La jet-set européenne à le blues. Elle n’a plus les moyens de voyager en jet ! Les départs de jets privés en Europe ont chuté de 3 % cette année, alors qu’ils ont augmenté de 2 % dans le reste du monde. La jet-set britannique est particulièrement touchée par cette tendance, avec 6 % de vols en moins par rapport à l’an passé. À Londres, les départs ont dégringolé de 10 % selon Wingx Advance, un cabinet de recherche et conseil spécialisé dans l’aviation.

« Cela n’annonce rien de bon pour la saison estivale », estime Richard Koe, directeur général de Wingx Advance.


Selon lui, le plus inquiétant concerne le déclin de 15 % des vols en jet privé au départ de Cannes et de Nice au mois de mai 2019. La Côte d’Azur accueille en effet à cette période un duo d’événements à ne rater sous aucun prétexte pour la jet-set : le Festival de Cannes et le Grand Prix de Formule 1 de Monaco.

Après le mois de mai, la jet-set européenne embarque généralement vers les îles Baléares, Ibiza et Majorque. Selon Wingx Advance, chacune de ces deux îles accueille environ un tiers des jets privés en provenance de Cannes. La Sardaigne et la Corse sont également prisées, mais toutes ces îles doivent s’attendre à une fréquentation en baisse cette année, car ces dépenses sont difficiles à justifier, même pour les plus riches.

Gabriella Somerville, directrice générale de ConnectJets, explique : « L’impact environnemental de l’aviation fait désormais la une des journaux, notamment du fait du mouvement social Extinction Rebellion né à Londres, ou encore des pratiques de name and shame, visant à pointer du doigt certains individus ».

En France, les jets privés sont assez mal vus depuis la création du mouvement de protestation des Gilets Jaunes. Le président de la République est surnommé le « président des riches », et même les dons de la part de milliardaires pour reconstruire Notre-Dame ont fait l’objet d’une polémique. La jet-set saoudienne, qui occupe traditionnellement une place importante dans les aéroports européens, a bien compris le message. Nombreux sont ceux qui ont retenu leur avion au sol cette année, de peur de se mettre à dos le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui mène une lutte anticorruption. Mieux vaut donc se faire discret pour conserver sa fortune en Arabie Saoudite.

Penchons-nous maintenant sur les types de jets privés qui manquent à l’appel cette année : ce ne sont pas des avions qui transportent des visiteurs étrangers sur une longue distance. Pour Richard Koe, « Les principales baisses d’activité concernent jusqu’à présent en Europe les appareils de petite et moyenne taille ». En d’autres mots, ce ne sont pas les super-riches qui font défaut, mais les clients plutôt riches qui ne voyageront pas en jet privé cette année. Puisque les jets de taille petite et moyenne ne peuvent normalement pas traverser un continent ou un océan, ce sont forcément les Européens fortunés qui sont responsables de ce déclin.

« Cette tendance suggère que les personnes qui utilisent ces avions, notamment pour des vols charters, sont plus sensibles à l’urgence climatique », estime Richard Koe.

L’Asie, en revanche, semble connaître une croissance considérable. Selon les informations de Shearwater Aero Capital, spécialiste américain du financement de l’aviation d’affaires, pas moins de 30 jets privés (d’une valeur d’environ 1 milliard de dollars) doivent être livrés à Singapour dans les six prochaines années.

Du côté de l’Europe en revanche, la réduction des coûts oblige les utilisateurs de jets privés à se tourner vers des modèles plus respectueux de l’environnement. « Nous avons constaté une forte augmentation de la demande pour les turbopropulseurs ou pour des avions plus économes en carburant. Les engins à turbopropulseur devraient faire leur grand retour dans les années qui suivent, avec une consommation de carburant en moyenne inférieure de 40 % », déclare Gabriella Somerville.

Il y a donc une lueur d’espoir pour les jet-setters européens. En réduisant les dépenses, leurs vacances d’été et voyages d’affaires pourraient bien devenir des actes respectueux de l’environnement.