« Popularité, nom féminin. Fait d’être connu et aimé du plus grand nombre  ». Courbe, côte, indice… on la mesure souvent de manière précise et régulière. C’est même un passage obligé quand on est un homme public ou un dirigeant d’entreprise connu.

Plus un dirigeant est en vue, plus sa popularité est scrutée et auscultée, à l’image des présidents de la République, comme si elle était une résultante majeure du succès. Certains sont prisonniers de leur image, d’autres sont plus à même de prendre de la distance.  Complémentaire à la notion de leadership, la popularité est davantage un signe de contentement instantané de la foule ou d’une communauté qu’une indication sur la capacité à conduire un collectif vers un but précis. Elle mesure clairement une capacité de ralliement à l’instant présent. Autrement dit, plus on est populaire, plus en peut gouverner de façon autoritaire, comme si le fait d’avoir l’opinion avec soi permettait de prendre des décisions seul.

À l’inverse, une faible popularité oblige au consensus, à la négociation et à la construction collective. Elle freine la possibilité d’imposer des décisions en rupture. En pratique, la popularité fonctionne tel un capital défini au départ : plus on en use, plus il s’érode ! Il peut diminuer, mais rarement remonter au-delà de son niveau de départ. Parfois, c’est l’arbitrage avec la nécessité d’action qui accélère sa plongée. Une décision impopulaire, mais pourtant nécessaire sur le moyen terme, fera chuter la popularité de son leader. Pour que cette baisse ne soit pas durable, celui dont le courage s’inscrit au-delà du court terme devra gérer pro-activement la remontée de sa popularité en comprenant les rouages intimes qui la conditionnent :

1- L’admiration

Notre société admire les esthètes et les individus de talents réalisant des prouesses. Plus la réussite est exemplaire, illustrée par des faits répétés, tangibles, visibles, plus la popularité se développe. En définitive, au-delà de l’individu lui-même, ce sont ses prises de risques réussies et ses résultats qui dopent sa popularité. Attention tout de même que l’euphorie du succès ne fassent pas ressortir les traits négatifs du dirigeant : impatience, arrogance, autorité excessive… Seul le succès humble est vecteur de popularité.

2- Les bénéfices directs pour ceux qui influent sur la popularité 

« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute », mais si la démarche du dirigeant est réellement authentique, elle est toujours de nature à contenter et soutenir sa popularité.

3- Le niveau d’attente

Plus on attend d’un dirigeant ou plus il promet des résultats ou des changements pour chacun, plus sa popularité sera fragile s’il trébuche dans l’action. C’est le problème des promesses non tenues ou des résultats matérialisés trop tardivement. Ils déçoivent et nuisent directement à la popularité. Difficile équilibre à trouver entre tenir des promesses floues qui ne sont plus guère convaincantes et des engagements précis qui imposent d’être matérialisés !  

4- Le profil du dirigeant dans sa relation au groupe

Un dirigeant conformiste[1]est habituellement plus populaire car proche des normes du groupe qui lui a donné naissance. Son but premier est de se sentir vite accepté par celui-ci. Cependant, les déviants qui cherchent davantage à montrer leur personnalité, peuvent constituer une alternative populaire face à des situations complexes dans lesquelles le conformiste a échoué.

5- Enfin, la popularité reste une notion relative qui s’apprécie dans un contexte de concurrence entre dirigeants.

Même avec une faible popularité, si aucune alternative n’existe, le dirigeant court peu de risque d’être doublé. C’est en fait la baisse conjuguée de la popularité du dirigeant face à la montée de celle de ses concurrents qui constitue un réel risque. En définitive, la popularité reste bien un indicateur de la capacité à diriger, mais qui ne peut certainement pas s’apprécier seul. Pour obtenir un tableau plus complet, il faut à minima le compléter d’indicateurs sur la compétence ou la confiance en l’avenir. Si on applique ces préceptes au Président Macron, la baisse récente de sa popularité n’est pas aussi problématique qu’elle n’y paraît. Si une élection hypothétique surgissait demain, l’absence de concurrents crédibles lui serait certainement favorable. Et la remontée de sa popularité s’effectuerait plus facilement avec des mesures populaires qualifiées de « plus à gauche ».

[1]Travaux du psychologue hongrois Ferenc Mérei