Cauchemars des recruteurs et des RH, le ghosting est un nouveau terme qui désigne l’absence, “sans prévenir” d’un candidat à un entretien, ou au pire, à son premier jour de recrutement en entreprise. Pour démêler ce nouveau casse-tête, Aude Barral, co-fondatrice de la plateforme CodinGame de recrutement de développeurs, partage avec nous son expertise.

 


« Ils reçoivent plusieurs propositions de postes par semaine de la part d’employeurs potentiels, et parfois ne se présentent même pas au boulot ». Issue des sites de rencontres où le terme «ghosting» a fait son apparition, cette disparition totale du candidat «du jour au lendemain, sans donner de nouvelles, et qui demeure par la suite injoignable » est conjoncturelle : sur le marché du travail en pleine expansion de la Data, les data-scientistes et les développeurs ne sont pas assez nombreux pour répondre à la demande. Ce sont des profils à risque pour les recruteurs qui ne peuvent plus se contenter d’appliquer des méthodes traditionnelles de recrutement, qui consistent à publier une annonce en attendant de recevoir des candidatures. Explications avec Aude Barral, co-fondatrice de la plateforme CodinGame.

Désirée de Lamarzelle : Quelle est la principale raison pour laquelle les candidats « ghostent » ?

Aude Barral : Cela fait partie du jeu ! Si le ghosting est frustrant et coûteux, les développeurs considèrent quant à eux -à plus de 80%- qu’il est très facile de changer d’emploi. Alors qu’il a pu être reproché aux entreprises de ne pas toujours répondre aux candidats, les développeurs les plus courtisés sont aujourd’hui ceux qui décident ou non de donner suite à vos messages. Le rapport de force s’est inversé.

C’est à dire ?

 À l’heure de la transformation digitale, et donc de l’inflation exponentielle des besoins en main d’œuvre dans la tech,  ce ne sont plus les entreprises qui les choisissent mais bien les développeurs informatiques, très courtisés, qui choisissent avec qui et pour qui ils souhaitent travailler. 

« Le métier de développeur dans le top 5 des métiers les plus recherchés par les entreprises. »

 

Comment se porte le marché des développeurs  ?

Oui c’est le marché le plus en tension en France. La Dares et le Syntec s’accordent pour souligner que 80 000 postes ne parviendraient pas à être pourvus d’ici à fin 2020 dans le secteur du développement. 90% de ces postes vacants sont de niveau ingénieur Bac+5. 

 

Comment ce marché va-t-il évoluer ?

La principale difficulté dans les années à venir sera de former suffisamment de diplômés pour pouvoir ces emplois vacants. Pour tenter de pallier cette pénurie de développeurs formés, on assiste à une explosion de formations courtes ou non diplômantes, de type « Bootcamp ». Nombreux sont les candidats en reconversion professionnelle à s’engouffrer dans cette brèche, avec à la clé la promesse de trouver rapidement un emploi dans un secteur qui recrute. La réalité est tout autre et les besoins des entreprises en matière de développement logiciel sont souvent en dé-corélation avec le niveau de formation proposé par ces formations courtes. On risque de voir émerger un secteur « à deux vitesses » où les moins formés auraient de la difficulté à prétendre aux postes d’ingénierie logicielle attendus par les entreprises.

 

Le ghosting touche-t-il d’autres métiers ?

 Le ghosting apparaît dans le recrutement lorsqu’un déséquilibre se crée entre l’offre et la demande d’emploi, en faveur des candidats. Les nouveaux métiers, ceux qui sont de plus en plus demandés dans un cadre de transformation numérique et pour lesquels les candidats expérimentés restent rares, sont eux aussi susceptibles de rencontrer ce phénomène : data scientists, growth hackers, UI/UX designer, product owners sont quelques exemples.

 

Est-ce que les recruteurs sont « dépassés » ?

 Dans le secteur du numérique, il est difficile aujourd’hui de se contenter d’appliquer des méthodes traditionnelles de recrutement, qui consistent à publier une annonce en attendant de recevoir des candidatures. Pour recruter des développeurs, les professionnels des ressources humaines doivent à présent s’orienter vers des méthodes proches du marketing et de la vente pour séduire les candidats potentiels. Il s’agit d’aller à la rencontre du candidat et de lui prouver que l’entreprise est pour lui un bon « match ». La marque employeur est ici au cœur du débat. Chasse sur les réseaux sociaux, organisations d’événements, ou recrutement gamifié en mode « hackathon » sont des exemples de diversification des pratiques mises en œuvre pour recruter des développeurs.

 

 Il y a la problématique du recrutement mais aussi celle de fidéliser, quels conseils donneriez-vous ?

Se prémunir du turnover dans les équipes techniques est aujourd’hui la préoccupation numéro 1 des managers. Pour cela, il est central de cerner parfaitement les attentes des développeurs. Formation interne, perspectives de carrière, outils de travail, équilibre vie privée / vie professionnelle, les entreprises doivent mettre en avant les atouts qui répondent à ce que recherchent les professionnels de la tech aujourd’hui.

 

Quel est le profil idéal du développeur le plus recherché aujourd’hui ?

 Le profil idéal du développeur aujourd’hui est un profil avec 2 à 3 ans d’expérience, diplômé Bac + 5 d’une grande école d’ingénieur, et maîtrisant les langages de programmation et technologies les plus recherchées comme Java, Javascript, Python, React JS, Node JS, Angular, ou Django. La spécialisation « Full Stack », qui permet à un développeur d’intervenir à la fois en développement Front-end et Back-end, est de loin la plus recherchée par les entreprises. 

 

CodinGame est une startup de recrutement de développeurs, qui a affiché 100% de croissance en 2017, sa patronne ambitionne de faire de l’entreprise le leader européen du recrutement des développeurs.