Le désormais ex-ministre de l’Intérieur succède à Manuel Valls à Matignon, dans une période trouble qui n’est pas sans rappeler, du moins sur la forme, son arrivée mouvementée à Bercy, il y a un peu plus de trois ans.

Apaiser les tensions, arrondir les angles, privilégier le consensus… diverses terminologies qui semblent coller à la peau du nouveau locataire de Matignon, Bernard Cazeneuve. Alors que le quinquennat de François Hollande vit ses derniers soubresauts, c’est lui qui a été choisi pour le conduire, le mieux possible et sans fracas, à son terme. Une posture de « pompier de service » qu’a déjà connu l’ancien député de la Manche, lors de son arrivée au ministère du Budget le 19 mars 2013.

A l’époque, il prend le relais du très controversé Jérôme Cahuzac empêtré dans ses ennuis fiscaux. Sous les feux des projecteurs, Bernard Cazeneuve va tenter, avec son caractère méticuleux et sa légendaire discrétion, de faire fi de cette actualité et d’imprimer sa marque. S’il n’est resté qu’un an et douze jours avant de prendre la suite…de Manuel Valls à Beauvau, que faut-il retenir du passage – éclair – de Bernard Cazeneuve à Bercy ?

Trading haute fréquence, premier renoncement


Si, comme de coutume, il multiplie les déclarations d’intention, dès son arrivée, sur l’impérieuse nécessité de réduire les déficits publics et mettre le cap sur les économies tous azimuts, le premier « fait d’armes » de l’ancien ministre de l’Intérieur remonte à octobre 2013 et concerne le dossier du trading à haute fréquence. Engagement de campagne de François Hollande, l’extension de la taxe (+0,2%) en vigueur sur les transactions financières devait, dès lors, s’appliquer aux transactions dites « intraday », c’est-à-dire réalisées dans la même journée.

Objectif : dissuader les spéculateurs et, accessoirement, améliorer l’efficience d’une taxe qui a longtemps suscité la controverse. En effet, entre août 2012 et décembre de la même année, soit six mois, la première mouture de cette taxe a rapporté moins de 200 millions d’euros quand le gouvernement tablait sur plus de 1,5 milliard sur douze mois. Aux côtés de Pierre Moscovici, à l’époque ministre de l’Economie et des Finances, et Christian Eckert, rapporteur de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, Bernard Cazeneuve est à la manœuvre et conduit « cet enterrement de première classe », au grand soulagement des milieux bancaires et boursiers qui voyaient d’un très mauvais œil, c’est un euphémisme, la mise en place de cette mesure.

L’épreuve de « l’équitaxe »

Autre mesure destinée à accroître les revenus de l’Etat, le relèvement de la TVA de 7 à 20% de l’ensemble des activités de la filière équestre. Un amendement, voté à l’Assemblée nationale le 22 octobre 2013, a déclenché la furie des principaux acteurs de la filière qui n’ont pas hésité à battre le pavé avec leur monture, notamment à Paris les 11 et 24 novembre 2013, pour crier leur hostilité à cette proposition rapidement baptisée « équitaxe ». L’Union européenne tance la France d’appliquer un taux normal à ses activités équestres – ce sera d’ailleurs le principal argument des défenseurs de l’équitaxe, ces derniers arguant « ne pas avoir le choix-  mais les pourfendeurs de celle-ci estiment que l’équitation relève de l’exception culturelle française.

Les principales institutions du monde équestre, comme la Fédération nationale du cheval (FNC) la Fédération française d’équitation (FFE) jettent toutes leurs forces dans la bataille contre ce qu’ils considèrent être « l’arrêt de mort » de la filière. A force de négociations, de pourparlers et autres discussions, le gouvernement finit par reculer, et une fois de plus, c’est Bernard Cazeneuve qui rédige l’acte de décès-partiel- du relèvement de la TVA à toutes les activités. Certaines d’entre elles se sont mêmes vues même octroyer un taux réduit à 5,5%, contre rappelons-le 7% initialement, notamment celles relatives à l’accès aux installations équestres.

En outre, les animations et activités de démonstration et de découverte ont également pu bénéficier de ce taux réduit. « Seuls » les ventes de chevaux, le dressage et l’enseignement de l’équitation ont finalement été taxés à hauteur de 20%. Si en treize mois, Bernard Cazeneuve n’a pas réussi à faire « de miracles » sur le front économique, le passage à Bercy, de celui qui est d’ores et déjà le Premier ministre le plus éphémère de la Ve république, ne restera pas dans les annales.