Tout passe, tout casse, tout lasse… Le management n’échappe pas à cet adage et ses pratiques sont aujourd’hui balayées par l’arrivée des millennials qui ne l’oublions pas, représentent 75% des effectifs dans les entreprises. Bonne nouvelle, car ces classes d’âge ringardisent nos vieilles croyances sur le pouvoir, la façon d’exercer l’autorité et de conduire les hommes.

La génération Z donne un grand coup de pied dans la fourmilière, bouscule nos habitudes, fait chavirer les poncifs et les grandes théories sur le sujet. Oui l’autorité a vécu. 68 avait accouché d’un « Il est interdit d’interdire » bien vite passé à la trappe, 2018 se pique de récupérer le slogan pour en faire un des fondements du néo management.


Sous l’impulsion de cette génération montante et mutante, il nous faut revisiter nos postures, remettre en cause nos croyances et manager autrement sans délai, pour répondre à ses attentes.

 

1°/ Dire « Bye Bye » à la pyramide

Ne rêvons plus, nous ne deviendrons pas calife à la place du calife, non pas que nous soyons inaptes à la fonction managériale, mais bien plus parce que la vision traditionnelle du chef vit ses dernières heures et que le jacobinisme se meurt. Nous ne serons plus jamais ces chefs incontestés, craints et respectés, et il se pourrait même que nos califats soient des territoires à partager avec d’autres, n’en déplaise à notre ego. L’encadrement : un mot qui chatouille car d’un autre temps, quant à l’autorité : «  N’est-elle pas la couronne de la vieillesse » (Plutarque). Le constat est sans appel, le piédestal offert par les systèmes pyramidaux s’effondre pour se muer progressivement en proximité transverse. Quant aux foudres et courroux jupitériens de nos chefs, petits chefs, grands manitous ou autres N+1, ils font partie des comportements du vieux monde et semblent devenir les attributs des vieilles badernes n’ayant d’autres artifices que le doigt pointé, le prêchi prêcha et les invectives  stériles. Plus de quoi faire avancer ses troupes vers un objectif commun.

Changer son prisme

Emprunter la posture du “manager coach” est l’une des pistes pour réussir cette mutation et aborder ce nouveau paradigme avec sérénité. Dans notre mode de management : exit la figure d’omnipotence et d’omniscience pour embrasser celle de la personne ressource qui accompagne, fait progresser et monter en compétences. Les étiquettes HAUT/BAS sont à décoller de votre esprit, pour positionner chacun sur un même plan. Vous déciderez de mettre votre expertise à la disposition de ceux qui viendront vous solliciter. Vous changerez de casquette et troquerez votre couvre-chef contre un chapeau de jardinier : pour devenir celui qui ensemence, arrose, met de l’engrais, bouture, et tout ceci dans une ambiance climatique propice à la germination, à la floraison et à l’épanouissement de la flore dont il a la charge. Votre attention sera constante, patiente, bienveillante, et votre rôle consistera à dispenser des « feed-back » simultanés et au fil de l’eau en veillant à l’amélioration professionnelle continue à petits pas. Ainsi vous tempérerez la douche écossaise des évaluations annuelles. Vous deviendrez un facilitateur et le chef d’orchestre d’une intelligence collective en accordant l’équipe sur un même tempo. Vous générerez  actions et décisions de concert en jouant sur le CO (WORKING, LABORATIF, DÉVELOPPEMENT), vous soufflerez le vent nouveau du partage de responsabilités et du consensus.

 

2°/ Perfuser du sens

À un moment où tout est « upside down » votre rôle est avant tout de donner la vision, la vôtre d’abord, puis celle de l’entité dans laquelle vous opérez et à laquelle vous êtes censé faire corps et adhérer. En tant que mentor, maître à penser, initiateur, expert, « counselor », vous  êtes celui qui trace la voie, montre les chemins et non pas le chemin, celui qui alerte et prévient des dangers, celui qui consulte et tient compte des différents avis y compris divergents. La vision est une notion souvent absente, et toujours réclamée par les équipes, elle donne le sens, les enjeux, la valeur, elle correspond à la bonne raison de faire les choses et reste purement stratégique. En valorisant le pour quoi vous insufflerez une part d’humanité à votre management et répondrez aux attentes très fortes de cette génération à l’appétit gargantuesque, voulant savoir tout sur tout. 

Changer son prisme

Annoncer la couleur, fixer les règles du jeu, jouer la transparence, donner envie, tout un programme qui consiste à bannir les non dits. Pour cela vous vous départirez de votre méfiance, de vos préjugés et embrasserez une forme de lâcher prise assorti d’une dose de créativité. Donner du sens c’est aussi incarner sa fonction et donner l’exemple tout en se fondant à ses équipes avec une forme d’humilité.

Le néo manager affiche une éthique sans faille. Il comprend aussi que les sachants ne sont pas ceux qu’on croit. Dans cette optique il inverse les rôles et permet des rencontres et des ateliers animés par les millennials à destination de leurs supérieurs. Le néo manager se remet en cause et croit à une transformation inspirée par la jeune génération qu’il commence à écouter différemment. Le “reverse mentoring” est une approche qui fait école en particulier chez Danone, Axa et Engie. 

 

3°/ Irradier le principe de plaisir

La représentation du travail en entreprise est souvent associée à une connotation de dureté, d’assiduité, de temps enrégimenté.  La faute à notre culture judéo-chrétienne. Les Z ont besoin d’une approche plus décomplexée et d’une ambiance de travail qui permette de bosser sans se prendre au sérieux. L’environnement doit être inspirant et cool et ne surtout plus faire référence à la discipline ou à la contrainte. De la même façon les échanges et la communication seront d’une veine moins ampoulée, plus “friendly” et surtout délestée du sacro saint principe d’autorité. 

Changer son prisme

Ambiance jardin d’enfants à tous les étages ! Un univers colorié pour favoriser la cool attitude, des espaces de réflexion, de concentration savamment architecturés en vue d’offrir un cadre de vie propice au bien-être et à la sérénité. Ils veulent travailler allongés, assis par terre, qu’à cela ne tienne, seul compte la finalité : faciliter l’émergence de la pensée latérale ou de la pensée tout court et activer la création de valeur.

Pour ce qui est de votre communication vous fuirez les formules qui jugent et éviterez le ton moralisateur. L’analyse transactionnelle est un excellent garde-fou puisqu’il vous suffira d’éviter de vous mettre dans la posture Parent critique en vous gardant des expressions telles que : « Vous ne devriez pas aller sur ce terrain… », « Moi à votre place j’éviterais le sujet… », « Vous auriez dû respecter vos délais… », « Je vous avais pourtant prévenu… ».

Vous vous interdirez tout négativisme et toutes phrases créaticides du style « c’est à vous de voir” ou “comme vous voulez… ». Vous en finirez avec les interdits générationnels, étant bien entendu que la prévalence du permissif n’exclut pas la régulation et l’ordre ni même le contrôle ou l’auto-contrôle.

 

Les enfants du siècle nous obligent à revoir notre copie et à adopter de nouveaux codes de management, c’est une chance puisqu’un modèle est en train de se réinventer à mi chemin entre le modèle du management “à la papa” et l’entreprise libérée.