Bernard Arnault vient d’offrir un nouvel écrin à sa prestigieuse marque de Champagne, Moët et Chandon. Une maison de famille conçue pour offrir une expérience unique aux meilleurs clients du groupe LVMH. Forbes a eu le privilège de faire partie des premiers invités. Découverte des coulisses du Château de Saran, la dernière création de Bernard Arnault.

À la sortie du petit village de Chouilly en Champagne, célèbre pour accueillir les plus beaux vignobles de l’appellation, une petite route serpente au milieu des vignes.
En haut de la route, à droite, la loge de Montaigu, en forme de vigie des vignobles, offre un panorama à 360 ° sur la Côte des Blancs et ses plants de Chardonnay à perte de vue. Depuis plus de 200 ans, la petite bâtisse semble surveiller l’accès au Château de Saran et sa façade style fin XVIIIe siècle, protégé par une lourde grille que l’on découvre au bout d’une longue allée.


  
C’est en 1801 que Jean-Rémy Moët, petit-fils du fondateur de la marque de Champagne, acquiert ses premières propriétés à Saran. Il fait construire un premier bâtiment, logement de maître et d’exploitation, qu’il transformera très vite en rendez-vous de chasse. En 1846, son fils, Victor Moët, agrandit le bâtiment modeste en un manoir. Avant d’y ajouter, en 1854, un vendangeoir, un cellier et un logement de vendangeurs.
Utilisé pour recevoir les clients de l’enseigne, le château finit par se dégrader. Alors en 2014, Bernard Arnault lance un programme de restauration pour refaire du lieu un écrin exceptionnel pour ses marques de champagne Moët et Chandon et Dom Pérignon.
Pour concevoir cette maison de famille, Bernard Arnaud a choisi un paysagiste, Peter Wirtz, et un architecte « hors norme », Yves de Marseille.

L’homme est historien de l’art et spécialiste des décors de films historiques. C’est lui qui a déjà veillé à la restauration de la maison Christian Dior à La Colle Noire. C’est également lui, qui une fois les derniers détails de Saran réglés, va se coller à la restauration du prestigieux Château Yquem.

“Pour le Château de Saran, nous avons choisi d’illustrer le passé de Moët et Chandon et je suis le narrateur de ces histoires. Les onze chambres rendent ainsi hommage, sur deux étages, à l’héritage historique de la maison à travers de grands personnages ou des pays du monde qui ont assuré son succès. Ainsi au premier étage, la chambre “Américaine” célèbre l’arrivée en 1787 de la marque aux Etats-Unis. Elle jouxte les “Années Folles”, “Hollywood” et “Christian Dior”. Les chambres dites historiques, “Louis XIV” et “Impériale ” (Napoléon) et les deux asiatiques, “Chinoise” et “Japonaise”, sont à l’étage au-dessus. Sous les combles, sont logées les chambres les plus impressionnantes : « Russe », « Anglaise » et « Orientale ».

Avec un plaisir gourmand, Yves de Marseille a chiné dans le mobilier familial pour meubler et décorer le Château, passant également quelques commandes dans les salles de vente où il a ses habitudes, pour des objets précis ou des achats de meubles d’époque et de créations contemporaines.

Bernard Arnault

« Pour certaines chambres, comme la “Chinoise” ou la “Japonaise”, j’ai privilégié la façon dont, à l’époque, on imaginait ces pays. Mes choix de décoration sont passés par ce prisme du XVIIIe siècle européen”, explique-t-il. La chambre “Japonaise” évoque un pays d’amateurs de champagne où les premières bouteilles de la maison ont été dégustées en 1874.
Le résultat, dans les chambres comme dans les salons, les paliers, le vestibule, l’escalier et bien sûr les salles à manger du vendangeoir,  est d’un raffinement rare, et constitue un précis d’histoire.

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Le vendangeoir, que l’on rejoint soit en traversant la pergola par le jardin, soit par la galerie souterraine, affiche un style en phase avec le bâtiment “factory”, métal et grand des baies cintrées. Les deux salles à manger sont recouvertes de parquet en bois. Le mobilier et les lustres sont l’œuvre de designers contemporains. Dîners conviviaux pour l’une, plus confidentiels pour l’autre. Dans les verres,  cuvées d’exception, millésimes rares, roses ou blancs escortent des menus contemporains réinventés par le chef Fadiga qui revisite des recettes du patrimoine gastronomique français, de la cuisine bourgeoise époque Curnonsky ou d’Auguste Escoffier. Comme cette soupe à l’oseille proposée dans une version ancienne et moderne, la salade russe au homard, le turbot poche sauce hollandaise, pommes vapeur, proposé en deux versions, 1869 et 2019. En hommage aux 150 ans de la cuvée “impériale” de Moët et Chandon.
« L’histoire se perpétue en permanence tournée vers l’avenir », aime à raconter Benoît Gouez, chef de cave Moët & Chandon, dont la vision est de continuer “à tracer le sillon toujours plus profond, de poursuivre cet équilibre subtil entre authenticité et contemporanéité pour rendre hommage à notre passé tout en vivant avec notre temps, en transmettant notre savoir-faire tout en intégrant le meilleur du progrès, pour un Moët Impérial toujours plus vibrant, toujours plus généreux, toujours plus séduisant”.

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La rénovation permet au Château de Saran de s’ouvrir à de futurs événements, à la fois pour LVMH, mais aussi pour des V.I.P. et des partenaires du groupe, qui pourront utiliser ce cadre verdoyant et luxueux pour défendre leur image de marque.
L’idée est d’offrir à ses partenaires une expérience hors du commun. À l’instar de celle proposée aux 150 invités conviés à l’inauguration, notamment les stars Kate Moss, Uma Thurman, Roger Federer ou Natalie Portman, arrivés vers la campagne champenoise à bord de l’Orient Express pour assister à un dîner d’exception préparé par Yannick Alleno, servi sous les notes délicates de piano de la chanteuse anglaise Freya Ridings.
Pour sa dernière création, Bernard Arnault a vu les choses en grand. Très grand.