Premier chantier du quinquennat Macron, les discussions autour de la réforme du code du travail s’annoncent particulièrement âpres. Reçus hier à l’Elysée, les principaux représentants syndicaux sont conviés ce mercredi à Matignon pour poser les jalons d’un calendrier et évoquer le contenu des ordonnances.

Aller vite pour éviter l’enlisement. Tel semble être le leitmotiv du président Macron sur la question de la réforme du code du travail. Le gouvernement, et son premier représentant, Edouard Philippe sont, en effet, déjà à pied d’œuvre pour jeter les bases des principales réformes sociales du quinquennat. Objectif : Boucler ladite réforme du droit du travail dès la rentrée de septembre. Pour rappel, le chef de l’Etat n’a pas fait mystère de sa volonté de légiférer par ordonnances sur ce sujet. François Asselin, président de l’organisation patronale CPME, reçu hier à l’Elysée, a esquissé les contours du calendrier aux journalistes : « concertation jusqu’à la mi-juin, à peu près, loi d’habilitation durant l’été, avec une volonté du président de la République de passer au vote courant septembre ». Une « feuille de route « quelque peu tempérée par l’entourage d’Emmanuel Macron, désireux d’offrir l’image d’un président qui fait la part belle à la négociation et à la concertation.


Ainsi les conseillers du président ont précisé qu’il appartiendrait au Premier ministre, Edouard Philippe, et à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui verront les syndicats et le patronat dès ce matin, « d’établir un calendrier opérationnel et de discuter dans le détail des mesures ». Et le « défilé » des organisations syndicales à Matignon débutera ce mercredi avec la « réception » de Pierre Gattaz, à 15h00, suivi, une heure plus tard, du secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly tandis que le président de la CFE-CGC, François Hommeril, conclura la journée de discussions à 18h30. Week-end prolongé oblige, les négociations reprendront tambour battant ce lundi avec le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez (15h00), le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger (16h00), le président de l’U2P, Alain Griset (17h00), le président de la CPME, François Asselin (18h00) et le président de la CFTC, Philippe Louis (19h00).

Ne pas reproduire les erreurs du passé

Un agenda surchargé mais nécessaire pour polir l’image d’un exécutif ouvert à la discussion et ainsi ne pas reproduire les erreurs du passé et les « passages en force successifs » contre la loi Travail porté par Myriam El Khomri. Une volonté émanant également des syndicats, encore traumatisés par le « printemps social » de 2015 et les manifestations contre le projet du précédent gouvernement. « Je lui ai demandé que la méthode ne soit pas à la hussarde, qu’il n’y ait pas une forme de précipitation qui ferait qu’il y aurait d’ici à la fin de l’été, fin août, le sentiment qu’il faudrait avoir tout réglé », raconte le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger.

Le propos est peu ou prou similaire du côté de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière. « Je plaide (…) pour que le calendrier soit détendu. Il y aura une concertation cet été mais on ne règle pas certains problèmes en trois réunions, c’est évident, ou alors c’est un blocage. Je n’ai pas senti une volonté de blocage du président ». Pierre Gattaz, exhorte, lui, Emmanuel Macron à accélérer la cadence. « La réforme du marché du travail devrait aller vite et je crois que c’est essentiel d’aller vite sur ce gros problème français ».

« Le cahier de doléances » de Pierre Gattaz

Mais le « patron des patrons » a profité de son entrevue avec Emmanuel Macron pour présenter son cahier de doléances au président.  Il lui a notamment réclamé la suppression du dispositif de pénibilité et le prélèvement de l’impôt à la source et assuré que, en l’absence de modification, son projet de transformer le CICE en baisse des cotisations augmenterait le coût du travail. Il a néanmoins marqué sa différence avec le président Macron sur le « timing » et l’amplitude des réformes, arguant qu’il fallait des mesures fortes pour faire repartir l’économie. Mais si Emmanuel Macron a sûrement pris bonne note des requêtes des uns et des autres, il reste, et il l’a prouvé, seul « maître des horloges ».