Début de semaine sous haute tension pour Emmanuel Macron qui va poursuivre ses consultations toute la journée avant une prise de parole « à la Nation » dans la soirée pour tenter de résoudre la crise des gilets jaunes. D’autant plus que la contestation, comme souligné par la Banque de France, devrait peser sur la croissance.

Journée marathon pour le chef de l’Etat qui va consulter les principales forces politiques, économiques et sociales du pays avant de livrer un « discours à la nation » à 20h. Afin d’éviter un nouveau « samedi noir », Emmanuel Macron va sans doute devoir remiser sa pédagogie et son mantra « du maintien de cap » au vestiaire pour glisser vers un discours plus percutant et surtout plus concret. Un exercice des plus délicats pour le président de la République qui ne s’est pas exprimé publiquement sur cette fronde sociale qui secoue le pays depuis le 2 décembre dernier et son retour d’Argentine où il assistait au G20. Et Emmanuel Macron semble bien décider à « mobiliser » de nombreux interlocuteurs, qu’ils soient politiques ou syndicaux, pour tenter de sortir de cette crise dans laquelle l’exécutif est maintenant englué depuis plus d’un mois. Ainsi,  les présidents de l’Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique social et environnemental, Richard Ferrand, Gérard Larcher et Patrick Bernasconi, sont arrivés un peu avant 10h00 au palais présidentiel. Les présidents des associations d’élus locaux, les responsables confédéraux des syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGE et CFTC) et les responsables des organisations patronales (Medef, CPME et U2P) sont également présents. En revanche, le syndicat Solidaires a, lui, décliné l’invitation, dénonçant « un plan de communication » du gouvernement.


Les gilets jaunes attendent désormais des mesures concrètes de la part d’Emmanuel Macron car ils n’ont que peu goûté le simple abandon de la taxe sur le carburant – « Trop peu, trop tard » – et réclament des mesures concrètes pour accroître leur pouvoir d’achat. Parmi les pistes évoquées, l’exécutif pourrait opter pour un coup de pouce au minimum vieillesse, une prime mobilité pour ceux qui utilisent la voiture pour se rendre à leur travail et une accélération de la mise en oeuvre de la suppression de la taxe d’habitation. En outre, l’entrée en vigueur de la “désocialisation” (la suppression de charges salariales) sur les heures supplémentaires, initialement prévue pour septembre 2019, pourrait quant à elle être avancée. Le gouvernement exclut en revanche tout « coup de pouce » au Smic, une mesure réclamée par les manifestants et certains syndicats, aux premiers rangs desquels la CGT. Mais le gouvernement marche sur des œufs car il doit également trouver d’autres sources de financements pour contenir le déficit public à hauteur de 3%, selon les critères de Bruxelles.

Pas de coup de pouce au Smic

Les concessions déjà consenties par l’exécutif la semaine dernière sur la taxe carbone et l’avantage fiscal sur le gazole non routier pour les entreprises vont se traduire par un manque à gagner de quatre milliards d’euros, soit 0,2 point de PIB. La banque de France a d’ailleurs fait état, ce lundi matin, de sa nouvelle prévision de croissance au quatrième trimestre et celle-ci est désormais de 0,2% contre 0,4% initialement escompté. Ainsi, dans sa deuxième estimation de la croissance du quatrième trimestre, la banque centrale française table sur un ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB), qui avait repris un peu d’élan au troisième trimestre, avec une progression de 0,4%, après son trou d’air de début d’année et une hausse limitée à 0,2% au premier comme au deuxième trimestre.  Avant l’émergence du mouvement des gilets jaunes, les économistes tablaient sur un rythme de croissance plus élevé au deuxième semestre qu’au premier à la faveur d’une reprise de la consommation des ménages, soutenue par la progression de leur pouvoir d’achat avec la suppression totale des cotisations chômage et maladie des salariés du privé et la baisse de la taxe d’habitation pour 80% des foyers.

La marge de manœuvre s’avère donc particulièrement étroite pour Emmanuel Macron pour apaiser la contestation. D’autant plus que « l’image renvoyée » d’une France morcelée symbolisée par les heurts dans Paris depuis maintenant plus d’un mois entache considérablement la crédibilité du pays sur la scène internationale. « Alors que la France parlait avec force dans la foulée de l’élection présidentielle, les interlocuteurs soulignent désormais fréquemment les revers d’Emmanuel Macron en France quand les négociations se tendent », abonde un diplomate en poste dans une capitale européenne et cité par Reuters. Durant le week-end, Donald Trump, Matteo Salvini et le président turc Erdogan n’ont pas manqué – avec plus ou moins de mauvaise foi – d’ironiser sur les difficultés de leur homologue français.  Mettant un coup de canif supplémentaire à l’image de la France aux yeux de la communauté internationale.