Je file à la vitesse de la lumière à bord d’un Strike Eagle F-15E, au-dessus de l’océan Atlantique. Mon pilote, le Capitaine Michael “Thorny” Brewer, vient juste de lancer l’avion dans un cercle serré, me poussant à me crisper dans le cockpit étroit. Ma vision latérale se brouille et je lutte pour garder mon souffle.

Voici l’aventure, la vraie. Je ne suis pas sûr d’y être préparé. En tant que rédacteur sur le thème des activités qui sortent de l’ordinaire, je me demande parfois comment je parviens à m’embarquer dans ce genre de situations tumultueuses…

 

La veille j’avais eu droit à un briefing complet avec la Fouth Fighter Wing (une unité de chasse de l’Air Combat Command de l’United States Air Force basée à Seymour Johnson en Caroline du Nord) : Ca a commencé par un examen médical scrupuleux (j’étais d’ailleurs terrifié à l’idée d’être recalé), puis j’ai reçu des instructions sur la façon de respirer dans la combinaison pressurisée, sur l’évacuation dans le cas d’un départ de feu, et comment réagir dans le cas d’un dysfonctionnement majeur. Le mot d’ordre pour les deux derniers points étant: “Evacuez, évacuez, évacuez”.

Ces deux scénarios catastrophes ont une probabilité très faible de se produire mais l’Air Force ne laisse rien à la légère, comme elle se doit de l’être. On ne plaisante pas avec les avions.

Le Capitaine Brewer, 34 ans, a piloté plus de 600 fois des F-15E, de vénérables avions de chasse. Il a aussi été pilote d’avions de combat au Moyen-Orient en 2015 et pilote commercial pour Mesa Airlines avant de rejoindre l’Air Force. En tout, il a piloté plus de cinquante différents types d’avions.

Après une nuit de sommeil bien méritée, nous étions de retour à la base pour la deuxième journée, celle du vol et pour des interviews avec le vice-commandant de la Fourth Fighter Wing, le Colonel Brian “Torch” Armstrong et avec le Lieutenant Levi “Ratr” Hall (le supérieur du capitaine Brewer, mon pilote). Brian Armstrong est responsable des 6 000 aviateurs et civils de Seymour Johnson : l’unité de chasse compte pour plus de 5,2 milliards de dollars de biens, dont des F-15E. Brian Armstrong est âgé de 46 ans. Il m’a déclaré, au sujet du recrutement des pilotes d’avions de combat : “Nous recherchons des individus capables d’une performance de haut niveau, qui savent recevoir une critique constructive afin de s’améliorer.” Mon pilote semblait remplir ces critères.

Après la signature d’un formulaire standard de déclin des responsabilités, j’ai étudié notre itinéraire de vol. Le vol tout entier devait durer 1 heure 50. 
Avant le vol, Brewer et moi avons fait le tour de l’avion, qui a été construit en 1989, en vérifiant bien que tout fonctionnait correctement. Puis nous sommes montés dans l’appareil, attaché nos ceintures, lui à l’avant, moi à l’arrière et nous avons décollé.

Après un décollage à 329 km/h, nous avons pris de l’altitude, au-delà de 32 000 m, et nous nous sommes dirigés vers l’Atlantique. Ce fut un vol sans problème, magnifique. J’ai scruté l’étendue de nuages blancs cotonneux qui se trouvait en-dessous de nous. Le vaste panorama visible depuis la vitre d’une clarté cristalline augmentait le surréalisme de l’expérience.

Puis les choses sérieuses ont commencé. Tout d’abord, Brewer m’embarqua dans quatre mouvements G (un mouvement au cours duquel les passagers ne ressentent plus le poids de leur propre corps, alors que l’avion effectue une parabole). Ce fut bien plus intense que ce que j’avais imaginé. Pourtant, j’ai bien réalisé les exercices que j’avais appris la veille : ils m’ont permis de garder la plus grande partie de mon sang dans la partie supérieure de mon corps, en particulier la tête.

Après une petite minute pour récupérer, Brewer m’a embarqué dans six autres mouvements, G cette fois. Waouh ! Certaines personnes vont jusqu’à neuf, mais j’ai dit à Brewer que six me suffisaient. À la suite de cela, j’ai fait l’expérience d’un autre mouvement, simple mais désorientant, qui m’a laissé au bord de la nausée. 
En retournant à la base, il m’a fait savoir que nous avions consommé 12 020 kg sur 14 288 kg du carburant que nous avions emporté à bord. Impressionnant.


©Jim Clash

Pour me faire le plaisir d’un cadeau d’adieu, Brewer a dédicacé mes gants de vol. Ces gants sont maintenant accrochés au mur, juste au-dessus de mon billet pour une future virée spatiale avec Virgin Galactic, la compagnie du groupe Virgin qui commercialise des vols sub-orbitaux. Mon vol F-15E : un entraînement ahurissant !