Et si oui, sous quelle forme ? Je vous propose de voir ce qu’est l’Innovation Ouverte, ce qu’elle apporte, quelles en sont ses différentes formes et à quelles stratégies ces dernières sont adaptées.

Innovation Ouverte ?

Sur l’Innovation

L’Innovation est définie comme une amélioration dont le taux d’adoption est significatif. En clair, quelle que soit la nature de la solution, quel que soit son secteur d’activité et à qui -ou à quoi- elle s’adresse :

  1. Elle apporte quelque chose de nouveau par rapport à l’existant,
  2. Elle est significativement utilisée : par ce mot il faut comprendre qu’à long terme elle s’inscrira dans la norme d’utilisation, l’état de l’art.

L’Innovation est également une activité d’entreprise et d’entrepreneuriat, qui consiste à créer des innovations. Cette activité est généralement placée entre le « R » de Recherche et de « D » de Développement (pour devenir R&I&D) ou parfois au-dessus de la R&D, pour ceux qui considèrent cette activité comme créant un cycle complet de croissance d’entreprise (depuis la vision jusqu’aux ventes).

https://www.flickr.com/photos/spacex/31548291014

Légende photo : la société SpaceX d’Elon Musk a développé une fusée capable d’atterrir, ce qui pourrait devenir la norme dans les prochaines années.

L’Innovation Ouverte

L’Innovation Ouverte est quant à elle l’activité d’Innovation circonscrite à l’usage de ressources externes.

Derrière cette courte définition se cache en réalité un univers de possibilités : l’Innovation Ouverte (ou Open Innovation) consiste à enrichir et à accélérer le processus d’innovation en utilisant toutes les personnes, les techniques, les connaissances qui ne contribuent pas habituellement à l’innovation. En clair, il s’agit de faire appel à des experts externes, des brevets qui ne nous appartiennent pas, capitaliser sur des données inutilisées en R&D, faire appel aux clients, aux fournisseurs,… et également faire appel aux salariés en-dehors de leurs champs habituels de compétences.

 

Quelle Innovation Ouverte et pour quelle entreprise ?

a. Choisir ses communautés

L’Innovation Ouverte se définissant d’après les ressources que vous solliciterez, il est important de les identifier et de les choisir en fonction de votre stratégie :

  • Salariés => La richesse vient souvent de l’intérieur ! Qui mieux que vos salariés peuvent détecter les failles de votre organisation, imaginer les améliorations à apporter à vos outils, à vos produits ? Attention toutefois, utiliser vos salariés nécessite un scrupuleux processus d’innovation, compréhensible et animé afin de les éveiller sans les démotiver.
  • Experts internes => Vous pouvez focaliser votre stratégie sur vos experts, en leur proposant de travailler sur des sujets qui sortent de leurs domaines de compétences  : si le budget affecté à ce temps « hors production » est bien contrôlé, vous pourrez obtenir de grands résultats grâce à ces coopérations mixtes de haut niveau.
  • Prestataires externes => Des spécialistes de l’innovation, dont les offres varient du cabinet de conseil généraliste à la startup d’innovation ouverte, vous proposent d’externaliser tout ou partie de votre processus d’Innovation Ouverte : captation, animation, plateformes, méthodes de créativité… Certains de ces prestataires font eux-mêmes appel à des communautés d’experts et de particuliers, et peuvent également impliquer vos salariés.
  • Fournisseurs & Partenaires => L’autre communauté clé avec les salariés et les clients, c’est bien sûr celle des fournisseurs et des partenaires : ils connaissent vos produits, parfois vos clients et sont à même de vous proposer de nouvelles idées pour un développement commun fructueux. Attention toutefois dans ce cas à bien mesurer les impacts de dépendance (achats, technologies) et de confidentialité vis-à-vis de vos concurrents.
  • Concurrents => Cela peut paraître curieux -et cela reste d’ailleurs assez atypique-, mais lorsqu’arrive un nouvel acteur qui menace le marché, il peut être opportun de s’associer avec un concurrent pour construire une nouvelle proposition innovante, avec une répartition de la valeur répartie au préalable. Attention ici à ne pas se retrouver en position d’entente illicite.
  • Étudiants => Pour une dynamique « out of the box », les idées des étudiants sont souvent originales ! Mais attention à la faisabilité : utiliser cette communauté nécessite généralement un accompagnement soutenu d’experts, de coach, et tout le chemin reste à faire jusqu’à l’innovation.
  • Intermédiaires => Des prestataires existent, qui proposent de vous mettre en relation avec les experts du secteur ou ceux qui peuvent avoir de bonnes solutions en fonction de votre sujet. Dans ce cas veillez à ce que leurs algorithmes ne soient pas trop restrictifs et qu’ils soient puissants, sinon vous vous retrouverez avec les mêmes profils que vos propres experts internes…

Plateforme or not Plateforme ?

Si la taille de votre entreprise est suffisamment importante ou que vous sollicitez une communauté de plus de 100 individus, il peut devenir utile -voire nécessaire- de mettre en place une solution logicielle afin de gérer les données. Mais quelles solutions sont adaptées ?

  • Réseau social interne => Intéressant pour les échanges entre les individus, pour consolider (maturation) les idées en innovations. Le réseau social a en outre une fonction de tissu social qui va bien au-delà de la stratégie d’Innovation Ouverte. Couplé à des algorithmes, la solution peut faire émerger des opportunités intéressantes.
  • Plateforme d’idées (également appelées SMI1) => La fonction de base permet de recueillir les idées de chacun, mais ensuite ces plateformes se déclinent en une multitude de fonctionnalités : certaines proposent du mindmapping2, du jeu sérieux, d’autres s’orientent plus sur l’activité de challenges/défis, certaines intègrent les fonctions de réseau social/messagerie, d’autres encore permettent de piloter la maturation des idées en innovations étape après étape.
inventive.fr

Méthodes de créativité

Avec ou sans plateforme, il vous faudra bien utiliser des méthodes pour stimuler la créativité de vos ressources ! En voici les principales familles :

  • Conférences/Formations => L’avantage de cette catégorie, c’est que vous pouvez former et sensibiliser un très grand nombre de personnes (plusieurs centaines), et qu’en même temps que vous leur donnez les outils pour devenir des « innovateurs », vous leur soumettez les sujets sur lesquels vous souhaitez les voir travailler.
  • Sessions de créativité « grand public » => Pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines de personnes, ces sessions ont l’avantage d’impliquer un nombre de personnes significatif, de les (in)former, tout en leur permettant d’être actifs -et même interactifs-. En règle générale, les animateurs utilisent des méthodes de Divergence-Convergence qu’ils adaptent à leurs habitudes. Il existe d’infinies variantes de cette famille : sessions de travail classique, hackathon, séminaire à thème, jeux de rôles,… On notera que cette famille est mieux adaptée aux entreprises qui ont déjà une culture d’innovation ou collaborative ou encore d’ouverture vers l’extérieur ; dans le cas contraire, il sera difficile pour des animateurs « d’éveiller » les participants récalcitrants.
  • Sessions de créativité « experts » => Il s’agit ici de faire travailler ensemble un nombre réduit de personnes (généralement entre 5 et 20) en s’appuyant sur une ou plusieurs méthodes expertes (Design Thinking, TRIZ, théorie C-K,…). Cette catégorie est adaptée à toutes les phases de la créativité, de la captation d’idées jusqu’à la finalisation des innovations, néanmoins elle peut être moins efficace dans la première partie du processus (captation d’idées). 

À moins de toutes les utiliser, vous devrez donc choisir entre la quantité d’individus que ces méthodes vous permettent de stimuler et la qualité (le niveau d’expertise) obtenue avec un petit nombre de personnes. Là encore, tout dépendra de votre taille et de votre stratégie.

Session de créativité –

Droits réservés Inventive et IKEA

Attention à la confidentialité !

Un point d’attention doit être évoqué en ce qui concerne l’Innovation Ouverte : la confidentialité. En effet, ce n’est pas parce que l’activité s’appelle « Ouverte » que vous ne devez pas avoir de confidentialité ! Au contraire, le secret doit rester un pilier de votre stratégie, que vous souhaitiez mettre en place des brevets ou non : le secret reste votre plus fort allié, avec votre capacité à vous transformer et à commercialiser efficacement (Rapidité et Agilité).

Dès lors, il vous appartient de savoir où vous mettez le curseur de la confidentialité : en amont, juste après le recueil des idées ? Ou même avant, chaque idée est confidentielle ? Laissez-vous des étapes d’échanges et d’enrichissement « public » ? (le fait que les idées soient vues par plus de 50 personnes, même des collaborateurs, n’en font plus des idées secrètes…). Vous pouvez également choisir de divulguer plutôt en aval, à partir du moment où vous avez un concept illustré, un prototype, par exemple pour le faire tester à une communauté restreinte d’utilisateurs.  

Processus & Gouvernance

Si ce n’est pas déjà fait, il vous faudra mettre en place une organisation adaptée au fonctionnement de votre processus d’Innovation Ouverte : ce dernier s’inscrit-il dans une nouvelle démarche, pour le moment indépendante du reste de votre R&D ?

Type de processus :

  • Indépendant => Utilisé en général lors de la création d’un processus d’Innovation Ouverte, car plus facile à superviser et à améliorer, sans que cela ait un impact sur la production historique. Un processus d’Innovation Ouverte indépendant est également opportun lorsque vous souhaitez mettre en place une stratégie de diversification ou lorsque vous souhaitez prospecter l’univers des possibles à partir de votre savoir-faire.
  • Dépendant => Dans tous les autres cas.

En ce qui concerne la gouvernance, il existe une large palette de possibilités :

  • Direction Générale => Mettre au commande la Direction Générale pour orienter et gérer l’Innovation Ouverte est adapté pour les entreprises avec une culture et une organisation très centralisées, mais également pour des entreprises avec des organisations fluides, lorsque l’entreprise considère l’Innovation comme stratégique.
  • Direction de l’Innovation => Créer une Direction de l’Innovation est souvent l’apanage des grandes entreprises et correspond au besoin de centraliser les projets et de communiquer sur le fait que l’innovation y tient une place importante. Revers de la médaille, il devient souvent difficile pour ces Directions « d’évangéliser » et de faire adhérer les salariés puisque ces derniers s’en retrouvent -sur le papier pour le moins- dépossédés.
  • Direction collégiale avec des externes ou un groupement d’entreprises =>  Ce mode de gouvernance est bien sûr opportun lorsque vous décidez de créer une filiale ou un projet commun avec un écosystème de partenaires, de fournisseurs, concurrents,…
  • Comité d’innovation => C’est la forme la plus aboutie de la gouvernance en matière d’innovation : un comité est créé, composé du personnel, d’un expert garant de la qualité du processus, éventuellement des partenaires externes, et généralement présidé par le dirigeant qui porte la vision. Cela permet de stimuler l’ensemble des salariés, de faire des choix judicieux et rapides grâce à la représentativité de tous ses membres vis-à-vis des différentes activités de l’entreprise.

L’Innovation Ouverte est donc une arme redoutable que je ne saurai que trop vous recommander. Et force est de reconnaître qu’au travers de ses différentes formes, elle s’inscrit désormais durablement dans la logique de développement des entreprises, car celle qui la maîtrise :

  1. va plus vite que ses concurrents,
  2. anticipe plus rapidement les menaces,
  3. identifie mieux les opportunités pour son développement.

Dans la multitude de ses familles, il est toutefois important d’en distinguer les variantes, pour mettre en place celle qui correspond à votre stratégie globale de développement et -ne l’oublions pas-, adaptée à votre culture d’entreprise.

Arnaud Bonnefond

#Créativité #Innovation #OpenInnovation #CulturedEntreprise

(1) SMI : Système de Management des Idées, aussi appelé Système de Management de l’Innovation.

(2) Mindmapping : espace de créativité virtuel ou physique, également appelé « Carte heuristique » ou « Carte mentale », dans lequel on vient déposer ses idées, ses problèmes ou contraintes, ses remarques et analyse.