La théorie du lotissement repose sur une idée simple. Ma maison a d’autant plus de valeur que la maison du voisin a de la valeur. Plus la maison du voisin est belle, plus elle donne de la valeur à ma propre maison. Ce qui est bon pour l’un est bon pour l’autre, et inversement. Appelons cela du bon sens, appelons cela simplicité pour faire emprunt au vocabulaire de Bergson.

Qu’importe. La performance de l’un et la performance de l’autre profitent à la performance d’ensemble et donc au bien commun de notre lotissement. Comportement responsable. La performance de l’un et la performance de l’autre sont intimement liées.

Si maintenant, au contraire, nos relations sont de mauvais voisinage, qu’elles se résument à discréditer, disqualifier l’autre, voire à tout mettre en œuvre pour détruire la maison du voisin, sans même parler de toute cette énergie dépensée à nuire, c’est bien à la destruction de la performance d’ensemble du lotissement que l’on contribue et donc à la destruction de valeur sa propre maison.

Ce qui est vrai de la terre — où déjà comme le notait Kant (Vers la paix perpétuelle), on en est arrivé au point où toute atteinte au droit en un lieu est ressenti en tous — est vrai à l’échelle du lotissement. Si nous nous abîmons dans des querelles de voisinage, toutes plus indignes les unes que les autres, non seulement nous mettrons longtemps à nous guérir des maux que nous nous faisons mais nous aurons encore à en payer le tribut. Comportement irresponsable. La destruction de la valeur de l’un et la destruction de la valeur de l’autre sont intimement liées.

On ne crée jamais de valeur, on ne grandit jamais sa propre maison en étêtant la valeur, le faîte des autres maisons. On grandit sa maison, on crée de la valeur, parce que l’on travaille, parce que l’on taille, l’on polit des pierres brutes. Comme les arbres au cœur de la forêt, au cœur d’un lotissement, il appartient à chacun de tirer l’autre vers le haut, vers le soleil. « Dans une forêt, écrit Kant (Vers la paix perpétuelle), les arbres se contraignent réciproquement [positivement] à chercher l’un et l’autre au-dessus d’eux, et par suite poussent beaux et droits. »

Si l’arbre pour grandir doit détruire tout ce qui l’entoure, il finira bien petit. Borgne au royaume des aveugles, le plus grand certes mais au milieu d’arbrisseaux. Toujours préférer le nivellement par le haut, ce qui veut dire beaucoup de travail, au nivellement par le bas, ce qui veut dire non seulement beaucoup de facilité, mais surtout beaucoup, beaucoup, beaucoup de dégâts.

La théorie du lotissement dessine une conception radicalement nouvelle de la façon dont nous devons envisager, les relations des organisations entre elles, des entreprises entre elles, des partis politiques entre eux.

Plaidoyer pour une intelligence collective augmentée. Plaidoyer, pour exemple, pour un rapprochement grandes écoles et universités et arrêter l’imbécilité qui veut, trop souvent, que les unes critiquent les autres et inversement. Quand vu du satellite, seule doit importer en final la compétitivité de l’enseignement supérieur et de la recherche de la France sur la scène internationale. Plaidoyer, pour exemple toujours, et c’est tout le positionnement du mouvement « En Marche » pour mettre fin à ce qui fait non-sens et impasse, la stérile opposition des blocs de la gauche et de la droite.

Dès lors, et comme je l’écrivais déjà en 2015, sans plus attendre, considérons la théorie du lotissement comme un projet politique. Un projet politique, dont Emmanuel Macron aujourd’hui écrit le nom,  et qui doit nous permettre « de sortir de notre état de nature en lequel, écrivait Kant, chacun n’en fait qu’à sa tête pour s’unir à tous les autres. » (Vers la paix perpétuelle)

La théorie du lotissement, vous l’avez compris, ne s’applique pas seulement aux seules organisations, les unes par rapport aux autres, pas plus qu’elle ne s’applique aux seules entreprises, aux seuls partis politiques. Comme elle ne gomme pas la compétition mais la place au bon niveau. La compétition c’est avant toute explication entre concurrents la capacité à concourir avec. À progresser avec. La théorie du Lotissement opère, dès lors qu’il y a voisinage, dès lors qu’il y a relation. Et jusqu’au plus haut, à l’échelle de la Nation.

En ce sens, la théorie du lotissement est bien un projet politique. Dans la nécessité d’une solidarité sans faille entre toutes et tous, partout où existent des hommes et des femmes de bonne volonté, partout où nous sommes en devoir de léguer le meilleur aux générations futures.

Chaque maison, chaque lotissement, chaque organisation, chaque composante de l’enseignement supérieur, chaque parti politique, etc. doit retrouver ce que Dioguardi appelle sa propre intelligence, c’est-à-dire la faculté et la capacité de faire comprendre rapidement aux hommes et aux femmes non seulement « ce qu’ils font, ce qu’ils doivent faire et dans quel cadre, mais aussi la réalité dont ils sont les acteurs, le contexte dans lequel ils agissent et qui les conditionne et les stimule […], la mémoire des faits qui ont concouru à créer ces mêmes milieux. »

Alors peut-être, parce que nous aurons réussi à transvaluer nos anciennes valeurs — pour leur préférer des valeurs d’engagement, de responsabilité, de bienveillance, d’ouverture aux autres, mais aussi des valeurs d’altruisme et de compassion — qui ne sont jamais que les valeurs de la République, et donc de notre intérêt général à tous — ; parce que nous aurons transformé des lignes de mort en lignes de vie ; parce que nous aurons su répondre aux exigences et à la compréhension du temps présent, cet ici et maintenant impératifs à Kant, Hegel, Foucault ; pourrons-nous réussir, par l’éducation à la paix économique, à faire de chaque maison, de chaque lotissement des centres moteurs d’éthique.

 

Écrit en 2015, publié aux PUG en mai 2016, La Théorie du Lotissement anticipait le mouvement « En Marche » qui, depuis, allait être mis en œuvre. Ouvrage qui peut être téléchargé gratuitement désormais http://bit.ly/2qB8PCr