Alors qu’il pensait profiter de l’été pour apaiser la grogne de l’opinion au sujet de l’affaire Benalla, Emmanuel Macron voit pointer le spectre d’un « ras-le-bol fiscal » après ses déclarations ambigües au sujet du prélèvement de l’impôt à la source.

Théoriquement, dès le mois de janvier prochain, les contribuables percevront leur premier salaire de l’année « amputé » pour la première fois de l’impôt sur le revenu. Théoriquement car Emmanuel Macron s’est montré pour le moins évasif à ce sujet ce jeudi lors d’une conférence de presse à Helsinki, déclarant qu’il prendrait sa décision après avoir obtenu des « clarifications » sur le modus operandi. « J’ai plutôt l’intention de conduire cette réforme à son terme mais j’ai demandé au ministre compétent de répondre à toutes les questions qui se posent encore avant de donner ma directive finale ». Et d’ajouter. « Si je pensais qu’il ne fallait pas faire cette réforme, (…) j’aurais décidé il y a un an de l’abandonner ». Une prise de position pour le moins « singulière » à moins de 6 mois de la mise en œuvre de la réforme, déjà repoussée d’un an, lors de l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Dernier « chantier » du quinquennat Hollande et conduit, à l’époque, par son secrétaire d’Etat au Budget Christian Eckert, le prélèvement de l’impôt à la source n’avait, en l’état, pas « convaincu » Emmanuel Macron d’œuvrer à sa mise en place, dès l’année 2018. Comme évoqué en préambule, le fait pour le contribuable de percevoir un salaire « amputé »  pourrait contribuer à alimenter « une grogne » fiscale.

« Cette prudence n’est pas l’expression d’une inquiétude profonde sur l’impact économique de la réforme » souligne-t-on à l’Elysée. Toutefois, le choc politique pourrait être à la mesure des millions de Français concernés, au premier rang desquels les salariés du privé, une catégorie choyée par le gouvernement au nom de la réhabilitation de la « valeur travail », à travers notamment la baisse de leurs cotisations sociales. Autre catégorie « sur le pied de guerre » en cette fin de « trêve » estivale, les retraités qui doivent non seulement affronter la hausse programmée de la CSG mais également « encaisser » le fait que leurs pensions seraient revalorisées nettement plus faiblement que l’inflation 2019. En outre, le calendrier des réformes annoncées (assurance chômage, retraites) ne devrait pas inciter à l’accalmie et surtout « rehausser »  la cote de popularité d’Emmanuel Macron  qui traverse un « sévère » trou d’air.

68% des Français jugent la politique d’Emmanuel Macron « injuste et inefficace »

Comme en atteste ce sondage BVA-Orange-RTL-La Tribune publié vendredi, selon lequel Emmanuel Macron atteint, ce mois-ci, son score de popularité le plus bas depuis son élection, en baisse de cinq points, à 34% de bonnes opinions, 68% des Français jugent sa politique injuste et inefficace. Déjà fragilisé par l’affaire Benalla, le chef de l’Etat a également dû faire face à la démission de l’emblématique et médiatique  ministre de l’Ecologie, Nicolas Hulot qui ne « voulait plus se mentir » et dénonçait la trop forte présence à son goût des lobbys dans les cercles de pouvoirs. Une séquence délicate pour le président de la République – pas au courant du coup d’éclat de Nicolas Hulot- qui pourrait également s’agrémenter d’une « crise » du pouvoir d’achat.

Un constat mis en exergue par le directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi, Alexandre Mirlicourtoi, cité par Reuters. « Le pouvoir d’achat est en crise durable et 2019 sera l’année du choc psychologique pour les ménages. L’échéancier de l’Elysée est percuté « de plein fouet » par l’accélération de l’inflation, le ralentissement des créations d’emplois et des hausses des salaires limitées », ajoute-t-il dans une note. Avant d’asséner le « coup de grâce ». « Rajoutez à cela le grand plongeon dans l’inconnu du prélèvement à la source qui diffère en fin d’année 2019 toute une série de crédits d’impôt, et la coupe est pleine. Le choc psychologique des premières fiches de paye nettes d’impôts renforcera l’impression générale d’un pouvoir d’achat en berne et l’attentisme des ménages ». Décidément, la rentrée d’Emmanuel Macron n’a rien d’une partie de plaisir et l’horizon économique ne semblent pas tendre vers l’éclaircie.