Le peuple de la droite et du centre français s’est exprimé dimanche dernier et cela dans des proportions beaucoup plus importantes que prévues. Cette mobilisation a déjoué tous les pronostics des personnes qui étaient persuadées que les électeurs de droite et du centre étaient opposés à ce nouvel exercice démocratique que sont les primaires.

Dominique de Villepin déclarait, début novembre, que les électeurs ne seraient pas plus de 1,5 millions à aller dans les bureaux de vote. Il précisait que le peuple de droite n’était pas partisan de ce type d’exercice démocratique. Il a dû être surpris hier s’il est sorti de chez lui en voyant toutes ces personnes faisant la queue devant les mairies et les écoles pour départager les 7 candidats à cette primaire. Un grand nombre d’entre eux ont même dû faire plusieurs fois la queue sous la pluie car ils s’étaient trompés de bureau. Il y avait une vraie motivation de la part des électeurs d’exprimer un choix. Ce sont plus de 4 millions de Français qui se sont déplacés, sans compter ceux qui ont fait le déplacement pour rien, puisqu’ils avaient déménagé et qu’ils n’étaient pas encore inscrits dans leur nouveau lieu de résidence. Selon un sondage OpinionWay, réalisé le jour du vote, seuls 12 % des électeurs se sont déclarés être de gauche. La mobilisation a donc été très forte chez les électeurs de la droite et du centre.

Il est significatif de noter que la cristallisation des électeurs s’est réalisée très tardivement. Dans les derniers jours de la campagne. C’est flagrant lorsque nous observons les courbes d’ l’audience du dernier débat, plus 5,3 millions de téléspectateurs, plus que la série sur TF1. Et la courbe est stable tout au long du débat. Et si nous observons les courbes des recherches sur Internet, celles d’Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy sont stables alors que celle de François Fillon connaît un pic très important pendant ce débat. Nous assistons donc à une grande volatilité de cet électorat de la droite et du centre. Assisterons-nous au même phénomène en fin de semaine. Les courbes de ces indicateurs pourront nous donner une idée du vainqueur de dimanche prochain.

Ainsi Dominique de Villepin comme Henri Guaino avaient indiqué qu’ils n’iraient pas voter car les primaires étaient contraires à l’esprit de la constitution qui instaure un lien direct entre le peuple et le Président élu : « Un homme, un peuple. » Cette conception verticale de la vie politique vole en éclat. Et ce qui est très étonnant, les électeurs de la primaire sont plus âgés de 65 ans pour 41% d’entre eux, toujours selon le sondage d’OpinionWay, alors que nous aurions pu imaginer que ces personnes étaient attachées aux « traditions ».

Les électeurs ont pris conscience qu’ils pouvaient participer aux choix de la politique de leur pays et ils souhaitent prendre le pouvoir. Ségolène Royal avait appelé cela « la démocratie participative », mais elle avait raison trop tôt. Depuis 10 ans, Internet s’est diffusé et a transformé les habitudes des Français. Nous sommes passés d’une société verticale à une société horizontale et cela dans tous les domaines. Les marques font appel à leurs clients pour améliorer leurs produits, voire en créer de nouveaux, les entreprises modifient leurs systèmes de ressources humaines. L’exemple de la société OnePoint est significatif où les échelons de management ont été supprimés.

Les Français veulent participer au développement de leur pays et surtout à la mise en place de solutions. Une fois le programme politique établi, ils acceptent une application plus verticale des décisions puisqu’ils ont pris part à leur élaboration. Ces primaires permettaient ainsi aux Français d’avoir le sentiment de participer au choix de leur futur Président. La mobilisation n’en est que plus forte et légitime : elles sont le 1er scrutin de l’élection présidentielle, l’élection favorite et phare de la Ve République.

Il est aussi intéressant de noter que dans le discours de certains candidats comme Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, ces derniers valorisaient la notion d’équipe. Nicolas Sarkozy avait même choisi son équipier comme Premier Ministre en la personne de François Baroin et Alain Juppé a déclaré qu’il annoncerait avant le 1er tour de l’élection présidentielle les principaux membres de son équipe gouvernementale. A la présidentielle, on votera pour une équipe dont le leader aura annoncé la couleur quant à ses ministres. Je suis persuadé que si Nicolas Sarkozy avait eu cette posture dès 2012, il aurait eu plus de chances d’être réélu. Il a failli le faire, car il avait annoncé au micro de Jean-Jacques Bourdin qu’il donnerait le nom de son prochain Premier Ministre avant le 1er tour, mais il s’est ravisé. Son slogan aurait pu être « Après avoir eu l’hyper président, je vous présente l’hyper équipe pour redresser notre pays après avoir vécu une des plus grandes crises qu’a traversé notre pays ! ». Cela lui aurait permis, entre autre, de déporter la cristallisation des électeurs sur sa propre personne sur un sujet plus consensuel.

La Vème République vit sa transformation et cela sans révolution pour le moment. Aux femmes et hommes politiques de mener cette évolution qu’entraîne le digital, car tous les fondamentaux électoraux et politiques sont en train de voler en éclat. Cela explique en partie les analyses faussées des instituts de sondage et des politologues, qui s’appuient sur le passé pour lire les chiffres d’aujourd’hui. A eux aussi d’évoluer.