Jusque-là réputé pour sa discipline de fer, le Front national fait face, depuis la cinglante défaite de Marine Le Pen à l’élection présidentielle, à des voix dissonantes en son sein. Alors que le parti frontiste n’a pas « transformé l’essai » de la présidentielle lors des élections législatives ce dimanche, sa présidente va-t-elle réussir à ramener le calme dans ses rangs ?

Vent de fronde sur le Front national qui traverse une zone de turbulences depuis la défaite de Marine Le Pen, défaite plus large qu’escomptée, la faute à un débat complètement raté de sa part, au soir du 7 mai dernier, laissant à Emmanuel Macron le champ libre vers l’Elysée. S’astreignant à une cure médiatique – rompue ce dimanche après avoir viré en tête dans sa circonscription des Hauts-de-France -, Marine Le Pen a laissé ses « lieutenants » souffler sur les braises de la défaite et, accessoirement, se crêper le chignon, se renvoyant la balle sur la responsabilité de la fin de campagne présidentielle catastrophique du parti frontiste. Premier de cordée : Florian Philippot, particulièrement contesté en interne au regard de sa position jusqu’au-boutiste concernant la sortie de l’euro, là où Marine Le Pen semblait éprouver toutes les peines du monde à faire valoir le bien-fondé de cette mesure. Autre initiative du « bras droit » de Marine Le Pen, le lancement de l’association « Les Patriotes » avec pour objectif de « défendre et porter le message de Marine Le Pen au soir du second tour de l’élection présidentielle ».

Certains y ont vu poindre les velléités personnelles de Florian Philippot, désireux de s’affranchir – enfin – de la tutelle de Marine Le Pen. D’autant que la seule personnalité d’envergure susceptible de lui contester le « devant de la scène », en l’occurrence Marion Maréchal Le Pen, particulièrement appréciée de la base militante, a mis sa carrière politique entre parenthèses pour « raisons personnelles ». Elle n’était d’ailleurs même pas candidate à sa succession ce dimanche. L’autre député sortant du « Rassemblement bleu marine », Gilbert Collard, est lui en difficulté dans sa circonscription du Gard où il est opposé à la très médiatique candidate En Marche!, l’ancienne torera Marie Sara, très populaire dans la région. Tant est si bien qu’au bout du compte, le FN pourrait se retrouver avec un seul parlementaire dans les travées du Palais Bourbon… à savoir Marine Le Pen, la seule véritablement en position de force au moment d’aborder la dernière ligne droite.

Règlements de comptes

Florian Philippot, s’il a viré en tête au soir du premier tour dans la 6e circonscription de Moselle, avec 23,69% des suffrages exprimés, ne devance que d’une courte tête le candidat de la République en Marche! (LREM), Christophe Arend et son score de 22,01%, ce dernier disposant, à la différence du numéro 2 du FN, d’un réservoir de voix lui permettant de rafler la mise. Mais d’autres membres de la garde rapprochée de Marine Le Pen ne verront même pas le second tour. C’est notamment le cas de Nicolas Bay, secrétaire général du Front national – et à la manœuvre de la fronde « anti-Philippot » -, piteusement éliminé dimanche soir, et qui n’a pas mâché ses mots au lendemain de l’élimination, s’en prenant vertement au député européen sans le nommer. « J’ai été le premier à regretter que certains aient fait entendre des voix discordantes au sein du parti au lieu de se concentrer sur la campagne ».

Une manière « diplomatique » de tirer à boulets rouges sur l’initiative personnelle de Florian Philippot de promouvoir son association « Les Patriotes » durant la période de « battement » entre la fin de la présidentielle et le début des élections législatives. Un laps de temps durant lequel le Front national est passé de 21,3 % (au premier tour de la présidentielle) à environ 13,3 % dimanche soir. Ce qui donne plus de quatre millions de voix évaporées, le FN passant de 7,7 à environ 3 millions. En outre, la comparaison entre les scrutins législatifs du Front national – 2012 et 2017 – n’est guère non plus très flatteuse pour l’état-major frontiste, comme en attestent la stagnation en pourcentage par rapport à 2012 (13,20% contre 13,60% il y a cinq ans) et même un reflux en nombre de voix (un peu moins de 3 millions contre 3,5 millions).

Une clarification nécessaire

Fort de ce constat, Nicolas Bay exhorte sa formation à s’interroger sur son organisation. « Les prochains mois pourront être consacrés à élaborer une stratégie pour être plus rassembleurs, à s’interroger sur notre programme et sur notre organisation », souligne celui qui est également directeur de la campagne des législatives. Et de lâcher une énième pique à l’encontre de son rival. « L’euro fait effectivement partie des sujets très dissuasifs pour une partie de notre électorat », diagnostique Nicolas Bay qui plaide, comme d’autres au FN, pour une « évacuation » de la question de la monnaie unique du programme économique du Front national.

Quid de la position de Marine Le Pen face à ce qui s’apparente à un début de règlement de comptes entre les différents tenants de la ligne économique du Front national ? Pour l’instant, la présidente frontiste garde le silence, davantage concentrée sur son élection à l’Assemblée nationale qui lui offrirait une caisse de résonance non négligeable afin d’accomplir son dessein de chef de l’opposition à Emmanuel Macron. Mais avant les joutes parlementaires, le Front national aura l’occasion de « laver son linge sale en famille » à l’occasion d’un bureau politique qui s’annonce d’ores et déjà explosif. Avant un congrès à l’horizon fin 2017, début 2018. Les couteaux s’aiguisent déjà.