Partant du constat que dans l’hôtellerie et la restauration l’offre et la demande ne se rencontrent pas favorablement, avec des métiers encore trop associés à la précarité, le manque de valorisation et de fidélisation, Florent Malbranche, cofondateur (avec Jean Lebrument) et CEO de Brigad, a lancé la première plateforme de mise en relation construite spécifiquement pour les indépendants de ce secteur. Son escouade digitale s’occupe de tout : matching, assurance, paiement, contrat. L’objectif de Brigad est de transformer le recrutement en un écosystème qui valorise les personnes et leurs compétences. Entretien.

 

Comment présenter Brigad ?

F.M : Brigad est une plateforme de mise en relation de l’offre et la demande dans l’hôtellerie et la restauration jusqu’à 2 heures avant le début de la mission. Notre modèle s’est construit autour du constat qu’il est compliqué de recruter sur des  missions où les gens ne restent pas longtemps, parce que ce sont des métiers fatigants, où tu as du mal à construire une carrière avec beaucoup de travail au noir où tu ne touches ni la retraite, ni le chômage.

 

Vous connaissiez le milieu de la restauration ?

F.M : J’étais déjà entrepreneur. Quand j’ai revendu ma dernière boite à M6 (Printic), j’ai investi dans des restaurants, et là, tous les week-ends, ils me demandaient si je pouvais donner un coup de main ! J’ai tapé sur Google « Staff à la demande », pour me rendre compte qu’il n’y avait rien. C’est venu de là : comment créer un écosystème dans lequel l’offre et la demande vont se rencontrer de la manière la plus simple possible. Parce que ce ne sont pas des gens qui ont envie de perdre du temps.

 

 Comment avez-vous résolu cette équation ?

F.M : D’abord avec de nombreux tests. Qu’est-ce qui fonctionnait, ou pas ? Quels besoins ? Comment interagir au mieux avec les utilisateurs ? C’est de là que nous avons imaginé le système de SMS sur notre première plateforme en ligne. Puis nous avons participé au concours de pitch organisé par Uber avec la formule définitive : du staff à la demande en quelques secondes, que l’on garantit. La gestion de la partie contractuelle (paiement, assurance…) où le restaurateur n’a qu’à se concentrer sur sa demande : il n’a même plus à chercher la personne qui va travailler avec lui. On a gagné et lorsque j’ai rencontré Travis Kalanick, qui à l’époque était encore CEO d’Uber, il nous a demandé pourquoi on ne l’avait pas encore réalisé !

 

N’y a t-il pas des accointances avec le modèle d’Uber ?

F.M : Techniquement oui, cela reste une plateforme avec deux audiences qui se rencontrent, mais dans l’approche on a des valeurs qui sont très différentes. En montant ma nouvelle boîte je savais que je voulais avoir un impact un peu plus fort sur la vie des gens. Nous avons un rôle social important avec parmi les 3 500 inscrits 400 qui travaillent tous les jours. On veut démontrer que le CDI n’est pas tout, Il y a quelque chose de plus flexible, qui n’est pas du tout incompatible avec la construction d’une vie, avoir une mutuelle, avoir accès au prêt, tout cela on le fait. On a un partenariat avec une mutuelle Alan. Dès que la personne travaille régulièrement avec nous, nous remboursons la mutuelle. C’est incitatif pour la personne.

 

Et cette garantie, que deux personnes qui ne se connaissent pas, arriveront à travailler ensemble, comment la construisez-vous ?

F.M : Par des process approfondis de qualification des travailleurs. Ils passent à travers des filtres qui nous assurent qu’ils sont compétents. On les appelle tous, on vérifie les expériences chez les précédents employeurs, et on les fait venir dans nos bureaux pour un « onboarding ». Enfin on a un système de notation des missions. C’était une grosse inquiétude de savoir si cela pouvait fonctionner, et en quelques mois on a prouvé que l’adhésion était là des deux côtés.

 

« Nous avons créé une relation très forte avec les utilisateurs. Et si nous ne sommes pas sûrs que cela fonctionne, on ne staffe pas la mission. »

 

Vous n’avez pas de concurrents en France ?

F.M : Si, après le concours de pitch que nous avons gagné, une armada de concurrents s’est lancée. Il faut être rapide mais surtout solide.

L’année de test au préalable nous a beaucoup servi, et le deuxième point, c’est que l’on place nos utilisateurs, à savoir les travailleurs et les établissements, au cœur de ce qu’on fait. Nous avons créé une relation très forte avec les utilisateurs. Et si nous ne sommes pas sûrs que cela fonctionne, on ne staffe pas la mission.  C’était notre challenge de ne pas envoyer des personnes sur des missions qui ne leur correspondent pas, quitte à n’envoyer personne. Et cela nous a permis de fidéliser les clients.

 

Brigad dans deux ans ?

F.M : Aller dans d’autres secteurs concernés par ce problème de recrutement : le retail, c’est l’éducation, la santé, la construction où nous souhaiterions améliorer la flexibilisation du travail et faire en sorte que l’adéquation entre l’offre et la demande se passe le mieux possible, dans des conditions les plus saines possibles.

 

Quel est le modèle économique ?

F.M : L’offre publie sa demande sur la plateforme, le prix s’affiche, ils valident. Une fois que la mission a lieu, l’argent est reversé au Brigader moins la commission que nous prenons. Très simple. Brigad génère aujourd’hui près d’un million d’euros de chiffre d’affaire par mois, et nous comptons nous développer en Europe.