Ils sont sertisseurs, designers, ensembliers ou nez et officient dans les plus prestigieuses Maisons de luxe. Leur savoir-faire d’exception est parfois mis au défi par des commandes hors du commun formulées par de riches clients bien décidés à se procurer ces objets uniques, taillés rien que pour eux. Tour d’horizon avec Ferrari, Guerlain et JGS Décoration.

Caprice, fétichisme, goût, humeur ou vision… nombreux sont les vocables susceptibles de justifier les commandes d’exception d’une élite de consommateurs. On les croise volontiers Place Vendôme ou dans les salons feutrés de palaces iconiques, de Beverly Hills à Milan en passant par Hong Kong. Les cours royales n’ont plus forcément l’apanage de ce luxe sur-mesure, contraintes à présent de partager leur trône avec des capitaines d’industrie, des sportifs bankable, des anonymes bien nés et autres self-made men ; ces happy-few font les beaux jours de l’industrie. Déployant des trésors d’imagination et de virtuosité, les enseignes griffées confectionnent des pièces exclusives ou produites en quantité infime : des objets du désir aux lignes mille fois pensées et étudiées !


A cet exercice, Ferrari est l’un des meilleurs compétiteurs. Pour ses clients amoureux ultimes de l’icône italienne, rien n’est impossible : il suffit de demander. Les requêtes hors norme sont pilotées par Flavio Manzoni du Centre de style Ferrari. A charge pour lui et sa fine équipe d’ingénieurs de donner corps aux projets les plus sophistiqués. « Un travail qui suppose une étroite collaboration avec le client », introduit Dario Esposito de la maison mère. De mémoire du cheval cabré, un prototype a marqué les esprits : la P80/C. L’idée de base du client était de créer une sportive moderne inspirée d’emblématiques modèles de l’histoire de Ferrari : la 330 P3/P4 d’une part, et la 206 S Dino 1966 d’autre part.

En clair, l’ambition autour du modèle P80/C impliquait d’imaginer un nouveau type de produit « qui n’existait tout simplement pas dans la gamme Ferrari actuelle », nous confie Flavio Manzoni. Démarré en 2015, le projet a connu le développement le plus long de tous les modèles Ferrari uniques jamais réalisés. Recherche de style approfondie, analyse méticuleuse des performances, essais aérodynamiques innombrables, le tout « dans un cadre différent de celui adopté dans le passé par Ferrari pour ses voitures sur-mesure. En général, ce type de voiture constitue une réinterprétation stylistique des modèles de la gamme en cours : un nouveau concept ou une idée inédite est associé à une base mécanique déjà existante. ».

©Ferrari

Radicalement différente, la P80/C est une voiture de piste (où la performance est un facteur majeur) qui a non seulement orienté l’équipe de conception vers un design inédit, mais l’a également contrainte à apporter des changements majeurs à la mécanique de départ. Il s’agissait d’introduire des caractéristiques spécifiques afin de garantir un dosage parfait entre style, prouesses techniques et aérodynamiques. Il fut décidé d’utiliser le châssis de la 488 GT3 comme base, non seulement en raison de ses performances, mais également pour son empattement plus long (+ 50 mm par rapport à la 488 GTB) : cela a offert une plus grande liberté créative. Par rapport à l’agencement classique de la Ferrari 488, où l’habitacle est généralement centré, le châssis GT a permis de mettre l’accent sur un effet « cab forward » où l’arrière est allongé, conférant à la voiture une ligne plus agressive et compacte.

Une audacieuse forme biseautée domine la vue latérale à l’avant de la voiture. Les formes musclées des ailes avant et arrière, avec le cockpit entre les deux, sont soulignées par de très larges montants qui s’étendent vers les prises d’air latérales. Cette impression que l’habitacle est entièrement intégré à la carrosserie est accentuée par le pare-brise enveloppant qui évoque le look emblématique des prototypes sportifs du passé. L’avant de la voiture arbore un design évoquant les catamarans. Et pour finir, la carrosserie principale de la voiture a été peinte d’un Rosso Vero brillant. Fin connaisseur de l’univers de la marque, le client « était le partenaire idéal pour élaborer un projet aussi ambitieux. Un projet à forte charge émotionnelle pour toutes les parties prenantes. », lui rend hommage un membre de l’équipe du Centre de style Ferrari.

©Ferrari

Le monde de la beauté n’est pas exempt de ces commandes ‘spéciales’. Autre pays, autre fleuron : Guerlain. Une enseigne qui fait rayonner l’Hexagone dans les cinq continents depuis deux siècles maintenant. L’entreprise fondée par Pierre-François Pascal Guerlain nous a ouvert ses archives et nous transporte en 1834, année de création de l’eau de Cologne impériale. Le sillage a connu une glorieuse destinée à la faveur d’une sollicitation de l’Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, en quête d’une ‘personnalisation’ de la fragrance. Le parfum d’origine sera enrichi en notes de fleurs de citronnier tandis que le flacon, doré à l’or fin, recevra également un soin ‘particulier’. 69 abeilles symbolisant les armoiries de l’empire seront gravées pour quintessencier l’élixir.

©Guerlain

Les effets visuel et olfactif sont immédiats auprès de l’illustre commanditaire envoûtée par la création sur-mesure du maître parfumeur. En 1853, Guerlain est consacré « fournisseur officiel de la famille royale en matière d’eau de Cologne et de produits de toilette. ». Une distinction qui acte la naissance de l’un des plus grands best-sellers de la Maison. D’hier et d’aujourd’hui.

©Guerlain

Plus récemment, la griffe a répondu aux aspirations d’une riche cliente chinoise désireuse de capturer [sa] Madeleine de Proust olfactive correspondant à l’odeur du soleil sur les draps fraîchement lavés par sa mère. « Un souvenir d’enfance qui lui rappelait l’odeur de sa mère. Le processus a duré environ deux ans pour façonner ce parfum évocateur de chaleur, de sécurité et d’amour. Baptisé ‘LAN’ du nom de la requérante, la fragrance rend aussi hommage aux multiples facettes des femmes orientales. LAN est devenu un nom de marque à part entière sous l’impulsion de sa commercialisation en Chine. », révèle un porte-parole de Guerlain.

De la joaillerie à la lingerie en passant par le mobilier, tous les univers composent avec ces demandes d’exception. Chez JGS Décoration, le savoir-faire des artisans père et fils, Jacques et Gary Grinbaum, est sollicité pour égayer les intérieurs des Chefs étoilés, des cadres dirigeants du CAC 40 et de particuliers aisés. Depuis leur atelier rue du Faubourg Saint-Honoré, il est parfois question de confectionner des modèles uniques numérotés atteignant pour certains le demi-million d’euros ! « Nous avons un jour travaillé la teinte d’un canapé Fendi Casa en cuir d’autruche véritable pour l’accorder à l’une des voitures de collection d’un client ! Dans notre métier rien n’est caprice, mais uniquement affaire de goût. », nuance le tandem de designers ensembliers. Cet art de concevoir des canapés haut de gamme sur-mesure dans la plus pure tradition artisanale française.

©JGS Décoration

Dans leur ouvrage de référence ‘Luxe Oblige’ (éditions Eyrolles), Vincent Bastien et Jean-Noël Kapferer identifient quatre consommateurs du luxe : « Les Connaisseurs », sensibles aux plaisirs rares et authentiques où le luxe est érigé en art de vivre (ces adeptes se tournent vers Hermès, Cartier…) ; « Les Originaux », en quête d’un parti-pris créatif en vue d’exprimer leur singularité (l’univers de Jean Paul Gaultier fait écho à ces personnalités) ; « Les Aspirants », ils souhaitent la reconnaissance sociale (Louis Vuitton est leur vecteur d’intégration) et, enfin, « Les Frénétiques », ces nouveaux riches russes qui dépensent sans compter, s’inscrivant davantage dans l’accumulation plutôt que dans l’émotion.

Le spectre de l’hyper luxe englobe ces réalités plurielles faisant ainsi les beaux jours du secteur.

 

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