On les croit zappeurs, indomptables, collés à leurs smartphone. Les jeunes des générations Y et Z arrivent en entreprise et déstabilisent leurs aînés. Jobteaser – la plate-forme de mise en relation entre les grandes écoles ou universités, les talents et les entreprises – a réalisé une étude pour faire tomber quelques clichés, mais aussi pour présenter aux entreprises ce que les jeunes actifs attendent d’elles.

« Ce que veulent les jeunes talents. » Pour une fois, on ne se demande pas comment manager ou recruter la génération Z, mais comment ces jeunes nés après 1995 envisagent-ils leur entrée et leurs premiers pas dans la vie active. Ce que veulent les jeunes talents, c’est une étude menée auprès des principaux intéressés par Jobteaser, une plate-forme de mise en relation entre les futures recrues, les établissements d’études supérieures et les entreprises.


« La nouvelle génération est au cœur des enjeux de recrutement des entreprises », introduit l’étude en rappelant que ces Z sont à la fois perçus comme paresseux, et comme engagés, en quête de sens. Contradictoire ? « Nous avons réalisé cette étude car nous avions l’impression que les clichés sur les Z sont nombreux, or, nous sommes au service de ces jeunes et nous voulions aider les entreprises à mieux les comprendre », résume Adrien Ledoux, cofondateur de Jobteaser.  

Grande entreprise vs start-up et PME


Résultat, les grandes entreprises ont toujours le vent en poupe. Sur les 1368 répondants, âgées de 18 à 35 (dont 78% d’étudiants), 59% souhaitent débuter leur carrière dans une grande entreprise. 34%  veulent commencer avec un poste dans une petite structure, soit une start-up (13%) ou une PME (21%). Et 4% se disent même prêts à passer le pas de l’entrepreneuriat.

Surprenant, les étudiants en école de commerce, que l’on pourrait imaginer plus portés vers les start-up ou l’entrepreneuriat sont 65% à vouloir débuter dans une grande entreprise, contre 57% pour les étudiants en écoles d’ingénieurs, et 54% pour les étudiants d’université. Même surprise pour l’entrepreneuriat, les étudiants en école de commerce ou d’ingénieur sont 4% à vouloir se lancer, ils sont 8% chez les étudiants d’universités.

@Jobteaser

 

Choix

C’est précisément confronté à ce choix, où travailler après ses études, qu’Adrien Ledoux a décidé de lancer Jobteaser. Embauché dans une boîte de consulting après un stage, l’alors jeune diplômé de l’ESSEC a l’impression de découvrir son métier une fois en poste. « Après des stages chez L’Oréal et BNP, je faisais ce choix du consulting, parce que prestigieux et pour ne pas me fermer de portes. Mon associé, sorti de Polytechnique, n’avait jamais mis un pied dans une usine », indique-t-il aujourd’hui.

Jobteaser est ainsi né avec l’idée de présenter aux futurs jeunes actifs, les entreprises et leurs métiers. « Nous avons pour mission de préparer la nouvelle génération à révéler son potentiel, à s’accomplir. » En 2008, le site propose donc des vidéos de présentations des métiers, des entreprises et du quotidien des collaborateurs. Ainsi que des offres d’emplois.

A partir de 2013, l’ESSEC veut faire passer leur site carrière par Jobteaser. C’est ainsi que Jobteaser s’est retrouvé à créer les sites carrières des grandes écoles et des universités. Aujourd’hui, 5 000 entreprises diffusent leurs offres d’emplois à 350 grandes écoles et universités et touchent potentiellement 700 000 étudiants.

Le modèle économique est simple. Jobteaser équipe les établissements gratuitement, de leur côté, les entreprises payent pour voir leurs offres diffusées, mais aussi pour présenter l’entreprise, les métiers et les collaborateurs dans des vidéos, et les étudiants y ont accès gratuitement également. Judicieux quand on sait que les Z apprécient de plus en plus le format vidéos

Guerre des talents

« Nous sommes dans un contexte de guerre des talents », indique Adrien Ledoux. « Même les groupes les plus attractifs ont du mal à recruter. Nous voulons devenir le Linkedin des jeunes talents. »

Déjà présent dans 13 pays, Jobteaser veut, grâce à ses données récoltées sur les offres et les demandes, permettre aux universités et écoles d’anticiper les besoins des entreprises et adapter les formations. Objectif : que l’enseignement soit désormais plus en lien avec le monde du travail.

Jobteaser assure que l’entreprise est déjà rentable en France, leur levée de fonds leur permettant de dupliquer le modèle à l’étranger. En attendant, l’entreprise réalise régulièrement des études pour asseoir sa pertinence auprès des entreprises. 

« La génération Z n’a pas les mêmes attentes et a plus de moyens d’expression. Ils apprécient de plus en plus les petites structures car ils veulent rapidement avoir un impact, si c’est trop lent, ils changent de boulot. » En effet, selon l’étude, 65% des jeunes actifs pensent changer d’entreprise dans les deux ans, un pourcentage qui grimpe à 75% pour les jeunes travaillant dans de grandes structures, contre 54% pour ceux en poste dans une petite structure. Et ils ne comptent pas bouger pour les mêmes raisons : les actifs de petites structures veulent partir pour avoir plus de moyens, quand ceux des grandes veulent des missions plus variées.

Pour accompagner les entreprises à garder ces jeunes talents, Jobteaser formule quelques recommandations : osez la flexibilité, accompagnez l’évolution professionnelle, proposez plus d’autonomie et de transparence, etc. « Les entreprises sont déboussolées car les jeunes considèrent que la relation entre eux et l’entreprise, c’est du donnant-donnant. C’est un nouveau rapport que les entreprises ont du mal à comprendre. »

Adrien Ledoux