« Who runs the world ? Girls!… » chantait Beyoncé en 2011. En 2019, force est de constater que les femmes ne font toujours pas partie du clan encore fermé des managers, dirigeants et leaders. Par Chiara Corazza.

Alors que la société toute entière doit se transformer sous les coups de boutoirs citoyens et du climat, il est impensable que la moitié de la population soit écartée des prises de décision : moins de 20% des ministres chargés de l’environnement dans le monde sont des femmes, elles ne sont que 25 à être maires des 300 plus grandes métropoles du monde et seulement entre 14 et 17% de femmes siègent aux comités de direction des grandes entreprises en Europe. Rappelons que 80% des réfugiées climatiques sont des femmes. Elles sont également les plus vulnérables aux mutations économiques : sur représentées dans les emplois peu qualifiés et précaires, ce sont les premières à être impactées par l’automatisation et la robotisation. Si elles sont les premières victimes des grandes mutations en cours, elles doivent pouvoir aussi être à la source des solutions dans la transformation sociétale nécessaire.


 

Le management, clé de la transformation de l’entreprise.


En société en général, toute transformation passe par la coopération. En entreprise en particulier, elle dépend en réalité d’abord du management. Or coopération et management ne peuvent plus être en opposition. Hier encore, pour accéder aux fonctions suprêmes, les femmes étaient encouragées à se fondre dans un moule basé sur la domination et le fait d’impressionner l’autre. Mais le constat est global et sans appel : le management « by fear » ne correspond plus aux valeurs d’égalité et de parité portées par la société – et ne rapporte même pas les résultats escomptés.

 

Le monde politique semble avoir bien compris l’enjeu.

En août dernier, un rapport du Conseil consultatif du G7 sur le sujet de la parité a invité les États à s’engager à adopter et à mettre en œuvre au moins une loi sur l’égalité femmes-hommes, et ce dès 2020. En France, une loi pour « l’émancipation économique des femmes » sera présentée par la secrétaire d’État chargée de l’égalité, Marlène Schiappa et le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Cette loi permettra aux femmes d’accéder à des métiers dans lesquels elles sont aujourd’hui sous-représentées. Des quotas ont été imposés par la loi, notamment en Norvège, Italie et en France, avec, depuis janvier 2017, la loi Copé-Zimmermann.

La France fait aujourd’hui figure de championne mondiale avec une féminisation de 44% de ses instances, que ces quotas ont permis de professionnaliser. Cette mesure, loin d’être anecdotique, a eu un effet rebond sur les comités de nomination, de rémunération et de direction, avec l’apparition de bonus de dirigeants indexés en partie sur des objectifs de diversité et de mixité. Les quotas seraient-ils la panacée pour féminiser le management ? Oui, ils représentent un formidable accélérateur quand le terrain est prêt.

Mais pour laisser aux femmes toute leur place en entreprise, la discrimination positive n’est pas l’unique réponse. Les décisions pour le futur de l’entreprise se prenant en comités exécutifs, c’est là en revanche qu’il faut agir : les femmes doivent trouver leur place au comex, mais sans qu’il n’y ait pour cela besoin de loi, ni de « bypasser » des hommes qui auront démontré leur connaissance du secteur, leur compatibilité avec l’ADN de l’entreprise et leur légitimité pour le poste. Il est surtout urgent et indispensable d’identifier et de reconnaître les femmes pour leurs compétences et de les faire grandir en fonction des besoins de l’entreprise.

 

Plus de diversité dans le monde de l’entreprise, plus d’inspiration pour les solutions de demain

Pour que ces hommes promus pour leurs mérites, leurs talents et leurs compétences soient des femmes, il est nécessaire de leur offrir l’accès aux formations qui préparent les futurs leaders. Le monde change, avec une grande part d’incertitude. Ce qui semble certain c’est que les secteurs économiques d’avenir comprendront la finance pour investir sur les projets de demain, l’énergie, les smart city, la data, la santé, l’alimentation… tous avec une forte composante technique, à toutes les échelles et dans tous les métiers. Donc pour faire partie des change makers en entreprise, les formations technologiques seront indispensables et ce dès le plus jeune âge. Or c’est un paradoxe aujourd’hui de constater que l’Europe, fer de lance du sujet de la parité, est également le territoire où les femmes font le moins d’études et donc occupent le moins d’emploi dans les disciplines liées aux STEM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques). Pour agir, trois leviers sont nécessaires : éviter de planter des idées reçues de type « la littérature c’est pour les filles et les math pour les garçons », Le deuxième, quand les filles sont en âge de penser à leur avenir, stimuler leur curiosité pour les métiers scientifiques et leur offrir les mêmes chances d’accéder aux grandes écoles et universités. Considérons les sciences dures et humaines comme complémentaires. La France a été traditionnellement un pays d’ingénieurs. Faisons-en aussi un pays d’ingénieuses pour trouver les solutions qui répondront aux enjeux de demain !

 

Les femmes, gage de succès pour les entreprises et les pays

Les entreprises voudront promouvoir les femmes moins pour l’image ou poussées par une loi que parce que les amener à la gouvernance est un gage de meilleures performances. McKinsey a calculé que l’absence d’égalité entre les hommes et les femmes coûtait très cher à l’économie mondiale et que les éliminer pourrait générer pas moins de 28 000 milliards de dollars d’ici à 2025 ans, soit le PIB de la Chine et des Etats-Unis réunis.

On parle ici de stabilité économique pour le monde entier ! Ce sujet est éminemment stratégique pour les entreprises, qui n’ont qu’une génération à peine pour que les femmes contribuent à piloter leur transformation de l’intérieur. Réalisons que le monde occidental, l’Europe et l’Amérique du nord en particulier, est en train de se faire dépasser par des pays a priori bien moins avancés sur les sujets d’égalité des sexes, qui ont pourtant compris l’enjeu économique et social de la féminisation de l‘économie et pour lesquels la promotion des femmes, notamment via les études, est un gisement de création de richesse et de capacité d’innovation.

En Lituanie, Bulgarie et Lettonie, on a toujours formé les garçons et les filles de la même façon, héritage de l’ère soviétique oblige, et aujourd’hui ces pays occupent les premières places européennes de la féminisation du métier avec respectivement 57% d’ingénieurs femmes pour la Lituanie et 53%(8) pour les deux autres nations. En Malaisie 47 % des scientifiques sont des femmes et elles sont sur-représentées dans les métiers de la finance. En Iran, 70%des ingénieurs sont des femmes – les deux médailles Fields étant partagées entre un homme et une femme. Embrasser ces métiers leur a donné la liberté en même temps que le pouvoir. Les entreprises qui seront les succès de demain ne seront donc pas celles qui se reposeront sur leurs lauriers (coiffe qui n’a pas à rester masculine) d’aujourd’hui.

 

Partout, les milleniums changent de l’intérieur le fonctionnement des entreprises.

Rejetant un management pyramidal, les jeunes arrivant sur le marché de l’emploi aspirent à plus de sens. Juste au-dessus d’eux, les nouveaux pilotes de l’économie mondiale ont entre 35 et 40 ans. Ils sont issus d’une génération qui ne réfléchit plus avec les mêmes codes du pouvoir hiérarchique, et considèrent que l’accès aux mêmes postes par les femmes ou par les hommes est simplement une question de justice. Nous allons nous diriger rapidement vers un management où les femmes trouvent toute leur place. Bientôt, on ne demandera pas à une personne qu’elle soit femme ou homme mais que sa copie soit irréprochable et qu’elle atteigne les objectifs visés, le tout en phase avec les attentes sociétales.

 

<<< A lire également : Violences Conjugales : Comment Elles Impactent Le Monde Du Travail >>>

 

Par Chiara Corazza, directrice générale du Women’s Forum et Fabrice Bonnifet, président du C3D