Quand la start-up Younited Credit (anciennement Prêt-d’union) a approché le seuil des 50 salariés, elle a décidé d’embaucher une RH. A partir de 100, l’entreprise en pleine croissance a structuré une équipe ressources humaines pour gérer les recrutements. Mais aussi pour inscrire noir sur blanc les valeurs de l’entreprise. Ce qui peut paraître accessoire, permet de structurer le recrutement et faciliter l’intégration des nouveaux. Aujourd’hui, la désormais “scale-up” de 230 salariés (et qui pourvoit une trentaine de poste cette année), a mis en place un accompagnement des managers. Car dans la « start-up nation », certains jeunes diplômés ont été propulsés manager et n’étaient pas toujours armés ou adaptés pour ce rôle. Start-up, ne négligez pas la fonction RH, c’est le mot d’ordre de Younited Credit.

Le passage de la start-up à la scale-up se joue sur le plan de la croissance. Croissance des clients, du chiffre d’affaires, du montant des levées de fonds, mais aussi croissance – et parfois explosion – du nombre de salariés. Arrivée il y a quatre ans chez Younited Credit (alors Prêt-d’union), comme cheffe des ressources humaines, Marine Crovella était surtout le couteau-suisse de l’entreprise. Après avoir effectué en urgence 50 à 70 recrutements par an en création de postes, en même temps que la gestion des payes et des besoins du quotidien, elle est aujourd’hui à la tête d’une équipe RH.


Si elle délègue désormais un peu la fonction recrutement, son rôle est de faire en sorte que les « talents » restent dans l’entreprise et s’y sentent bien. C’est en dépassant le cap des 100 employés, que la désormais scale-up de 230 salariés – actuellement en train de recruter 30 nouvelles personnes – a décidé d’avoir une vraie stratégie de ressources humaines, du recrutement, jusqu’à l’accompagnement au quotidien des managers, et cela passe par l’inscription noir sur blanc des valeurs de l’entreprise, mais aussi la création de parcours d’entretiens.  

Marine Crovella a un parcours de start-up, rapide. Après avoir étudié à Skema en Master stratégie RH, effectué une partie de son cursus en Chine et aux Etats-Unis, et tous ses stages en finance chez Euronext et Axa, elle débute sa carrière par la gestion d’un plan de départ volontaire. Elle a 24 ans. « J’aidais aux reconversions, mais je me suis rapidement rendue compte que je ne souhaitais pas faire carrière dans le licenciement. Humainement c’est très difficile », explique-t-elle dans un débit de cascade. Elle est alors « chassée » pour développer de A à Z le service RH d’une start-up. « J’ai immédiatement été séduite l’esprit entrepreneurial. »

50 à 70 embauches par an

La voilà donc à 25 ans chargée de recruter 50 à 70 personnes par an pour accompagner la croissance de l’entreprise. « Quand je suis arrivée chez Younited Credit, nous étions 44, nous sommes aujourd’hui 230. » Et elle recrute aussi dans son service, une première personne pour gérer les fiches de paye, une deuxième pour l’épauler dans le recrutement.

« A partir de 100 salariés, nous nous sommes dit que nous ne pouvions plus nous reposer sur la personnalité des fondateurs pour recruter », souligne la jeune femme aujourd’hui âgée de 29 ans. Dès 2015-2016, la start-up inscrit ses valeurs noir sur blanc. Gadget ? Pas tant que cela, explique la RH. « Nous avons fait participer les premiers salariés à leur rédaction pour que les nouveaux puissent immédiatement comprendre où ils atterrissent. »

Leur « ADN commun », la simplicité, l’ambition. « Inovate or die ; act as an entrepreneur ; faster is better », énumère Marine Crovella, toujours aussi vite. Ces « valeurs », que l’on retrouve à quelque chose près dans de nombreuses start-up, sont ici utilisées dans le processus de recrutement.

Accompagner les néo managers

Plus originale a été la prise de conscience qu’un problème était en train de naître au sein des équipes. « L’entreprise a grossi très vite et nous avions de très jeunes managers. C’était mon cas », indique la RH. « L’an passé, nous avons été confronté à un turn over plus élevé que la normale. »

Marine Crovella met en place des enquêtes de satisfaction, un baromètre mensuel, des évaluations 360… Elle se rend compte que le problème vient du management. « Les managers ne développaient pas assez les compétences de leur équipe, ils ne donnaient pas assez de feedback. Les salariés avaient l’impression d’être de simple exécutants et se faisaient débaucher par d’autres entreprises. »

La jeune femme en est désormais persuadée, il ne faut pas supprimer le « middle management ». Au contraire, « il faut le valoriser et le structurer ». En partant des évaluations des salariés, elle constate qu’ils souhaitent avoir plus d’autonomie, plus de responsabilités, et la possibilité de développer leurs compétences. La start-up met alors en place des ateliers de managers une fois par mois. Les thématiques sont variés, du management de base à des techniques pour donner des feedbacks réguliers, pratiquer la bienveillance, effectuer un entretien annuel…

Cette année, une charte du manager a même été rédigée durant ces ateliers. Dix commandements à garder à l’esprit tels que « communiquer clairement » (le compte rendu du comex est partagé à l’ensemble des salariés), « mettre en place des rituels », « ne pas avoir peur de recruter meilleur que soi »… « Le bon manager n’est pas forcément le meilleur technicien or, les entreprises ont souvent tendance à mettre le meilleur au poste de chef. » Younited Credit a même été confronté au cas d’un chef d’équipe qui a demandé à être rétrogradé.

Aider les salariés à grandir

« L’erreur est de croire que parce que l’entreprise grandit, les salariés grandissent avec. Le rôle de l’entreprise est au contraire d’aider les salariés à grandir », indique Marine Crovella. Pour cela, des « entretiens de talents » ont été mis en place. L’idée est de connaître les aspirations des salariés à deux mois, six mois et un an ou deux pour les accompagner dans leur évolution de carrière.

« C’est une fenêtre d’échange pour que les salariés disent à quelqu’un de neutre, la RH, ce qu’ils ont envie de faire. » Aujourd’hui installée dans plusieurs pays, Younited Credit fait venir les managers basés à l’étranger pour leur inculquer les valeurs, l’esprit de l’entreprise. Aussi pour permettre la mobilité internationale.

Dernière nouveauté RH, une task force RSE pour mettre en place des actions qui ont du sens. Younited Credit, qui permet de contracter des prêts, permet ainsi à ses salariés de s’engager auprès d’associations qui luttent contre le surendettement. La boucle est bouclée.