Si vous avez regardé Forrest Gump tellement de fois que vous pouvez réciter presque tous les dialogues du film, vous aurez noté les nombreuses similitudes avec le nouveau Tarantino. Réalisé par Robert Zemeckis (« Retour chez le futur »), Forrest Gump, sorti en 1994, est basé sur le livre de Winston Groom. Il reste une oeuvre emblématique de l’histoire d’Hollywood.

Bien que le grand public l’ait regardé plusieurs fois dans le passé, tout le monde reste fasciné par ce film, et nous pouvons remarquer qu’il a ouvert la voie à « Once upon a time in Hollywood » de Quentin Tarantino, qui est sorti cet été et qui sera sûrement célébré comme un classique dans 25 ans.

Les deux films se déroulent à une époque révolue de la culture américaine, mais n’ont aucun scrupule à insérer des personnages fictifs dans les plus grands événements qui ont contribué à façonner les États-Unis, pour le meilleur ou pour le pire. Cependant, là où Gump est plus idéaliste sur l’écoulement du temps, « Once upon a time in Hollywood » adopte une vision un peu plus cynique.

Forrest Gump apporte une certaine naïveté à l’Histoire. Hanks joue un homme simple qui, par sa nature d’emblée tournée vers le bien, apporte du positif dans un monde de plus en plus agité. Il n’accorde pas d’intérêt aux rencontres avec les dirigeants du monde, il se laisse simplement entraîner par l’instant, nous donnant un regard tendre sur la guerre, la mort, l’amour, la musique, le pardon, l’amitié et la famille.

En effet, le slogan du film n’aurait pu être plus pertinent que  « Le monde ne sera plus jamais le même quand vous l’aurez vu à travers les yeux de Forrest Gump. » Zemeckis adoucit le choc d’événements forts tels le Vietnam et les assassinats présidentiels à travers la personnalité de Gump, qui semble toujours être au bon endroit au bon moment et totalement inconscient d’être au centre de l’Histoire.

D’un autre côté, l’acteur Rick Dalton (Leonard DiCaprio) dans « Once upon a time in Hollywood », est très conscient des changements qui se produisent autour de lui, mais est presque impuissant à les arrêter ou à les changer, peu importe ses efforts. Sa carrière à Tinseltown s’essouffle rapidement, le reléguant au rôle de méchant dans des séries TV. À la fin, cependant, il revient avec une force telle qu’il change complètement la chronologie en empêchant les tristement célèbres meurtres de Sharon Tate à l’été 1969.

Le désir de Dalton de rester une vedette et d’être reconnu est si mauvais qu’il doit plutôt s’affirmer dans les livres d’histoire comme la personne qui a mis fin au culte Manson avant qu’il ne puisse horrifier le monde et briser une vision presque utopique de ce dernier. À cet égard, Dalton est tout aussi inconscient que Forrest, puisqu’il ne peut jamais connaître le grand service que lui et son cascadeur, Cliff Booth (Brad Pitt), ont rendu au monde.

Lorsque Rick est invité à la résidence Polanski de Cielo Drive pour rencontrer son célèbre voisin, Tarantino souligne enfin l’aspect féerique du titre de son film, tout en gardant intacte l’innocence américaine de l’époque, une innocence à laquelle Forrest Gump faisait écho 25 ans auparavant.

La seule différence clé réside dans la fin de chaque film.

Forrest peut se retrouver dans des événements qui façonnent le monde, mais il ne montre aucun intérêt à devenir un héros ou une légende. Dans sa propre façon d’apporter plus d’amour et d’émerveillement dans le monde, il aide d’autres personnes (comme le lieutenant Dan de Gary Sinise) à réaliser combien la vie peut être précieuse, les aidant ainsi à remettre en perspective les tragédies individuelles et la laideur du monde. Gump croit que même si le passé ne peut être changé, il peut être compris avec du recul et de l’humilité.

Tarantino, qui a créé un précédent avec « Inglourious Bastards », nous montre l’autre côté de la médaille, une sorte de fantasme de réalisation désespéré, qui doit s’accrocher à un état d’esprit historique qui a disparu depuis longtemps. Il n’y a pas d’enseignements à tirer du passé ici, juste des changements violents. Et même si cela peut sembler naïf (peut-être même plus naïf que Gump lui-même) en soi, « Once upon a time in Hollywood » donne une vision romantique de ce qui a été et de ce qui aurait pu être.

« Once upon a time in Hollywood » ne pourrait exister sans Forrest Gump, qui a montré que l’histoire peut être un terrain de jeu sans fin pour un cinéaste avec les bons outils et la bonne sensibilité. Il n’y a pas d’idées préconçues sur un personnage que nous n’avons jamais vu auparavant et à cause de cela, on ne sait jamais ce qu’on va voir.

Forrest Gump

Peu importe qu’ils changent l’histoire ou qu’ils y participent passivement. Tout ce qui compte, c’est qu’ils nous fassent réfléchir sur où nous étions et où nous allons dans la vie.