La culture d’entreprise, cet ensemble de règles écrites et non écrites, est définie par ses fondateurs. Ces derniers impriment inconsciemment des valeurs et principes qui leur survivent. Parfois pour le meilleur. Parfois pour le pire. Les plus éclairés  mettent un point d’honneur à façonner cette culture. Ce faisant, il refusent de la laisser s’édifier au hasard où par émanation progressive du style des dirigeants. Un grand nombre d’entre eux en sous-estiment toujours l’importance, et une histoire de prison les fera peut-être changer d’avis.  

 


Les contes de Perrault. Ceux des Mille et Une Nuits. La mythologie grecque et celle des Niebelungen. Textes fondateurs et intemporels qui ont enchanté et terrifié des générations entières. Du berceau au tombeau. De l’Antiquité aux Temps Modernes. Livrant morale et leçons de vie plus efficacement que tous les discours entendus à l’école. Que tous les sermons essuyés à la maison. Parce que seule une histoire bien racontée nous remue les tripes. Stimule nos émotions. Et nous pousse à mettre en pratique ce qui finit d’ordinaire au cimetière des bonnes intentions.

Ben Horowitz, fondateur du fonds d’investissement Andreesen Horowitz, l’a bien compris. Pour convaincre les start-up de l’importance de la culture d’entreprise, il leur raconte toujours l’histoire de Senghor. Pas le poète et génial inventeur de la négritude. Shaka Senghor, un chef de gang incarcéré 19 ans pour un meurtre commis en 1991. Dans une récente biographie, Senghor raconte son premier jour de prison. C’est l’heure de la promenade, et dix minute ont suffi pour assister à l’assassinat glaçant d’un de ses codétenus. Le métal d’une pointe enfoncée dans la jugulaire et balancé au sol juste après. Le tueur était calme. Comme s’il avait fait ça toute sa vie. Calme au point d’avaler un sandwich pendant que les matons faisaient le ménage.

Senghor s’est immédiatement posé la question : « pourrais-je faire pareil pour survivre ici ? Parce qu’il est évident que j’aurai à le faire si je veux rester en vie. »

L’analogie est frappante avec le premier jour d’un nouveau job. « Que dois-je faire pour survivre ici ? Pour y réussir ? » Si les dirigeants ne prennent pas la peine d’expliquer la culture d’entreprise dès le premier jour, et de la renforcer à chaque décision, chaque message, alors on risque de répéter les erreurs d’un Uber. La culture toxique du résultat et la politique au détriment de l’éthique. Quel signal envoie-t-on quand un manager est promu après s’être s’approprié le travail d’une équipe sans leur rendre hommage ? L’ensemble des règles écrites et non-écrites, qui constituent la culture d’entreprise, doivent être comprises dès le premier jour. Et répétées comme une prière tous les suivants.

Et s’éviter plus tard d’inutiles bains de sang.

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