Les évolutions des cours des deux sociétés sont édifiantes. En trois ans, le cours d’Amazon a triplé. Celui de Carrefour à quand à lui perdu plus de 33%. L’actualité de la semaine donne à réfléchir concernant le distributeur français : l’annonce de résultats en berne et en tout cas moins bons qu’attendus ont littéralement plombé le titre qui a baissé de 15% sur les deux dernières séances de marché.

Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur la relation entre cette évolution et la progression, qui semble sans limite, du géant américain. Certes, Amazon et Carrefour ne semblent pas directement en concurrence. Mais pourtant, il serait difficile de dire qu’il n’y a pas de lien.

 

L’impact fragilisant de l’envolée d’Amazon sur Carrefour 
Il suffit de constater que depuis qu’Amazon a annoncé l’achat des magasins « Whole Foods » pour une quinzaine de Milliards de Dollars, le cours de Carrefour a subi un recul par rapport au CAC de 26% ! L’irruption d’Amazon dans la vente de produits frais via Whole Foods a été un véritable coup de tonnerre pour l’ensemble du secteur de la distribution.Comme nous l’avons vu en début d’article, Carrefour a lourdement pesé sur les titres de l’ensemble du secteur de la distribution dans le monde. Beaucoup craignent en effet une guerre des prix généralisée. Effectivement, d’ailleurs, Amazon a d’ores et déjà fait valser les étiquettes chez Whole Foods !
Bien sûr pour le moment, Amazon n’est pas présent en France via des magasins « en dur ». Mais Carrefour, malgré un chiffre d’affaires en hausse, souffre déjà d’une guerre des prix terrible qui pèse sur ses marges.

Le risque de voir Amazon poursuivre son développement en France serait donc particulièrement redoutable pour les plus fragiles…comme Carrefour.

L’annonce des résultats la semaine dernière l’a démontré : malgré sa diversification internationale, Carrefour n’est pas à l’abri de l’arrivée d’un nouvel et ambitieux concurrent.

 

S’allier pour mieux résister 
Tout le secteur cherche la parade pour lutter contre l’hégémonisme d’Amazon : Walmart, premier distributeur aux Etats-Unis, qui a beaucoup souffert d’Amazon ces dernières années, a décidé de s’allier avec Google pour enrichir son offre Internet et contrer Amazon… Plus près de nous, Galeries Lafayette a acheté La Redoute, là aussi pour se positionner sur la vente en ligne… Dans les deux cas, ces réponses défensives devront démontrer leur capacité à reprendre des parts de marchés. Cela ne sera pas facile car le rouleau compresseur Amazon est lancé.

 

Carrefour : un plan de transformation annoncé fin 2017
Carrefour, par la voix de son nouveau patron, Alexandre Bompard, a annoncé la mise en oeuvre d’un plan de transformation qui sera présenté au marché d’ici à la fin de l’année 2017. Le déploiement de « l’omnicanal »devra permettre à groupe de distribution français de réenclencher une dynamique positive.

 

Le coup de maître à la Fnac attendu chez Carrefour

Même si la taille des deux entreprises n’est pas comparable, Alexandre Bompard a déjà fait ses preuves avec la FNAC. Le redressement, à tout point de vue de l’enseigne de produits culturels et électroniques avait été mené à bien sous sa gouvernance. 

Le cours de bourse de l’enseigne culturelle s’est en effet vivement repris, traduisant sa réussite en termes de croissance, de résultats et de perspectives.La bonne tenue d’un titre en bourse est déterminante pour assurer l’indépendance et donner du temps au management pour mettre en œuvre posément sa stratégie.

 

Carrefour sous pression pour garder son indépendance
Dans le cas de Carrefour, le temps pour son président est compté : le titre de l’enseigne est sous pression… à 16.6€. L’entreprise vaut 13.1 Milliards en bourse ! À ce prix-là, si les plans de redressement tardent à porter leur fruit, une entreprise comme Amazon, d’une valeur de 470 Milliards de $, dont le cours de l’action était de 979 $ vendredi, pourrait très facilement acheter Carrefour à l’image de ce qu’elle a fait pour Whole Foods et prendre ainsi un pied en bourse.

Sur les niveaux actuels, le titre est un pari spéculatif potentiellement intéressant… Soit le PDG de Carrefour réussi la restructuration, soit un prédateur rachète l’entreprise pour un montant non négligeable dans l’absolu mais relativement faible compte tenu des moyens colossaux dont des entreprises comme Amazon dispose !

Amazon n’a donc pas tué Carrefour mais pourrait facilement l’acquérir si la transformation promise par Alexandre Bompard tarde à porter ses fruits.