». « Je pense que la France n’est plus qu’une province au sein de l’Union européenne et que Hollande, tout comme Sarkozy, a été pendant cinq ans aux ordres de Bruxelles et par extension d’Angela Merkel », assène la lycéenne, pleinement convaincue de son choix.

Et, à mesure de l’entretien, elle justifie son vote par l’envie de voir « enfin la France se remettre en marche » – et non en ordre comme le slogan officiel du FN pour cette présidentielle – et que peut-être ce vote « contestataire », comme elle aime à le nommer, permettra de renverser la table. « Marine Le Pen est la seule qui n’a jamais gouverné de près ou de loin quand la quasi-totalité des favoris ont une part de responsabilité dans la situation désastreuse de la France ». Le choix d’offrir son premier vote, au sortir de l’adolescence, à une candidature aussi « marquée » est-il si surprenant ? Pas vraiment lorsque l’on se penche plus spécifiquement sur les chiffres. Ainsi, selon une étude publiée par Diplomeo.com, principal service exclusivement dédié à l’orientation dans l’enseignement supérieur, 17% des lycéens interrogés ont l’intention de voter pour Marine Le Pen, ce qui en fait le deuxième choix de cette catégorie de la population. La députée européenne est uniquement devancée – d’une courte tête – par Emmanuel Macron (18%). Mais chez les étudiants, c’est également un autre candidat désireux de « faire bouger les lignes », en l’occurrence Jean-Luc Mélenchon, qui recueille également 17% d’intentions de vote, encore uniquement devancé par le candidat d’En Marche!


« Une campagne horrible, trash, nauséabonde »

Pourquoi cette appétence pour les candidats dits des « extrêmes » ? Le climat unanimement qualifié de « nauséabond, trash, horrible » et autres dépréciatifs en tout genre peut constituer une partie de la réponse, les primo-votants se tournant alors vers les candidats incarnant le plus une certaine forme de radicalité. « Les deux extrêmes ont connu une progression assez fulgurante avec en toile de fond « les affaires » Fillon-Le Pen », abonde Manon, étudiante expatriée au Canada qui suit néanmoins la campagne de près puisqu’elle aussi va, pour la première fois, prendre part à l’élection présidentielle. Mais ses propos sont empreints de fatalisme quand elle dresse le bilan de « sa première ».  Elle déplore notamment que les propositions économiques des uns et des autres aient été reléguées à l’arrière-plan, à cause des « affaires ». « Pour avoir une information sur des propositions économiques, il faut creuser soi-même. On a mis en exergue des affaires puis des affaires dans les affaires, etc, jusqu’à ne plus rien y comprendre », regrette la jeune femme, filant sans le savoir le célèbre adage de Charles Pasqua.  

« C’était une campagne totalement nulle et pas du tout à la hauteur des événements traversés par la France ces dernières années », souligne, de son côté, Sarah, étudiante à Paris I en urbanisme et aménagement du territoire. Elle pointe également la campagne des « 1001 affaires » : « Fillon, ses costumes, sa femme, les rumeurs autour de la sexualité de Macron… ». Autant d’éléments susceptibles à ses yeux de faire office « d’écran de fumée » devant les propositions des candidats. Mais la jeune femme a néanmoins pris le temps de se renseigner d’une manière un peu « en perdition », à savoir l’échange avec les militants bravant le froid ou la pluie pour distribuer leurs tracts ou « flyers » comme dit Sarah. « J’ai beaucoup discuté avec les gens qui tractaient, je pense notamment aux sympathisants d’En Marche! qui sont très bien implantés dans Paris ». Mais l’étudiante s’est également rendue sur les sites de campagnes des candidats, notamment celui de Jean-Luc Mélenchon où elle n’a pas réussi, dit-elle « à trouver les financements et le gros de son programme ». « Mais peut-être que je m’y suis mal prise », concède-t-elle.

Des propositions économiques « bien cachées »

A l’instar de Sarah, la majorité des lycéens et étudiants s’est renseignée sur les propositions des uns et des autres de manière assez traditionnelle, pour ne pas dire conservatrice. Journaux, radios, télévision avec les débats et notamment la dernière confrontation à 11. Néanmoins dans ce concert de « conservatisme », Amel, 21 ans, en Master 1 à Sup de Pub, dénote et a fait preuve d’originalité et d’innovation dans sa manière de glaner et sélectionner l’information. Peut-être est-ce justement grâce à son cursus. « Avec l’omniprésence des réseaux sociaux et des formats toujours plus attractifs et plus novateurs, ma consommation de l’info a totalement changé ». Et de dérouler son nouveau « process » en matière de sélection de l’information. « J’utilise beaucoup Twitter, des apps de flux RSS pour avoir mes infos par thématiques, un peu Facebook et de plus en plus Snapchat que je trouve particulièrement innovant en termes de contenu d’informations et de formats ». 

Lucide, Amel a néanmoins conscience que ces nouveaux formats – Konbini et les FAQ élection présidentielle 2017 de Snapchat – ne peuvent pas suffire à eux seuls pour se forger une opinion. « Avant de voter je vais quand même consulter les programmes entiers sur les sites officiels des candidats car même si ces nouveaux formats, qui me plaisent particulièrement, me donnent des infos, il s’agit simplement de réponses qui vont droit au but sans explications détaillées ».  Toujours à rebours de ses camarades susnommés, les « affaires » de la campagne, notamment celles entourant le porte-drapeau des Républicains, François Fillon n’ont pas, à ses yeux, obstrué le paysage. « J’ai trouvé cela intéressant de voir un candidat continuer sa campagne après autant de difficultés et de voir comment tout ce buzz peut devenir positif ou négatif.

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