Comment vont évoluer ces apprentis, jeunes professionnels, ou sortis du système scolaire nés dans une petite ville de province où il n’y a aucun de ces petits jobs dits ubérisés. Ces jeunes qui, à cause de la désindustrialisation, ont vu le niveau de vie de leurs parents s’écrouler depuis 20 ans. Jeunes qui aujourd’hui, alors qu’ils ont l’âge d’exister et de gagner leur place au soleil, voient leur avenir s’évaporer sous leurs yeux à cause de la gestion du Covid. Des jeunes qui sont passés du vague à l’âme au désespoir.

Une Génération Covid dont le passage à l’âge adulte est soudainement bloqué


Les politiques ont toujours eu tendance à considérer cette jeunesse comme une partie inclassable de la population. De surcroît, ces politiques ne s’intéressent en général qu’à la jeunesse des banlieues ou quartiers dits difficiles, car c’est souvent celle qui est plus agitée. Des politiques, enfin, qui ont oublié que le passage entre l’enfance et l’âge adulte est l’élément fondateur des citoyens de la société de demain.

Les politiques qui ont peut-être oublié qu’avoir un job, quitter le nid familial et avoir son propre appartement est encore plus difficile dans une petite ville de province où il n’y a pas ces petits jobs de coursier, de livreur ou de services à la personne. Près de dix millions de Français vivent dans des villes de moins de 20 000 habitants L’entrée tardive dans la vie d’adulte de la génération Covid de ces villes est un problème qu’on ne peut mettre sous le tapis, et dont on paiera un jour les conséquences.

Une Covid qui augmente les Inégalités de réussite

Peu s’interrogent aussi sur le fait que les inégalités se sont fortement dégradées entre les grandes villes et les petites villes désindustrialisées depuis un peu plus de vingt ans. Un écart qui s’est aussi creusé entre les classes moyennes très supérieures souvent urbaines et une majorité invisible et silencieuse, qu’on a vu resurgir avec les gilets jaunes. Cela laissera des cicatrices permanentes dans cette génération 2020 qui voit son horizon bouché pour des dizaines d’années.  

Des jeunes en Réserve vis-à-vis de la démocratie

Ces jeunes périphériques désargentés voient leur avenir personnel de plus en plus sombre. Les jobs du week-end et d’été ont disparu, les stages rémunérés ont été annulés, ils ont quelques fois eu une interruption de leur scolarité, et il est maintenant clair qu’avec la crise il y aura de moins en moins de débouchés pour les non-diplômés. A cela s’ajoute le fait que les petits festivals locaux peu coûteux et autres fêtes entre amis sont interdits et vont le rester. Tout cela ne peut générer qu’un repli sur soi et une résignation ou défiance vis-à-vis de la politique, des institutions, des syndicats, et des médias bien sûr.

Des jeunes qui ont perdu confiance dans la société et dans les autorités

Alors que la plupart des jeunes avaient en général une capacité de résilience et confiance en leur avenir, ils ont maintenant l’impression que non seulement ils n’auront pas de deuxième chance, mais que leur première chance leur a été volée. Pour eux, éloignés des grandes métropoles, ils sont persuadés qu’il ne leur restera que des jobs précaires, et qu’ils ne s’en sortiront pas sans le soutien financier de leurs parents et grands-parents.

A quoi s’attendre demain

Ces jeunes laissés pour compte par la société ont perdu confiance dans les politiques et les syndicats trop proches à leurs yeux des salariés dit privilégiés, les fonctionnaires et ceux des grandes entreprises. Lire sur les obsédés de la réussite  N’ayons aucun doute là-dessus, ces jeunes vont vraisemblablement revendiquer une très forte liberté individuelle en parallèle avec une forte demande d’autorité et de régulation sociale. Ils seront plus proches du socialisme libertaire de Proudhon que du socialisme idéologique de Marx ou de Trotski. N’attendons donc aucun engagement de ces jeunes que nous avons déçus en ne tenant jamais nos engagements.