La ministre du Travail Muriel Pénicaud a présenté lundi plusieurs axes de la réforme de la formation professionnelle dont l’objectif affiché est de faciliter l’accès à la formation pour tous.  Compte personnel de formation doté de 500 euros par salarié, application numérique pour simplifier les démarches, etc. François Galinou, président d’ICPF & PSI, un organisme de certification des professionnels de la formation et du conseil, revient sur les points clés des mesures annoncées.

Les grandes mesures de la réforme de la formation professionnelle ont été dévoilées ce lundi matin par la ministre du Travail. Muriel Pénicaud a rappelé que 50% des emplois seraient profondément transformés dans les années à venir. Pour le gouvernement, la réforme est donc stratégique, tant « une bataille mondiale de la compétence est engagée », selon les propos de la ministre rapportés par Le Point. L’objectif affiché : faciliter l’accès à la formation pour tous. 

François Galinou, président d’ICPF & PSI, un organisme de certification des professionnels de la formation et du conseil, se dit « très satisfait ». « C’est cohérent par rapport aux annonces, et nous sommes rassurés car cela tient compte de ce que nous constatons sur le terrain. »

Le compte personnel de formation (CPF)

Si le compte personnel de formation (CPF) existe depuis 2015, le ministère souhaite en simplifier l’accès. « Aujourd’hui, quelqu’un qui souhaite activer son CPF doit attendre des semaines avant de recevoir une réponses partielle », a remarqué François Galinou. Pour lui, réduire les intermédiaires va rendre les démarches plus simples et plus motivantes pour le travailleur.

Malgré un désaccord des syndicats et du patronat, Muriel Pénicaud a annoncé que le compte personnel de formation sera désormais crédité en euros, et non plus en heures. Les salariés en CDI auront droit à 500 euros par an (jusqu’à 5 000 euros sur dix ans), et 800 euros pour les personnes peu qualifiées. Pour les CDD, le calcul sera au prorata temporis. Syndicats et patronat s’étaient accordés sur un total de 35 heures de formation qui se transforment donc en 500 euros par salarié pour harmoniser les formations proposées. 

Contrôler les organismes de formation

Pour l’expert, le fait de créditer de l’argent plutôt que des heures provoque un risque de fraude. « Mais elle est marginale. Le principal problème se situe du côté du manque de qualité des formations ». Selon François Galinou, plus importantes que les annonces sur le CPF, sont celles sur la certification qualité. « Tous les organismes devront être certifiés qualité. A partir du moment où la qualité est reconnue, les entreprises vont suivre. »

France Compétences, une agence de régulation va être créée avec pour mission de réguler les prix et de veiller à la qualité des offres qui ne pourront recevoir de financement sans cette certification. « Le certificateur aura la charge de contrôler et certifier. » Une certification payante qui, selon François Galinou, va écarter de fait les organismes qui ne proposaient des formations que pour capter des fonds publics. L’exigence va permettre de faire disparaître ces structures. En revanche, « si la certification est trop onéreuse, les formateurs indépendants ne pourront la payer », averti François Galinou.

La collecte des cotisation sera effectuée par l’Urssaf, une mission jusqu’à présent dévolue aux Organismes paritaires collecteurs agréés (Opca), largement critiqués dans les années 2000 pour leur manque de transparence, leur nombre avait été réduit lors d’une précédente réforme en 2009. 

La création d’une application

Toujours dans cette idée de simplification, Muriel Pénicaud compte proposer dès 2019 une application sur laquelle les titulaires du CPF pourront directement choisir leur formation et la payer directement en ligne. « Je suis dubitatif car il ne me semble pas que ce soit l’urgence du moment. Il y a deux illusions aujourd’hui : les français ne se lèvent pas chaque matin en se disant « je vais me former ». De plus, depuis vingt ans, la formation décroit en chiffre d’affaires », ajoute François Galinou pour montrer que même si les salariés ont envie de suivre une formation, ils ne le font pas forcément.

« Le salarié ou le demandeur d’emploi a besoin d’un mentor, d’un formateur qui l’accompagne », ajoute le président de l’IPCF, selon lequel la personnalisation est la clé d’un système de formation qui fonctionne.