La maladie de l’épuisement au travail, le burn out  continue de faire des victimes dans l’entreprise. Selon l’institut de veille sanitaire, 30.000 personnes seraient touchées, et 3 millions selon le Cabinet Technologia,  spécialisé dans la prévention des risques professionnels. Burn out par-ci, burn out par-là, elle court elle court, la maladie du siècle… Quelle maladie ? Une maladie orpheline, sans nom , sans définition clinique, une pathologie à ce jour non reconnue, qui ne figure ni dans  le DSM, ni au panthéon des maladies professionnelles, mais qui devient la réalité de bon nombre de contributeurs de l’entreprise.

 

L’exigence grandissante d’un monde brutal, les leitmotiv Corporate qui se repaissent de rentabilité et de productivité,  la pression toujours plus insidieuse du monde des affaires, augmentent les phénomènes de souffrance au travail qui, dans un nombre de cas exponentiels, se soldent par un  burn-out. Voyons ce qui caractérise ce phénomène et pointons les comportements à adopter pour éviter de nous faire « burn-outer ».

Très émouvant témoignage de Jean, Chef de Projet, sur son burn-out dévastateur et rédempteur

« Il y a quelque chose d’insidieux, je bossais très dur, je ne me plaignais jamais, mon manager fonctionnait à l’affectif, j’étais dans une forme d’esclavage, je ne dormais plus, il y avait une perte d’appétit, je prenais jusqu’à 15 cafés par jour pour répondre aux différents stress, je n’étais plus. C’est le corps qui lâche en premier : un jour j’ai soulevé un carton et je n’ai plus eu la force physique de le faire. J’ai craqué et je me suis dit : plus jamais cette personne ne me fera du mal. J’ai voulu soigner cela moi-même et suis parti me ressourcer chez mes parents, mais la brèche était énorme. Je continuais d’avoir des angoisses, des ruminations et je n’arrivais pas à comprendre comment j’en étais arrivé là. Cinq mois plus tard j’ai dû me faire hospitaliser. J’ai essayé de faire face, de m’accrocher au point d’oublier qui je suis. J’étais devenu un automate, j’étais complètement perdu. Je faisais des rêves où je remettais en place des plaques de béton qui glissaient et auxquelles je m’accrochais, elles retombaient et je tentais de les remonter… Le mythe de Sisyphe.

Je me culpabilisais en me disant que je ne pouvais pas m’arrêter. J’ai encaissé, encaissé, je n’arrivais pas à dire clairement les choses. J’ai compris qu’il fallait lâcher prise et que je devais me laisser glisser avec la plaque. J’ai commencé la méditation et ça c’est une révolution pour moi car j’ai pris conscience que j’avais oublié mon corps. Toute ma vie est en train de changer, avant je n’arrivais pas à imaginer l’avenir, aujourd’hui je veux reprendre des études et me former en MBSR (mindfullness based stress reduction). C’est une bénédiction, avec ce qui vient de m’arriver, tout devient évident. »

Ainsi le rapport au travail a changé et n’en finit pas de se transformer,  précipitant certains dans un état qui n’a rien à voir avec la dépression mais qui s’apparente à un épuisement physique, moral et psychologique, voir à une hébétude ou à une sidération. Le  burn out ressemble à une souffrance sourde aux milles visages qui s’abat sur vous sans crier gare et vous carbonise.

Existe-t-il un portrait robot du « Burn-outé » ?

Ce sont les mêmes typologies de personnalités qui sont frappées. Annabelle Péclard, psychologue du travail FSP à Lausanne  souligne que : « C’est la maladie des motivés, des personnes engagées, indépendantes, rigoureuses, combatives.  » Elle nous dit aussi : « Que ce sont des gens qui n’ont pas appris à s’écouter mais à redoubler d’efforts quand quelque chose ne va pas. » Ainsi les perfectionnistes et les battants seraient les premiers touchés. Pourquoi ? À cause de leur rigueur plus, plus, plus, du rythme effréné qu’ils s’imposent sans ménagement,  de leur volonté indéfectible de correspondre à un idéal du Moi sur-dimensionné et de satisfaire en permanence un besoin de reconnaissance. Ils se mettent une pression hallucinante pour atteindre leurs ambitieux desseins, ou s’aligner sur des valeurs fortes, jusqu’à être littéralement consumés de l’intérieur par leur interminable quête, ne pouvant que susciter un sentiment d’insuffisance, de fatigue et de mal-être profond. Victimes de leur système de croyances : « Il faut travailler dur pour réussir… » ils se dépasseront jusqu’à l’épuisement total.

Quand  ce mal est-il apparu ?

En 1969, Harold. B Bradley est la première personne à parler d’un stress particulier lié au travail ; le burn-out , puis en 1974, c’est au tour du psychanalyste américain Herbert J. Freudenberger d’épingler ce mal-être et cette brûlure interne.  Au fil du temps, le surmenage intellectuel a pris le pas sur le surmenage physique du siècle dernier. Aujourd’hui, autres temps, autres moeurs, les poly sollicitations imposées au cerveau, alliées à l’obsession de performer et de correspondre en tous points aux canons édictés par la société, atteignent profondément le psychisme. 

 Quels sont les facteurs déclenchant ? 

Les causes sont majoritairement environnementales et exogènes : l’instantanéité, le manque de ressources, de temps et de moyens, les ordres contradictoires, les conflits de valeurs, l’absence de vision, le management défaillant, malveillant ou par la terreur, les managers pervers et le harcèlement… Mais nous pouvons ajouter la montée de l’individualisme, les mutations de la relation aux autres, et la déshumanisation progressive qui s’invite sous l’impulsion de la numérisation et de la robotisation. Autant d’éléments qui nous prennent la tête et finissent par mettre à mal nos capacités cognitives et notre système émotionnel. Ce qui se joue se déroule sous l’égide d’une compétition féroce, attisée par la comparaison et l’étalonnage systématique à ce qui fait office de normes : une quête toujours plus forte de puissance, de pouvoir et d’argent.

Qu’est-ce qui se joue réellement dans le burn-out ? 

« Les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. » 1980, Burn Out, Herbert J. Freudenberger. Carbonisation physique ou psychique, implosion de l’être tout entier,  comme si la seule alternative était de couper court à tout. Et si le burn-out était le seul moyen que le corps et l’esprit trouvent pour dire : « Pouces, je n’en peux plus, je ne cesse de vous envoyer des signaux et vous n’en n’avez cure !  » Cet aveux d’impuissance se traduit par une injonction à nous mettre hors circuit pour éviter le pire. L’homéostasie, une fois encore, est bonne conseillère : « Quand je me sens en danger, je sais implicitement ce qui est bon pour moi et je prends conscience que l’unique moyen de stopper mon mal-être est de provoquer un court-circuit interne qui seul me délivrera de la souffrance indicible qui me dévaste. » On pourrait considérer que le burn-out est une ultime défense, un dernier rempart.

Quels sont les signes avant-coureurs du burn-out ?

Avant la décompensation  et l’effondrement généralisé les signaux sont nombreux. Vous vous sentez  démunis face à une surcharge de travail, découragés, au bout de votre vie, abattus, avec des pertes de mémoire, des douleurs, des raidissements, une fatigue extrême que rien ne répare,  des difficultés de concentration, des troubles du sommeil et de l’alimentation, une perte d’efficacité…  La réponse à ces dérèglements se solde  par un surinvestissement, une perte d’estime de soi, un sentiment d’insuffisance, un manque de reconnaissance  qui vous projette dans un cercle vicieux dont vous ne sortez pas indemne.  À bout de force, vous rentrez dans une logique de pression qui impacte votre vie toute entière, vous ne parvenez plus à gérer vos émotions, vous êtes dans un état de fragilité extrême : nervosité, crises de larmes, sautes d’humeur, et vos ressources psychiques sont aux abonnés absents ; c’est l’épuisement total.

 

Les moyens pour échapper au burn-out 

# Appréhender les vertus de l’échec

Car l’échec nous apprend plus sur ce que nous sommes que l’ivresse de la réussite. 

# Travailler sa confiance en soi

Car ne pas connaître ses contours, ses limites, c’est s’exposer à des violences, et permettre des abus et des atteintes à son intégrité.

# Accepter de ne plus être parfait

Se dire que les gens parfaits sont désespérément ennuyeux, se donner le droit à l’erreur et stopper radio critique pour un regard bienveillant et indulgent sur soi.

# Apprendre à exprimer ses besoins

Car en exprimant ses besoins dans une communication authentique, on se donne toutes les chances de les satisfaire, et l’on évite les débordements émotionnels provoqués par le mutisme et l’incompréhension.

# Poser ses limites

Car c’est en apprenant à dire non  que l’on se définit et que l’on exprime sa singularité. S’affirmer pour dire stop. S’appuyer sur sa sécurité intérieure et oser marquer sa différence.

# Mettre son cerveau sur pause

Stopper sa machine à penser qui ne fait que générer insatisfaction et frustration.

# Se reconnecter à soi

Porter attention à ce que dit son corps en l’écoutant, travailler son acuité attentionnelle avec la méditation de pleine conscience pour se retrouver et créer une intimité avec soi.

# Lever l’omerta du management pervers 

Dénoncer les abus, délier sa parole et sortir du non-dit mortifère.

# Savoir demander de l’aide

 Consulter des spécialistes de la souffrance au travail, se faire suivre psychologiquement.

 

 

Face au monde qui vient, « Ami, ne sois pas perfectionniste, car le perfectionnisme est une malédiction qui t’épuisera. » Perls