LES ENCHANTEURS
Toute la science et le savoir faire de ce duo passé maitre dans l’art de créer des intérieurs, provient de leurs moments perdus. Le temps suspendu à l’émotion esthétique, la fulgurance de ces ressentis fugaces que l’on voudrait retenir comme des moments de grâce à jamais inscrits dans la mémoire forment la matière première de leur travail, le sel de leur démarche.

L’émotion qu’ils cherchent à créer, le ressenti de bien-être immédiat, d’onctueuse relaxation sont comme des petits cailloux qu’ils ont trouvés sur le chemin, au fil de leurs voyages, précieusement conservés dans leur catalogue idéal d’instants rares, en prévision du jour où ils les sèmeraient à nouveau comme points cardinaux de leurs projets d’architecture, par touches sensuelles. Parce que Nicolas Adnet et Marc Hertrich, plus que des architectes du bâti, sont des architectes de l’émotion, des architectes de l’Intérieur.

Alors que rien ne semblait pouvoir réunir les deux hommes venus d’horizons différents – Marc Hertrich, né dans une dynastie d’ébénistes alsaciens à Epfig, inspiré par un grand-père à la riche personnalité, a fait les Beaux-Arts de Strasbourg, l’Ecole Boulle à Paris, section architecture intérieure, puis ses classes auprès de Michel Boyer et son premier chantier au prestigieux palace Richemond à Genève, tandis que Nicolas Adnet, autodidacte et tout aussi esthète, a passé douze ans au sein de la maison Lanvin, de la création à la direction financière – les deux, unis à travers leur goût commun pour le beau et le raffinement, se situaient sur la même longueur d’onde chromatique : le violet. L’un a un talent inouï pour le trait, l’aquarelle, la sculpture, l’autre aime les mots. Le duo s’exprime d’une même voix.


Utilisée comme un landmark, en confrontation avec la nature, ou au contraire en camaïeu avec l’environnement extérieur, « la couleur doit donner du relief à l’architecture intérieure » dit Nicolas Adnet. L’écriture, le dessin, le voyage sont très importants dans leur processus créatif. « Tout commence par une immersion dans le pays. Nous recherchons les légendes, les histoires, nous explorons la culture, parfois résumée par un personnage, un trait de caractère, une émotion. Nous tissons une histoire autour de l’émotion, cherchons les mots, dans les livres, dans nos discussions (« brainstorming »). Le concept tient en deux ou trois mots. Ils contiennent notre baseline. Tant qu’on a pas ça, on ne dessine pas », explique-t-il.

L’émotion ? Elle est autant dans un lever du soleil sur le désert du Namib, que dans une fleur touchée par un rai de lumière, dans un détail de l’architecture que l’on découvre soudain dans son quartier, dans l’anachronisme d’un graph sur un mur parisien avec un jardin communautaire de trottoir. Dans la façon de faire plaisir et d’être avec l’autre…

 

La recherche de l’instant rare est au cœur de leur démarche. Non pas celle d’un contentement que produit un décor à la mode dans un lieu trendy voué à disparaître. Mais plutôt l’expérience d’un lieu intemporel, où l’humain est placé au centre, un raffinement à la Française, un esprit couture, un attachement au beau, à l’intemporel. « On aime la confrontation, la liberté. On a une image très haute couture, très projet unique, justement parce que chaque lieu est unique ». Au fil du temps, les deux créateurs se sont entourés des artisans les plus divers rencontrés au cours de leurs voyages : du souffleur de verre mexicain le plus expérimenté au tailleur de pierre balinais le plus doué, en passant par d’importantes manufactures italiennes, portugaises ou indonésiennes, jusqu’aux prestigieux ateliers de métiers d’art français, permettant de créer du mobilier et des décors sur-mesure. Du souci porté au moindre détail est né la dimension internationale de leur réussite.

Resorts de rêve dans l’Océan Indien, palaces sur la French Riviera, chalets de luxe à la montagne, brasseries parisiennes, maisons de maîtres et Club Med au bout du monde… La satisfaction des clients les plus riches n’a pas altéré leur perception du beau, né de choses simples… «Nous sommes convaincus que le beau n’est pas forcément le rare, ni synonyme de chose chère. Il se loge autant dans un poisson servi dans une feuille de banane dans certaines parties d’Asie, que dans une porcelaine de Sèvres. Le beau est dans l’art de recevoir. La vie quotidienne est si difficile qu’il nous appartient à tous de la sublimer, quels que soient nos moyens. Le luxe est dans l’instant, le raffinement, une nappe blanche sur une table de jardin pour un dîner de copains. Chaque instant de la vie se construit. Il n’y a rien de plus beau que l’humain ».

A l’occasion des 25 ans du studio MHNA, Marc Herdrich et Nicolas Adnet ont édité un livre en collaboration avec l’architecte et écrivaine Brigitte Fitoussi. L’ouvrage de 336 pages intitulé « Des Univers Inspirés », passe en revue les plus beaux projets jalonnant vingt-cinq ans de carrière dans le design et l’architecture intérieure.
http://studiomhna.com/fr/

 

Texte par Françoise Spiekermeier pour Plume Voyage Magazine

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