Sécurité, transparence, authentification… La blockchain est, ces dernières années, annoncée comme le futur du luxe. Une start-up française, GoodsID, s’est lancée dans le service d’authentification des biens de grande valeur via cette technologie.

Le marché du luxe de seconde main représente environ 16 milliards d’euros dans le monde. Par ailleurs, 37% des Français ont déjà acheté un produit contrefait sans le savoir, d’après une étude menée par l’IFOP pour l’Union des fabricants en juin 2018. Dans le textile, et dans le luxe en particulier – et ce pas seulement pour les vêtements -, la question de la traçabilité et de l’authentification des objets est un enjeu majeur. Et si la technologie blockchain, louée pour sa sécurité et sa transparence pouvait être la solution ? C’est le pari de GoodsID. 


Entreprise française fondée en septembre 2017, elle permet aux maisons de luxe d’émettre un certificat digital enregistré dans la blockchain, pour chacun des produits qu’elle fabrique. Ainsi, les marques et les propriétaires successifs se transmettent, tout au long de la vie du bien de valeur, une véritable carte d’identité numérique qui permet d’en prouver l’authenticité mais aussi la propriété, dans le cas d’une revente du produit par exemple. La technologie blockchain sécurise le produit tout en apportant de la transparence sur ce dernier. L’anonymat et le contrôle des données personnelles sont totalement garantis. “Aujourd’hui, quand vous achetez un bien de luxe, vous obtenez un petit bout de papier ou une carte plastifiée, explique Loÿs de la Soudière, cofondateur, de GoodsID. Avec la blockchain, vous vous assurez une authentification, une traçabilité et une sécurisation et ce sans possibilité de falsification, le tout en ligne.”

Combattre la contrefaçon

GoodsID et sa petite équipe de cinq collaborateurs ont entamé la commercialisation de leur solution cette année. Ils ont, pendant plus de deux ans, développé leur technologie grâce à un financement d’un million d’euros obtenu auprès de business angels et de la Banque publique d’investissement (BPI). GoodsID repose sur une technologie particulière de la blockchain, celle développée par la fondation Iota, très utilisée dans le développement et la sécurisation des objets connectés. 

Dans un secteur gangrené par la contrefaçon, la plus-value pour les marques de luxe paraît dantesque : “Ça n’empêchera personne de produire des faux, relève Loÿs de la Soudière. Mais ça évitera aux consommateurs d’en acheter sans le savoir.” Et aux acheteurs de seconde main de savoir en un clic si un bien arborant leur griffe est bien de chez eux. Car dans un marché où la collection et la seconde-main ont le vent en poupe, la traçabilité n’est pas une mince affaire : “Si vous rachetez à un particulier une montre de telle maison et que vous voulez la faire réparer, explique le CEO de GoodsID, vous devez chercher dans vos papiers si vous êtes toujours sous couvert de garantie. Ensuite, la maison horlogère doit, avant de la réparer, vérifier qu’elle est bien authentique. En un clic, vous pouvez le savoir avec nous.”

Repenser la relation-client 

Outre la traçabilité du produit, un des avantages prôné par GoodsID est aussi le suivi des propriétaires successifs. “En vérité, les marques de luxe connaissent mal leurs clients, analyse Loÿs de la Soudière. 40% des biens de luxe sont en fait des cadeaux. Et même si le primo-acquérant d’un bien est bien le propriétaire, si l’objet est revendu, vous perdez la trace du client.” Avec sa solution, GoodsID offre de nouvelles perspectives en termes de CRM : dès que l’objet change de main, la maison de luxe qui l’a produit peut envoyer un message automatiquement au nouveau propriétaire pour lui souhaiter la bienvenue ou lui prodiguer des conseils. Ce qui permet des campagnes marketing hyper ciblées : “Si Rolex veut partager des conseils d’entretien à tous les acquéreurs successifs d’une Daytona, elle le pourra”, s’enthousiasme ce diplômé de l’Essec. D’autant que, assure-t-il, l’identité des acquéreurs reste toujours anonyme. Toujours est-il que cela fait davantage d’immixtion dans la sphère privée des acheteurs…

La start-up compte déjà trois clients, dont WatchFID et Fugue Watches, marque horlogère indépendante et française, qui utilise GoodsID depuis le 1er mars 2019 et a émis des certificats pour l’ensemble de sa production et qui seront transférés aux revendeurs ou aux futurs possesseurs dès l’achat. La marque a choisi d’intégrer le service “One Clic Garantie”, permettant ainsi au possesseur d’exercer simplement sa garantie en 1 clic. 

Le business model de GoodsID est assez simple : l’entreprise facture le producteur à chaque émission d’un certificat d’un niveau produit. Les maisons de luxe peuvent aussi s’abonner aux services CRM proposés par la jeune pousse. Enfin, GoodsID a obtenu l’agrément pour devenir courtier en assurance afin d’assurer très facilement tous les objets de valeur qu’elle certifie. 

Loÿs de la Soudière le sait bien, son produit va devoir se confronter à l’usage. Ces certificats vont-ils devenir la norme en matière de luxe ? Il y croit : “Aujourd’hui, si vous voulez acheter une voiture, vous ne le ferez pas sans avoir la carte grise. Demain, je crois vraiment qu’aucune maison de luxe ne vendra de montre sans certificat dans la blockchain.”

 

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