Malgré des discussions difficiles avec Donald Trump sur l’Iran, la Syrie et le commerce, le président de la République française est, aux yeux du monde, revenu renforcé de sa visite d’État aux États-Unis. Les mots qu’il a prononcés, les valeurs qu’il a défendues devant la presse, les élus et les étudiants américains consolident son image de dirigeant moderne.

Une rencontre symbolique. C’est ainsi que la presse française a décrit la rencontre entre les présidents français et américain qui s’est achevée le 25 avril. Avec la tentation, chez certains commentateurs, d’en minimiser la portée. Ce serait oublier un peu vite que le symbole n’est pas que du registre formel : il est aussi politique. Les images d’Emmanuel Macron et de Donald Trump plantant un chêne français dans les jardins de la Maison blanche et discutant, riant, s’embrassant et se tenant par la main pour réaffirmer la relation historique entre les deux pays sont faites pour durer. Même l’épisode de « l’époussetage de veste », pour paternaliste qu’il soit de la part de Trump, comporte une dimension émotionnelle qui sert in fine Macron, ce David diplomate venu défier un Goliath de l’immobilier et de la téléréalité.

Sur le nucléaire iranien et nord-coréen, la Syrie, les taxes douanières, le président américain se targue d’être un redoutable négociateur et veut toujours, aux yeux de son électorat, se donner le beau rôle, celui du « winner ». Un gagnant qui, comme il a autrefois, dit-il, décroché les plus beaux contrats, serait capable aujourd’hui de faire plier les nations, amies ou adversaires, à ses volontés, lesquelles, bien entendu, ne seraient rien d’autre que l’expression des besoins du « peuple » américain. La France, petit poucet face aux États-Unis, est certes un partenaire de longue date, un ami dans l’histoire longue, mais ne pèserait pas lourd sur les plans économique, militaire et diplomatique. Du reste, Macron se montre pessimiste sur certains des sujets dont il était venu, sans illusions toutefois, discuter avec son homologue américain.

Non pas une, mais deux visites d’État

En réalité, cependant, cette visite d’État du président français était double. Après une séquence intense, difficile, sans doute éprouvante avec le président américain pour tenter de sensibiliser ce dernier à la nécessité du dialogue multilatéral et de la recherche de solutions de paix au Moyen-Orient, il a été l’acteur principal d’un second moment, en apparence plus simple, plus plaisant mais qui n’en était pas moins engageant.

Son discours de près d’une heure devant un Congrès enthousiaste lui a valu, chez les républicains comme chez les démocrates, plusieurs standing ovations et quelques « hourrah ». Galvanisé, Emmanuel Macron a assumé consacrer de longues minutes à réaffirmer l’urgence de lutter contre le dérèglement climatique, contre les inégalités quelles qu’elles soient dans une mondialisation économique certes source de richesses, mais aussi d’exclusion, citant même James Baldwin, l’écrivain-militant de la cause des Africains-Américains et des LGBT. Le président français a rappelé, dans un sourire, que les États-Unis avaient inventé le multilatéralisme et qu’il était donc de leur responsabilité de le défendre, alors même que le président américain souhaite le contourner dès qu’il en a la possibilité.

Ce moment très anti-Trump, il l’a renouvelé quelques heures plus tard devant les étudiants de l’université George Washington. Adoptant des codes d’une mise en scène de soi – détendu, debout, sans notes, en bras de chemise –, et rhétoriques – « cassez les codes », « soyez les inventeurs de votre vie », « écoutez vos enseignants mais prenez vos responsabilités » – qui ne sont pas sans rappeler Barack Obama, il a renforcé son image de jeune leader du village global, qui, après s’être emparé des clés du pouvoir politique français pour y construire un « nouveau monde politique », continue de faire sien un message volontariste et optimiste, au contraire de dirigeants nationalistes et populistes occidentaux braqués sur un passé mythifié et une société fermée et clivante.

Quelle est donc l’image des États-Unis sur la scène mondiale depuis l’élection de Trump ? Déplorable. Le pays est de plus en plus isolé et la défiance ne cesse de croître vis-à-vis de Washington, au grand dam des entreprises et de la diplomatie étasuniennes. Et qu’en est-il de la France depuis l’accès à l’Élysée de Macron ? Ce dernier crée de la confiance pour les investisseurs et les nations. Il est l’« ambassadeur de la marque France », disent certains.

Le soft power qu’incarne le président français, audacieux dans ses mots, ses slogans et ses annonces, intrépide face à un Trump englué dans la nostalgie, l’égoïsme diplomatique et la destruction revendiquée de la planète et du contrat social est réel. Pas de performance économique sans responsabilité sociale et sociétale, martèle-t-il. « Je suis là pour rendre sa grandeur à mon pays », dit-il sur la chaîne conservatrice Fox News. Et quand il voyage avec des PDG du luxe, des artistes, mais aussi des chercheurs, il signifie cette nécessaire ouverture et cette vision transversale des sujets de l’agenda. Le symbolique est politique, décidément.