Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 9 Français sur 10 ont envie de changer de vie selon l’étude « Les Français et la reconversion professionnelle » menée par nouvelleviepro.fr.  Si l’essor du numérique a contribué à déstabiliser les modes de travail en entreprise, n’est-il pas aussi la clé d’une reconversion réussie ?

 

Selon un sondage Odexa, la moitié des actifs auraient déjà sauté le pas. Sans compter sur l’essor de nouvelles formes de travail comme le freelancing ou le slashing, il semble que l’emploi salarié typique a perdu de sa superbe. L’environnement de travail connaît donc de grandes mutations, depuis la numérisation des pratiques professionnelles. Le déroulement des carrières ne s’effectue plus en ligne droite et bifurquent en passant d’un métier à l’autre. Les mœurs évoluent et sacrifient la sécurité au profit du sens et de l’individuation professionnelle. Pourtant, encore deux tiers des actifs hésitent à se lancer car ils jugent le virage difficile à franchir.

 Bouleversements numériques et sociétaux

 Le temps où l’on passait toute sa vie professionnelle dans une seule et même entreprise est révolu. Au XXIe siècle, l’introduction de nouvelles technologies dans l’environnement du travail s’est traduit par de profondes métamorphoses : ubérisation, expansion de l’automatisation des tâches au travers d’algorithmes ainsi que la robotisation, sans oublier l’intelligence artificielle. Dans les pays européens par exemple, la densité de l’équipement robotique est aujourd’hui de 10 pour 100 salariés en moyenne. Par ailleurs le numérique a modifié beaucoup de secteurs : de la banque à l’assurance, en passant par la finance, le commerce, les transports, ou encore la santé et l’énergie. En 2019, la sphère du travail est donc devenue moins stable mais aussi plus flexible.

 Au delà des métamorphoses structurelles, notre génération est à la reconversion car les mœurs ont évolué. Selon un sondage Odoxa de 2017, 85% des Français plébiscitent la reconversion professionnelle. Et davantage qu’un effet de mode, cette velléité traverse toutes les classes d’âge (87% des moins de 25 ans, 86% des 65 ans et + y sont favorables) et toutes les catégories sociales (86% des CSP+ jugent positivement ce changement et c’est le cas de 83% des CSP-). Les causes sont multiples et variées, choisies ou subies. Subies pour les individus qui traversent la vague digitale sans les compétences nécessaires et doivent se former. Mais elle est de plus en plus choisie par des individus, en manque d’épanouissement professionnel et en mal de liberté. La quête de sens, l’envie de réaliser un rêve, l’abolition des hiérarchies poussent les individus à passer par la case reconversion ou indépendance.

 Le numérique, un plan de carrière personnalisé ?
 Alors qu’elle est souhaitée par de nombreux actifs, la plupart jugent la transition néanmoins difficile. Toujours selon l’étude « Les Français et la reconversion professionnelle », 64% hésitent à poursuivre un parcours plus individuel faute d’accompagnement et d’informations. D’autres freins persistent comme la lenteur du processus de reconversion et le coût des formations classiques. Trouver un financement s’avère parfois être un véritable parcours du combattant. Au CNAM, la réalisation d’un simple bilan de compétences professionnelle peut coûter 1600€.
 Or, dans des environnements de travail plus fluide, les outils numériques se posent comme des outils pertinents et performants pour l’auto-formation. De nombreuses plateformes de formation en ligne apportent sur un plateau ce qui fait aujourd’hui défaut : du temps et de l’argent. Plus attractives financièrement, les ressources sont accessibles à tout moment, avec ou sans connexion Internet. Depuis les premiers MOOC, les temps ont bien changé. Les acteurs ont compris que les « vidéos sur étagère » n’étaient pas suffisantes. Au fil des ans, les vidéos se sont enrichies de nouveaux contenus pédagogiques (questionnaires, auto-évaluation, bilan de compétences, exercices d’application). L’internaute n’est plus seul face à l’écran et bénéficie d’un accompagnement humain sur-mesure grâce au coaching des mentors. Il peut bénéficier en plus du savoir des communautés apprenantes qui se forment autour de certains parcours. Surtout, c’est la permission pour tracer des parcours à la carte, individualisés selon les envies et les aspirations de l’internaute.

 Des profils à haute valeur ajoutée
 Le pari de l’auto-formation est un pari gagnant. En effet 65% des DRH se disent plus à même d’embaucher ce type de profil et les jugent comme de meilleurs éléments. Un profil en reconversion a beaucoup de valeur pour l’employeur, étant un futur salarié qui rapporte avec lui l’héritage de méthodes de travail issues de son ancien corps de métier. C’est un candidat qui a fait le choix courageux de prendre sa carrière en main et qui fait preuve d’un certain leadership. C’est encore un individu qui s’est auto-formé parfois sans structure, qui a appris, désappris pour apprendre de nouveau, de façon autonome.
 Ces compétences font le poids face à un marché du travail qui requiert plus que par le passé, de bonnes capacités d’adaptation et de créativité. À l’avenir, des métiers disparaîtront selon l’étude de l’Institut Sapiens. À l’image des employés du secteur de la banque et de l’assurance dont l’effectif a diminué de près de 39 % de 1986 à 2006. D’un autre côté, 85% des métiers de 2030 n’existent pas encore selon l’analyse du rapport de Dell et l’Institut pour le Futur.  
 La génération Youtube, férue de vidéos croise aussi une génération en proie à la reconversion professionnelle. Le numérique qui a bouleversé l’environnement de travail est aussi l’allié du virage de beaucoup de salariés.  En tout cas, en entreprise, la reconversion devient une réalité de plus en plus concrète. La loi 2018, « Avenir professionnel » qui instaure la liberté de choisir son avenir professionnel accentuera sans conteste le phénomène.

Par Nicolas Chaunu, fondateur de Tuto.com