C’est un écran téléguidé juché sur un pied. Le robot-avatar Awabot, qui s’adresse pour l’instant aux grands groupes, souhaiterait participer à la transformation du monde du travail en incarnant l’entreprise flexible. Alors que les salariés sont en quête de sens, d’agilité, des start-up telles qu’Awabot ou Flexjob travaillent à faciliter le passage à l’entreprise flexible. Portrait croisé.

C’est un écran juché sur un pied et quatre roues. Une sorte de skype amélioré et téléguidé. Loin de l’image de l’avatar bleuté de James Cameron ou du robot humanoïde Terminator, Awabot se présente comme un robot-avatar aux ambitions gargantuesques : outre devenir le leader de la visioconférence téléguidée, l’entreprise veut réinventer le monde du travail en incarnant l’entreprise flexible et le néologisme « phygital », contraction de physique et digital (numérique).


Dans les locaux parisiens de l’EM Lyon, la démonstration fait son effet : le petit groupe se retrouve téléporté dans les locaux d’une entreprise à Kansas City, circule dans les couloirs déserts pour cause de décalage horaire, entend les bruits des roues brinquebalantes sur le seuil des portes, et voit son reflet dans un miroir. Etre là sans y être vraiment, c’est un peu le credo d’Awabot et c’est ainsi que la start-up veut révolutionner la manière de travailler.

Fondée en 2011 par Bruno Bonnell, créateur d’Infogrames, de Robopolis et député de la sixième circonscription du Rhône (LREM), Awabot propose « des plate-forme robotiques qui s’insèrent dans la vie des gens », explique Jérémie Koessler, président directeur général. C’est par un appel d’offre public que la société se penche en 2012 sur la question de la télé-présence. « La Région Rhône-Alpes cherchait une solution pour permettre aux enfants malades ne pouvant pas se rendre à l’école d’y être presque physiquement », raconte Jérémie Koessler.

Impact sur la productivité et le moral

Alors que l’entreprise développer la visioconférence mobile grâce aux robots de télé-présence BEAM, ses fondateurs perçoivent qu’il y a comme un hic. « Nous avions des locaux classiques, avec un espace ouvert et des bureaux fermés pour la direction », expose le président directeur général. « Nous sentions bien que nous n’étions pas du tout en train d’appliquer ce que nous vendions. »

En 2017, après un premier test auprès d’une partie de l’équipe fin 2016, tout le monde déménage. Direction un espace de coworking lyonnais, aux côté de 500 autres personnes. « Nous avions quelques craintes pour les équipes de développeurs », avoue Jérémie Koessler. Finalement, après enquête de satisfaction, ce déménagement est la chose que préfèrent les équipes. « Le fait que ce soit très design, très communautaire a un impact positif sur la productivité et le moral des équipes », a constaté la direction.

Serait-ce donc cela l’entreprise flexible, offrir aux employés un espace de travail agréable, vivant, stimulant afin de chatouiller leur créativité ?

Agilité, autonomie, collaboration

Pour le cofondateur de Flexjob, Jérémie Bataille (citant Michel Serres), « nous assistons à une troisième révolution anthropologique ». Pour lui, « flexible » signifie « agilité, autonomie, collaboration, humain ». Objectif ultime : « redonner du sens au travail et surtout pas une ubérisation qui asservit ». 

 

La plate-forme Flexjob propose aux candidats ayant des exigences particulières (travailler de chez soi, seulement à certaines heures, bref, être flexibles), de trouver l’entreprise qui leur correspond le mieux. Une solution particulièrement intéressante pour les générations Y et Z qui souhaitent avoir les avantages du CDI et ceux du freelancing.

Mais pour que cette acquisition d’autonomie se passe bien, il est, pour Jérémie Bataille, « indispensable d’avoir un dirigeant qui impulse cela, sinon, la transformation peut être contre-productive ». Selon lui, « chaque entreprise doit, par une démarche participative, trouver son propre fonctionnement ».

Au-delà de l’effet “wahou”

Pour être en phase, voire en avance sur la mutation de la société, Awabot en a bien conscience, il faut aller au-delà de l’effet « wahou » que peut susciter le robot BEAM. Une fascination des premiers temps, puis une relégation de l’outil au placard. Le robot-avatar est aujourd’hui essentiellement utilisé dans les grandes entreprises pour des visioconférences, mais aussi dans les usines et plus rarement en magasin. S’il ne se substitue pas au voyage d’affaires, il permet de faire intervenir des experts facilement.

Surtout, ce système pourrait permettre aux travailleurs ne rentrant chez eux que le week-end de « s’insérer dans un moment de vie, alors que Facetime, Skype ou le téléphone, on y dédie un moment précis », selon Robin Martine, anticipation project manager chez Orange. L’entreprise a testé le dispositif chez un salarié. « Les roulettes font que la personne est ressentie comme présente », raconte-t-il.

Mais ces initiatives sont encore rares, en raison du coût du robot. Pour les particuliers, il est souvent financé par des organismes quand il s’agit de permettre à un enfant isolé en chambre stérile de conserver une vie de famille grâce au robot. Awabot, qui a déployé environ 400 robots chez une centaine de clients en France, espère un jour démocratiser sa solution.