Le cognac, au même titre que le champagne, est l’un des produits que la France exporte le plus. Les ventes de cognac ont connu récemment un pic à l’exportation, en particulier vers les États-Unis.

Plusieurs domaines bien connus, comme Rémy Martin et Hennessy, dominent le marché du cognac, mais pour les amateurs du distillat, il serait grand temps de s’intéresser aux plus petits producteurs.


Prenons, par exemple, le cognac Bourgoin.

Entreprise familiale depuis près de 100 ans, le domaine est aujourd’hui dirigé par Frédéric Bourgoin, qui représente une toute nouvelle génération de spiritueux. La famille vend de l’eau-de-vie aux grandes maisons de cognac, mais ce n’est qu’en novembre 2015 qu’elle a commencé à se faire sa propre marque.

Frédéric Bourgoin. Photo : Elva Ramirez

« Nous produisons du cognac depuis 1930, mais nous sommes la première génération à l’embouteiller », explique Frédéric Bourgoin. Le vigneron apporte une énergie de jeunesse à l’entreprise familiale, et cela inclut la rénovation d’une fourgonnette « Instagram-friendly » des années 1960 adaptée pour emmener les visiteurs dans le vignoble familial, l’expérimentation de nouvelles expressions et même l’ajout d’un jeu de lumières dans la cave où reposent les barriques. La boutique est si petite que chaque bouteille de Bourgoin est remplie et étiquetée à la main au domaine.

Les étiquettes ont leur importance dans l’industrie du cognac parce qu’elles regorgent d’informations, comprenant le cru, les points géographiques précis de la parcelle, ainsi que le contenu du sol et du raisin. Maison Bourgoin, à l’inverse de bon nombre de ses pairs, ne mélange pas ses cognacs, n’utilise pas de filtration, et  n’introduit ni additifs ni colorants.

L’étiquette de la bouteille de cognac Bourgoin. Photo : Elva Ramirez

« Vous pouvez constater que j’ai écrit beaucoup de choses », explique Frédéric Bourgoin. « Ma bouteille est pleine d’informations, cela facilite le choix. »

Le vigneron charentais souhaite se concentrer en partie sur le point d’origine de ses raisins, une opération rendue obsolète par l’assemblage de l’eau-de-vie, pratique très courante dans le cognac. « Le sous-sol dans lequel nous cultivons apporte une différence de goût », poursuit Frédéric Bourgoin. « C’est en cela que nous sommes différents, nous ne croyons pas au mélange. Je n’ajoute pas de sucre ni de colorant. »

Le profond dévouement de Frédéric Bourgoin à ses cognacs porte ses fruits. Vous pourrez retrouver ses bouteilles dans des endroits haut de gamme tels que les bars parisiens Candelaria et Little Red Door, ou encore Satan’s Whiskers à Londres.

La Maison Bourgoin ne fait pas seulement du cognac : le domaine familial produit également un délicat pineau des Charentes, vin fortifié à base de cognac, semblable au porto. L’esprit léger et sucré se marie exceptionnellement bien avec le tonic, ce qui en fait une alternative rafraîchissante au G&T classique.

Le raisin Ugni blanc, qui sera transformé en cognac. Photo : Elva Ramirez

Le Château expérimente également des pineaux vieillis, qui sont laissés au soleil pendant un an, ce qui permet l’oxydation et le développement de notes terreuses et juteuses de sultanines. À retenir en particulier une caisse spéciale en édition limitée de Bourgoin Pineau, datant de 1979, élevé (accidentellement) en barriques pendant 38 ans.

Le résultat : une eau-de-vie de couleur raisin foncé avec des couches de complexité, des tons de terre développés et des notes juteuses de sultanines. Le petit lot n’est actuellement disponible qu’au domaine de Bourgoin et seulement 222 bouteilles sont disponibles à la vente.

« On l’avait oublié », explique Frédéric Bourgoin. « Je l’ai redécouvert l’année dernière. Mon grand-père n’avait pas vendu les bouteilles et nous avions des tonnes de vieux pineau. Nous ne voulons pas détruire ces vieux stocks. » Le viticulteur prend une gorgée du liquide sombre. « Ce n’est plus du pineau à présent, c’est quelque chose de très différent. »