Au cours d’un été marqué par des manifestations à l’encontre des injustices raciales, déclenchées par l’assassinat de George Floyd, les législateurs californiens ont ajouté la Proposition 16 à leur programme électoral. Celle-ci rétablirait la discrimination positive dans l’État, plus de deux décennies après son interdiction.

Depuis le mois de septembre, au moins cinq milliardaires ou leurs conjoints ont fait don d’un total de près de 2,2 millions de dollars aux comités qui soutiennent l’adoption de la Proposition 16. Les dons les plus importants proviennent de Patricia Quillin (épouse du fondateur de Netflix, Reed Hastings), qui a donné un million de dollars, et de l’ancien PDG de Microsoft, Steve Ballmer, ainsi que sa femme Connie, qui ont chacun donné 500 000 dollars. Le gouverneur de Californie Gavin Newsom s’est prononcé en faveur de la Proposition 16, tout comme la candidate à la vice-présidente Kamala Harris ainsi que le système universitaire public de l’État.

Si la proposition 16 est adoptée, elle permettrait aux universités publiques et aux administrations publiques de tenir compte de la couleur de peau, du sexe ou de l’origine ethnique d’une personne pour les décisions d’embauche, de dépenses et d’admission dans l’État. Elle abrogerait également une proposition adoptée en 1996 par l’ancien gouverneur républicain de Californie, Pete Wilson, qui interdisait le recours à la discrimination positive dans l’État. Aujourd’hui aux États-Unis, la discrimination positive est interdite dans les universités publiques de huit États, dont la Californie.

Au total, les comités qui soutiennent la Proposition 16 (dont Yes on 16 et la coalition Opportunity for All) ont récolté plus de 20 millions de dollars. C’est une véritable razzia par rapport aux 1,2 million de dollars collectés par les comités de l’opposition. Certains groupes d’électeurs asiatiques, comme la Chinese American Civic Action Alliance, s’opposent à la proposition parce qu’ils craignent qu’elle limite les chances de leurs enfants d’être admis à l’université de Californie. En 2019, les Américains d’origine asiatique représentaient 29 % des étudiants de première année admis, tandis que les étudiants hispaniques représentaient 24 %, malgré leur répartition égale parmi les candidats. Chez les autres opposants à la Proposition 16 figurent le parti républicain de l’État, ainsi que Manuel Klaus, cofondateur du think tank libertaire Reason Foundation.

« Je réalise maintenant qu’il est discriminatoire d’attendre des certaines personnes qu’elles soient en compétition alors qu’elles sont privées d’un terrain de jeu égal dès le départ. Il ne suffit plus d’être non-raciste, il est temps que le monde entier soit antiraciste. »

Gary Michelson, milliardaire et ancien chirurgien orthopédiste

Malgré la motivation des supporters de la Proposition 16, deux sondages effectués dans toute la Californie en septembre ont montré que seul un tiers des électeurs étaient favorables à cette mesure ; les autres s’y opposaient ou étaient indécis. Amelia Matier, attachée de presse du comité de campagne Yes On Prop. 16, explique : « Ces deux sondages ont été effectués avant que notre campagne ne commence ». Selon elle, les dons ont été dépensés en publicités numériques, dont certaines en langue espagnole et bien d’autres choses encore. Elle poursuit : « Une majorité écrasante de Californiens souhaitent que des mesures de justice raciale soient prises. Le problème est juste de relier les points entre eux ».

Tom Steyer, un autre milliardaire ancien investisseur de fonds spéculatifs et ancien candidat démocrate à la présidentielle de 2020, a jusqu’à présent donné 50 000 dollars pour soutenir la Proposition 16. Il déclare : « C’est un moment de transformation dans notre pays, et il est essentiel que la Californie fasse preuve de leadership moral dans la poursuite de la justice raciale et de l’équité économique. Je suis fier de soutenir la Proposition 16, et j’encourage les Californiens de tout notre état à faire correspondre nos valeurs progressistes à des actions audacieuses ».

Gary Michelson, milliardaire et chirurgien orthopédiste à la retraite, a donné 2 000 dollars pour l’adoption de la proposition. Il explique : « Auparavant, je croyais qu’il suffisait de récompenser les réalisations (une méritocratie) sans regarder la couleur de peau, le sexe et l’orientation sexuelle. Je réalise maintenant qu’il est discriminatoire d’attendre des certaines personnes qu’elles soient en compétition alors qu’elles sont privées d’un terrain de jeu égal dès le départ. Il ne suffit plus d’être non-raciste, il est temps que le monde entier soit antiraciste… Cette mesure contribuera à contrer le racisme systémique et à créer davantage de possibilités économiques et éducatives pour les communautés lésées de Californie ».

Parmi les autres donateurs milliardaires, on trouve Susan Pritzker, épouse de Nicholas Pritzker, qui a fait don de 100 000 dollars. Les Pritzker sont l’une des familles les plus riches d’Amérique, avec une fortune historique provenant de la chaîne d’hôtels Hyatt. 

Marc Benioff, fondateur et PDG milliardaire de Salesforce, a pour sa part déclaré à Forbes en janvier qu’il avait cessé de faire des contributions politiques depuis qu’il est propriétaire du magazine TIME (il l’a racheté fin 2018), mais que sa société de cloud-computing avait fait don de 375 000 dollars à un comité soutenant l’adoption de la Proposition 16. De son côté, l’ancien milliardaire et cofondateur de Qualcomm, Irwin Jacobs, et sa femme, ont donné 50 000 dollars chacun à un comité de soutien. Jed York, président des 49ers de la NFL à San Francisco et fils de la milliardaire Denise York, a également donné 20 000 dollars en soutien au retour de la discrimination positive.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Angel Au-Yeung & Michela Tindera

 

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