Métro/boulot/dodo, un leitmotiv qui reprend ses droits en cette dernière semaine d’août. La rentrée est installée. Comment faire pour prolonger les bénéfices de ses vacances sur son moral, son bien-être physique ? Interrogé par Forbes, le conférencier spécialiste du management bienveillant en entreprise, Gaël Chatelain, avait précédemment partagé ses cinq conseils ; à présent, il nous livre ses recommandations pour « déminer le terrain » si vous avez laissé derrière vous une situation conflictuelle avec votre hiérarchie ou avec un collaborateur. Ou comment faire de votre reprise une réussite, et se poser les bonnes questions. Manuel de survie.

 

Forbes. Avant de partir en congés, vous avez laissé derrière vous une situation conflictuelle avec votre manager ou avec un collaborateur ; quelle démarche adopter pour déminer le terrain à votre retour au bureau et tirer votre épingle « du jeu » ?

Gaël Chatelain. « Parler, parler, parler ! » Le monde de l’entreprise est plombé par un manque de communication qui laisse les conflits s’envenimer petit à petit. Alors, si avant les vacances vous êtes parti(e) sur un différend, voire sur un « clash », je recommande d’aborder le sujet de façon naturelle et spontanée lorsque vous retrouverez la personne incriminée. La rentrée et son envie de partager ses escapades dépaysantes ou ressourçantes adoucissent « les mœurs », instillent la bonne humeur. A mon sens, il ne faut pas mésestimer la portée de ces moments privilégiés. En guise d’introduction, vous pouvez opter pour ce type de formules qui vous aideront à engager le dialogue, à montrer que vous n’entendez pas prendre une posture offensive :

  • « Alors, ces vacances ? »

-> Généralement, votre interlocuteur vous répondra sur un ton positif. Poursuivez la discussion de manière innocente mais calculée :

  •  « Super, moi aussi, j’ai adoré mon séjour en Islande…

Et si nous repartions du bon pied ? Nous étions moralement et physiquement épuisés avant de partir ; on remet tout à plat ? »

Basique ? Non, redoutablement efficace ! Exprimer nos sentiments : un comportement normal dans notre vie privée, que nous sommes incapables de reproduire dans notre vie professionnelle, même avec le filtre de la pudeur. Et pourtant en adoptant cette démarche, nous pouvons désamorcer de nombreux conflits latents ou avérés au travail, et in fine baisser les antagonismes, pacifier les relations.

F. La rentrée s’annonce sur-vitaminée au bureau : nouvelles responsabilités, projets d’envergure, ou gestion de crise interne ou externe qui se profile… Quid de votre manuel de survie ?

G.C. Nous devons garder en tête qu’à l’inverse des professionnels œuvrant dans les métiers de la Santé, nous autres, cadres, entrepreneurs, employés…, ne sauvons pas de vie. Apprenons à prendre du recul vis-à-vis des soubresauts du bureau afin d’aborder les défis avec sérénité. Les gens stressés, dispersés entretiennent un climat anxiogène qui les desservira au même titre qu’il enrayera la marche des équipes. Rester zen est la clef pour atteindre ses objectifs. D’ailleurs, votre hiérarchie vous en gratifiera.  

F. Vous êtes « gonflé à bloc », vos vacances aux Cyclades ou en Tanzanie, vous ont revigoré pour l’année. Les idées se bousculent dans votre tête, vous ambitionnez de porter les vents du changement à tous les étages : comment faire la part entre « bonne » et « fausse bonne idée » ?

G.C. La meilleure méthode est de tester chacune de ses idées de façon informelle, voire désinvolte pour les plus osées. Vous croisez votre boss à la machine à café, lancez-vous : « Dis-donc, j’ai pensé à un truc idiot pendant mes vacances, pourquoi nous n’essayerions pas de faire… » La psychologie inversée est parfois une arme redoutable pour initier des projets ambitieux. Vous l’avez compris, il faut sortir du bois et envoyer des ballons d’essai. Sachez en outre que cette énergie créatrice – inhérente à la rentrée – peut tout autant toucher vos collaborateurs, votre hiérarchie. L’écoute n’en sera que décuplée.

Avant de devenir conférencier et de se lancer dans l’écriture, Gael Chatelain a managé jusqu’à 200 collaborateurs

F. A l’inverse, vos vacances ont été propices à une quête de sens professionnelle : vous ne vous sentez plus en phase avec la fonction exercée, ni en symbiose avec la culture de votre entreprise ; moment de flottement passager ou signe avant-coureur de burn-out ? Comment bien déterminer la situation ?

G.C. J’ai déterminé 5 points essentiels qui peuvent vous aider à prendre la mesure de la situation, à déterminer s’il y a urgence de changer de job avant de sombrer dans le burn-out :

  • Vous « snoozez » 5 fois avant de vous lever

Vous savez, cette technique qui consiste à mettre son réveil à 7 heures et au final à mettre un pied en dehors du lit à 7 heures 30… Ne pas avoir hâte de se lever le lundi est une chose, mais si cet état persiste jusqu’au vendredi, alors cela est assez révélateur d’une baisse de motivation, d’une envie éteinte. Avez-vous « snoozé » avant de partir aux aurores à l’aéroport vers une destination paradisiaque ? Prenez le temps de la réflexion pour analyser l’origine de ce retard à l’allumage matinal.

2- Au travail, vous checkez votre Facebook/Twitter/Instagram au moins 5 fois par jour

Quand on commence à se lasser de son travail, il faut trouver des occupations pour « passer le temps ». Quoi de plus divertissant qu’une exploration des réseaux sociaux ? A contrario, si vous êtes toujours habité par la même passion, vous ne vous hasarderez jamais à en faire une activité chronophage au bureau. D’autant que vous êtes constamment engagé dans une course après le temps !

3- Le temps passe… lentement

Totalement lié au point précédent bien qu’il s’agisse d’un symptôme différent : les minutes paraissent des heures et l’on scrute sans arrêt sa montre en attendant la « délivrance ». CQFD : l’horaire décent quand partir ne sera pas (trop) perçu comme un signe de démotivation flagrant.

4- La procrastination devient la règle

Pourquoi ne pas faire demain ce que l’on pourrait faire aujourd’hui ? Les missions qui vous intéressaient il y a quelque mois vous lassent terriblement aujourd’hui. Rien de grave dans l’absolu, c’est même normal et salutaire de vouloir stimuler son intellect, se challenger : quand les automatismes ont remplacé la découverte, lorsque la routine s’installe, le désenchantement n’est pas loin. Mais à force de procrastination, on finit par ne plus avoir rien à faire !

5- Tout vous énerve

Vous maîtrisez votre rôle, vous le savez. De fait, vous ne supportez plus la moindre contrariété, la moindre remarque. Remémorez-vous vos débuts : n’étiez-vous pas à l’écoute de tout ? Curieux(se), avide de vous enrichir des autres et à travers votre expérience ? Prenez le temps de faire une introspection pour comprendre les raisons de ce glissement. Je suis profondément convaincu que tout le monde peut (doit) prendre du plaisir au travail, bien que certains jours s’avèreront toujours moins « agréables » que d’autres.

En résumé, si vous vous reconnaissez dans au moins trois de ces points, le temps est venu de déployer votre énergie vers d’autres horizons, de sortir de votre zone de confort. La quête d’un nouveau job vous fera sortir de l’inertie. « Subir » sans rien faire, c’est encourir le risque de sombrer inexorablement dans le burn-out ou le bore-out.

F. Enfin, comment faire pour ne pas être « usé » dès la première semaine au travail ?

G.C. Vous l’avez remarqué en retournant au bureau ? Rien ne s’est effondré, l’entreprise a continué à tourner sans vous ! Effectivement, c’est frustrant comme réalité mais personne n’est indispensable au bon fonctionnement d’une structure. D’ailleurs, l’inverse me paraîtrait inquiétant pour la viabilité de l’entreprise. Première action à mener et issue de l’enseignement du PDG d’un grand groupe : effacer tous les mails qui ont plus de quatre jours d’ancienneté, sans même les lire. Chaque année, nous récidivons en consacrant des heures à lire toute cette littérature à notre retour, pour constater au final que l’écrasante majorité de ces courriels ont déjà été traités par le simple fait que nos entreprises respectives ont « survécu » à notre absence. Cela vous angoisse de le faire ? Si urgence il y a, vous recevrez probablement un nouveau mail, ou une relance téléphonique.

Une deuxième règle toute simple : planifier une réunion dès les premiers jours de votre reprise – formelle ou non – avec votre hiérarchie pour établir le calendrier des priorités. De cette manière, vous porterez vos efforts sur les sujets « chauds » de la rentrée, ainsi vous vous remettrez dans le bain sans dépenser inutilement votre énergie sur des dossiers obsolètes.

Dernière mesure : « penser à soi », pas une journée ne doit se passer sans faire, a minima, une chose pour soi-même, pas une seule ! Aussi petite soit-elle. Si l’on ne veut pas avoir le sentiment de (re)tomber dans une spirale dominée par le rythme de « métro-boulot-dodo ». Comment ? En s’adonnant à de la lecture, à la pratique d’un ou plusieurs sports, en prenant le temps de regarder sa série préférée… le champ des possibilités est très vaste. Toutefois, cela doit devenir un rendez-vous quotidien et planifié !