Alors que la saison touristique en Grèce a souffert de l’absence de la clientèle étrangère, Kea, l’Ile des Cyclades la plus proche d’Athènes a réussi à tirer son épingle du jeu. Son caractère authentique et un développement maîtrisé n’y sont pas pour rien, comme l’explique à Forbes, la maire de l’Île, Irène Velissaropoulou.

Kea est une des îles les plus préservées du tourisme de masse en Grèce. Comment expliquer cette spécificité ?

Irène Velissaropoulou : Notre île est située près de l’Attique, ce qui signifie que l’aéroport international d’Elefterios Venizelos est à seulement 20 minutes en voiture du port de Lavrio puis une heure en bateau. Nous sommes donc hors des circuits touristiques classiques. Kea offre un paysage cycladique authentique. Des maisons blanchies à la chaux avec des toits de tuiles rouges, des rues pavées, des plages propres, de petits bateaux et une atmosphère conviviale. Ce joyau est bien caché depuis des années et nous avons ainsi évité les flux touristiques. En fait, les habitants n’ont jamais approuvé le tourisme de masse, que nous voyons dans d’autres parties de la mer Égée.

 

Ile de Kea, le joyaux préservé des Cyclades
Photos : Eric Demarcq

 

Kea a toujours été considérée comme une île à part. C’est pourquoi elle a attiré des investisseurs qui ont été séduit et ont donc respecté son style. La plupart des maisons construites au cours des vingt dernières années, environ, ont été construites en pierre locale avec des techniques traditionnelle de construction comme le “cootoodo” (espace vide entre la maison et le rocher) et  le “stegadi” (espace semi-extérieur abrité).

Attirer le tourisme de masse n’est certainement pas notre objectif. Nous voulons garder notre identité et être accueillants envers nos clients.

La saison touristique a été catastrophique en Grèce du fait de l’absence d’étranger. Quid de la situation à Kea ?

Irène Velissaropoulou : La situation à Kea a été différente. Cette année, Kea a attiré beaucoup plus de visiteurs que les étés précédents. Est-ce sa proximité du continent, qui signifie que les gens n’ont pas eu à rester longtemps dans un bateau ? Est-ce le fait que nous étions une île sans cas de Covid ? Du fait de la proximité d’Athènes, sont surtout les Athéniens qui viennent en vacances ou en week-end. Nous n’avons donc pas souffert de la désertion de la clientèle étrangère. Au final, grâce aux efforts de tous pour assurer de bonnes conditions sanitaires, nous avons fait une très belle saison.

Un premier hôtel de luxe est en construction. Est-ce le signe d’un changement de stratégie touristique vers un tourisme de luxe et une « montée en gamme » des hébergements de l’île ?

Irène Velissaropoulou : Un hôtel de luxe One & Only est effectivement en train de sortir de terre à Kea. Il a reçu toutes les autorisations du gouvernement central et ils espèrent le terminer l’année prochaine. D’après les plans de construction que nous avons vus, le projet est très prometteur. Il offrira un hébergement haut de gamme à ses clients. Il combinera des maisons privées et un hôtel avec de nombreux services. Il est construit dans un des plus beaux endroits de l’île. Certainement, en ce qui concerne l’hébergement, cela nous permet de monter en gamme. Il permettra à une clientèle de luxe de découvrir notre île et nos traditions, de déguster la cuisine locale, les vins locaux.

Kea va-t-il devenir un petit Mykonos ?

Irène Velissaropoulou : Vous savez, ce qui est drôle à propos des Cyclades, c’est que nous sommes un groupe d’îles qui se ressemblent plus ou moins, mais nous avons aussi beaucoup de différences. Quant à Kea et Mykonos, nous sommes deux îles très différentes, qui partagent la mer Égée. La mer bleue les unit mais chacun a sa propre histoire et ses propres projets d’avenir. Non, notre plan n’est pas d’imiter une autre île, c’est quelque chose qui ne s’est pas produit même dans le passé. Garder notre identité est primordial pour nous.

 

Ile de Kea, le joyaux préservé des Cyclades
Photos : Eric Demarcq

 

D’autres opérateurs de luxe ont-ils des projets dans l’île ?

Oui, il y en a quelques-uns. Certains d’entre eux en sont au stade de la construction, d’autres sont en train de valider leurs permis de construire. Kea est une île qui compte quatre villes anciennes, dont une construites au VIe siècle avant J.-C. Dans les trois villes côtières de Korissia, Poisses et Karthaia, nous allons continuer à développer le tourisme, mais de façon raisonnée.

La pression immobilière, notamment du fait de l’arrivée d’étrangers, fait-elle dangereusement grimper les prix des logements sur l’Île ?

Non, heureusement. Certaines ventes sur la côte se font sans que les habitants en aient connaissance. Mais le marché immobilier reste raisonnable, notamment dans la capitale, Ioulida, où vivent la plupart des insulaires.

 

Ile de Kea, le joyaux préservé des Cyclades
Photos : Eric Demarcq

 

Certains sites comme Karthea sont-ils menacés par la pression touristique ? Et quelles mesures de protection peuvent être envisagées ?

Karthea est un joyau antique. L’un des derniers complètement ouvert au public en Grèce. Nous sommes en train d’y restaurer deux temples antiques et un théâtre antique. Nous utilisons le théâtre deux fois par an pour des représentations théâtrales ou musicales.

C’est vraiment un must ! Mais cet endroit n’est pas facilement accessible. Il n’y a pas de route qui y mène directement. Vous pouvez vous y rendre par un chemin qui traverse des anciens villages traditionnels composés de maisons en pierre, les kathikia, soit par la mer. Karthea est une merveille qui doit être protégée et sauvegardée. Le site n’est actuellement pas menacé et ne le sera pas. Tout ce que nous pouvons faire est de rendre le lieu un peu plus facilement accessible par une route, qui se rapprochera des anciens temples et en même temps rendra le lieu plus accessible par la mer.

ile de kea en grèce
Photos Eric Demarcq

Un pétrolier passeur s’est échoué près de Kea avec 190 migrants à son bord. Comment l’île gère-t-elle l’afflux des migrants ?

Oui, nous avons été très surpris dans une île si proche de l’Attique et si loin de la Turquie. C’est arrivé par une nuit froide et venteuse de mars. À cause de la covid-19, ils auraient dû rester ici pendant 14 jours en quarantaine mais nous ne disposons pas des infrastructures nécessaires. Ce drame est révélateur de la crise des migrants que vit toute la Grèce.